L’état de la démocratie au Gabon. Un « stade embryonnaire », selon Bruno Mve Ebang

A l’heure des remous politiques en Afrique, avec l’éclosion des mouvements de la société civile et des syndicats, au Gabon, la question se pose sur la place du pays dans le champ de la démocratie africaine. Et cela d’autant plus que le pays vit au rythme d’une crise politique née de la dernière élection présidentielle, entre Jean Ping qui se réclame toujours le président élu, et son rival Ali Bongo au pouvoir. Maître assistant en science politique à l’université Omar Bongo, Bruno Mve Ebang juge que le Gabon est encore en train de « construire sa démocratie ».

MICA : Comment situez-vous le Gabon en matière de démocratie en Afrique, alors que la communauté internationale vient de célébrer, le 15 septembre dernier, la journée internationale de la démocratie ?
Bruno Mve Ebang : « La démocratie est un mode de gouvernement de l’Etat qui repose principalement sur la préservation des libertés individuelles, c’est-à-dire la souveraineté du peuple. De façon globale, au Gabon comme dans beaucoup de pays en Afrique qui ont amorcé un tournant démocratique au début des années 1990 avec la fameuse conférence nationale, les textes garantissent la démocratie. Le Gabon est un pays qui a d’ailleurs le système électoral le plus complexe en Afrique noire francophone. C’est un système démocratique qui garantit la souveraineté nationale. On peut dire en droit que le Gabon est un pays démocratique. Quant à savoir où il se situe en matière de démocratie en Afrique, je dirais qu’il est au stade embryonnaire. Le Gabon est en train de construire sa démocratie au fur et à mesure ».
MICA : En comparaison avec le Benin, qui a connu, lui aussi, la conférence nationale au tournant des années 90, et qui connaît depuis des possibilités d’alternance intégrées, le Gabon est-il vraiment un pays démocratique ?
Bruno Mve Ebang : « Quand on prend le cas du Benin, on voit que depuis sa réforme constitutionnelle de 1970, ce pays a connu plusieurs alternances démocratiques, c’est-à-dire qu’il ya plusieurs partis politiques qui se sont succédés au pouvoir. Nous l’avons vu l’année dernière avec l’élection du Président Patrice Talon qui était un candidat de l’opposition se présentant contre Zinsou, le candidat du parti au pouvoir. Il y a donc eu alternance. Au Gabon, on n’en est pas encore arrivé là .Du coup, on ne peut pas parler d’alternance avec des élections justes et crédibles. C’est là que se pose le problème. Tous les instruments sensés garantir une alternance politique sont verrouillés. Elle est donc quasi impossible et à ce niveau, on ne peut pas mettre sur le même pied d’égalité le Gabon avec un pays comme le Benin et beaucoup d’autres pays d’Afrique de l’ouest qui connaissent une avance dans ce domaine ».
MICA : Pourtant, le pays dispose d’un système politique basé sur le pluralisme des partis politiques et d’institutions juridiques en la matière.
Bruno Mve Ebang : «Le système juridique gabonais, qu’il soit constitutionnel ou simplement législatif, a acquis les principes démocratiques, mais, encore une fois, toutes les institutions sont verrouillées, et donc on aboutit au fait que ce verrouillage n’est pas seulement imputable au pouvoir en place, mais aussi aux hommes qui décident eux- mêmes de s’asservir. La fraude électorale, elle est visible d’abord dans les bureaux de vote avant d’aller à la CENAP. Elle est visible lors de l’enrôlement des électeurs. Cette fraude est visible à tous les niveaux du processus électoral. A partir de ce moment, même si c’est un candidat de l’opposition qui sort vainqueur d’une élection, la victoire est invalidée. La démocratie ne se limite pas au simple multipartisme, elle intègre le respect des libertés fondamentales, les libertés individuelles comme la liberté d’expression et la garantie des élections libres, la justice pour tous. C’est cela la démocratie ».

Propos recueillis par Doriane Moussounda.

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Un prêche dans le désert ? Le parlement européen fustige un « pouvoir répressif »

Suite aux violences post-électorales nées de la présidentielle du 27 août 2016, le parlement européen a adopté, le 14 septembre dernier, une résolution contre le gouvernement gabonais. Intitulé «Gabon, la répression de l’opposition», ce texte constitue une avancée considérable en faveur de Jean Ping. Une provocation pour le pouvoir de Libreville qui veut à tout prix tourner la page sombre de la dernière élection, arguant que le pays doit avancer.

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L’état de la démocratie au Gabon. Jean Ping et les siens en quarantaine

La Coalition pour la Nouvelle République, (CNR), conduite par Jean Ping, subit depuis peu les foudres du pouvoir qui interdit à ses membres l’accès aux médias publics et la liberté de se mouvoir allègrement à l’extérieur des frontières nationales. D’où l’ire de l’opposition dite radicale, même si la décision est aujourd’hui levée.

C’est désormais une opposition gabonaise barricadée, confinée et même bâillonnée, tant les mesures restrictives, prises à son encontre par le gouvernement ces derniers temps, achèvent désormais de la réduire à la clandestinité, au silence. Et pour cause, le 27 août dernier le Pr Albert Ondo Ossa, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2009, a été retenu à l’aéroport de Libreville par les services de la police de l’air et des frontières (PAF), alors qu’il devait participer à un colloque international au Cameroun. Quelques jours plus tard, c’est-à-dire le 2 septembre dernier, le même sort a été réservé à l’un des candidats à la dernière présidentielle, Casimir Oyé Mba qui, lui, voulait partir en France. Des interdictions de voyager sans notifications préalables aux opposants qui n’apprennent leur interdiction de voyager qu’à l’aéroport.
Gouvernement : « Mesures provisoires » Pour le Ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha, il s’agit plutôt de mesures administratives provisoires destinées à garantir la sécurité de l’Etat, suite à l’appel à l’insurrection lancé par Jean Ping le 18 août dernier. Dans son message à la nation, à l’occasion de la fête de l’indépendance du pays le 17 août dernier, l’opposant avait déclaré à l’endroit de ses partisans : « Je ne vous retiens plus (…). Je vous enjoins d’organiser, dès aujourd’hui et sans limite, jusqu’au départ des putschistes toute manifestation civique ».
Mais l’interdiction de quitter le sol gabonais (heureusement levée le 8 septembre dernier), n’est pas la seule restriction. Dans une déclaration à la télévision d’Etat, le ministre de la Communication, Alain Claude Bilié By Nzé, a averti dernièrement que tous ceux qui ne reconnaissent pas les autorités en place ne pourront plus s’exprimer sur les médias publics.

Opposition : «Une séquestration» inacceptable
Comme il fallait s’y attendre, le camp de Jean Ping est très remonté. Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, porte-parole de Jean Ping est très clair : « De manière arbitraire et illégale, ce pouvoir a désormais entrepris de séquestrer les opposants à l’intérieur du territoire », a-t-il déclaré. Même son de cloche du côté de l’Union Nationale, la formation politique de Zacharie Myboto qui considère ces mesures comme des entraves à la démocratie.
« (…) L’Union Nationale constate pour le regretter que, conscient et agacé qu’il est, de la ténacité avec laquelle la majorité du peuple Gabonais tient à faire respecter sa souveraineté, exprimée le 27 août 2016 en faveur de M. Jean Ping, alors candidat de la Coalition, le pouvoir établi multiplie les menaces et les actes d’intimidation, au point de prendre des mesures qui ni n’honorent, ni ne donnent une bonne image de notre pays. Aussi, l’Union Nationale s’insurge-t-elle contre ces comportements dignes d’un Etat voyou dont les dirigeants visent à réduire les Gabonais en servitude », indique un communiqué de cette formation politique.

L’effet boomerang !
Voila un nouvel épisode du landerneau politique gabonais qui risque de compromettre les efforts du dialogue national dans sa phase de réconciliation nationale. En prenant de telles sanctions, le pouvoir non seulement donne du grain à moudre à ses détracteurs, mais également place une fois de plus son principal opposant sous les feux des projecteurs. C’est sans doute pour atténuer ces effets que le 8 septembre dernier, le pouvoir a levé l’interdiction de sortie du territoire national.

Yannick Franz IGOHO

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Violences d’août 2016. Les juges internationaux prônent le dialogue

« En plus de la justice, il faut le dialogue ». C’est l’exhortation faite par le juge sénégalais de la Cour pénale internationale (CPI), Amady Ba, venu enquêter en juin dernier sur les responsabilités dans les violences post-électorales. Devant la gravité des clivages entre pouvoir et opposition qu’ils ont rencontrés, les juges estiment « qu’il faut se parler et se tendre la main ». Un vœu pieu ?

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Après une diplomatie infructueuse. Jean Ping s’en remet à l’insurrection populaire

Au terme de multiples voyages en Europe et aux Etats Unis pour tenter de trouver des alliés, Jean Ping qui conteste depuis plus d’un an la réélection de son rival Ali Bongo Ondimba, n’est pas parvenu à le renverser. La communauté internationale semble avoir pris la mesure du fait accompli. Pour l’avoir compris, l’ancien candidat de l’opposition à la dernière présidentielle n’a plus d’autre recours que la mobilisation de ses partisans, qu’il appelle à l’insurrection populaire.
« Je demande aux populations de l’Estuaire, du Haut-Ogooué, du Moyen-Ogooué, de la Ngounié, de la Nyanga, de l’Ogooué Maritime, du Woleu-Ntem, et tous les Gabonais de la diaspora de se lever comme un seul homme… A partir de ce jour, je ne vous retiens plus (…) Dans cet esprit, je vous enjoins d’organiser dès aujourd’hui et sans limite, jusqu’au départ des putschistes, toute manifestation civique conforme aux droits à la libre expression, à la liberté de manifester, aux droits fondamentaux prescrits par la Constitution». C’est l’appel de Jean Ping lors de la fête de l’indépendance du Gabon. Ce message, délivré un an après l’élection présidentielle chaotique d’août 2016, alors que les ardeurs contestataires de la population semblent déjà s’émousser, a du mal
à mobiliser sur le terrain. Surtout que le pouvoir a décidé d’employer la manière forte en interdisant systématiquement toute manifestation de l’opposition, qu’il assimile de facto à un appel à la violence.
L’interdiction en août dernier du meeting de Jean Ping au collège Ntchorere (un lieu privé), et la série d’arrestations qui s’en est suivie en dit long sur cette logique du pouvoir de réduire au silence une opposition considérée comme un danger pour la paix sociale.

Le pouvoir : un appel « inacceptable »
Comme de tradition, le Parti Démocratique Gabonais (PDG) par la voix de son porte-parole, Léandre Kiki, a réagi face à cet appel qu’il qualifie de « désinvolte », dans un communiqué lu sur les antennes de Gabon Télévision. « Le Parti Démocratique Gabonais condamne avec la plus grande énergie, les appels à la désobéissance civile lancés, encore une fois, par monsieur Ping ».
Le PDG qualifie les déclarations de l’ancien patron de la Commission de l’Union africaine, d’« actes hautement reprochables, inacceptables et à l’encontre de l’intérêt supérieur de la nation ». Selon le parti majoritaire, Jean Ping prône la violence. D’où la mise en garde du ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha, qui a appelé les opposants au « respect des principes et des valeurs qui fondent tout Etat démocratique, sous peine de voir opposer à eux les affres de la loi que nul n’est censé ignorer ».
Le message du pouvoir est donc clair, l’élection présidentielle est désormais derrière et le pays doit avancer. Pas question d’accepter la moindre contestation post-électorale de quelque manière que ce soit. Même si l’opposition crie au scandale en dénonçant «un Etat voyou», il reste que les marges de manœuvre de cette opposition s’amenuisent à mesure que le tournant de la dernière présidentielle s’éloigne, et que des divisions apparaissent de plus en plus au sein de la Coalition de l’opposition pour la nouvelle république.

Raïssa MOUBECKA

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Affaire Aba’a Minko. La «révolution» manquée du 16 juin 2017

Attaques synchronisées des médias, pose de bombes factices, ultimatum de trois jours à Ali Bongo pour quitter le pouvoir, la journée du 16 Juin 2017 restera certainement gravée en encre indélébile dans le chapitre post-électoral gabonais. Et c’est un ancien candidat à la dernière présidentielle, Roland Désiré Aba’a Minko, allié de l’opposant Jean Ping, qui aura été à la manœuvre. Comment l’opération s’est-elle déroulée ?

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Attaque des médias à Libreville. Quelle «main noire» derrière Aba’a Minko ?

L’enquête judiciaire ouverte suite à la révolution avortée d’Aba’a Minko, ancien candidat à la dernière présidentielle, n’a toujours pas livré tous ses secrets. Alors que le pouvoir accuse Jean Ping d’être derrière l’opposant qui s’était rallié à sa candidature, le camp Jean Ping, lui, soutient qu’il s’agit bien d’une manipulation du régime Bongo pour faire porter la responsabilité des violences politiques à son rival.

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Prêt FMI de 642 millions de dollars au Gabon. Mise sous tutelle ou relance de l’économie

Le Gabon, dont l’économie est fortement liée au secteur pétrolier, subit de plein fouet les retombées de la crise internationale des cours des matières premières. Pour limiter les soubresauts liés à ces perturbations, le Gouvernement a demandé l’aide du Fonds Monétaire International (FMI) qui a approuvé un accord élargi de 642 millions de dollars, soit 382 milliards de FCFA pour la période 2017-2020 (1).

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Macron écrit à Bongo pour la fête d’indépendance. Entre usage diplomatique et reconnaissance officielle

A l’occasion de la célébration du 57e anniversaire de l’accession du Gabon à l’indépendance, l’Elysée, via l’ambassade de France, a adressé une correspondance à la présidence du Gabon. Mais alors que les partisans du pouvoir y voient une reconnaissance du pouvoir d’Ali Bongo dont la réélection le 27 août 2016 reste toujours entachée de doutes, ceux de l’opposition minimisent la portée d’un tel message, en y voyant une simple tradition diplomatique.

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Trop libre dans le gouvernement. Bruno Ben Moubamba débarqué

Bruno Ben Moubamba, ministre d’Etat chargé de l’Habitat, a été limogé le 7 septembre dernier par décret présidentiel. C’est le Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet, qui s’est chargé lui-même de lire le communiqué de ce débarquement, afin de mieux se débarrasser de cet ancien candidat à la présidentielle devenu trop encombrant pour le pouvoir.

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