Affaire Aba’a Minko. La «révolution» manquée du 16 juin 2017

Attaques synchronisées des médias, pose de bombes factices, ultimatum de trois jours à Ali Bongo pour quitter le pouvoir, la journée du 16 Juin 2017 restera certainement gravée en encre indélébile dans le chapitre post-électoral gabonais. Et c’est un ancien candidat à la dernière présidentielle, Roland Désiré Aba’a Minko, allié de l’opposant Jean Ping, qui aura été à la manœuvre. Comment l’opération s’est-elle déroulée ?


Attaques synchronisées des médias, pose de bombes factices, ultimatum de trois jours à Ali Bongo pour quitter le pouvoir, la journée du 16 Juin 2017 restera certainement gravée en encre indélébile dans le chapitre post-électoral gabonais. Et c’est un ancien candidat à la dernière présidentielle, Roland Désiré Aba’a Minko, allié de l’opposant Jean Ping, qui aura été à la manœuvre. Comment l’opération s’est-elle déroulée ?

Nous sommes le vendredi 16 juin 2017. Il est un peu plus de 10 h quand un commando d’hommes encagoulés, armés de machettes et armes de poing, apparemment des jouets, arrive devant la chaîne de télévision privée Kanal 7. Il tente de pénétrer dans la salle de diffusion pour faire passer un message révolutionnaire qui accorde 72 heures à Ali Bongo pour quitter le pouvoir au profit de son rival, Jean Ping. Kanal 7 étant située en bordure de route, le commando bat en retraite devant la mobilisation des riverains qui tentent de l’en dissuader. Aux alentours de 11 h, le même commando d’environ 7 hommes, fait irruption dans la rédaction de la radio panafricaine, Africa N°1. Ils arrachent les téléphones des journalistes, qu’ils menacent de découper à coups de machette, avant de saisir par la ceinture, le technicien qu’ils entraînent dans la salle de diffusion pour faire passer leur message. Africa N°1 ne disposant pas de machine pour la lecture d’un support vidéo, ils s’enfuient à bord de leur pick-up, laissant derrière eux une bombe. Ce sont les éléments de la garde républicaine qui constateront qu’il s’agissait bien d’un engin factice. Au même moment, d’autres éléments sont signalés à la chaîne de télévision privée, TV+ où ils réussissent finalement à faire diffuser leur message, après avoir menacé de mort le technicien. Mais le message de seize minutes n’ira pas jusqu’à sa fin, puisque le directeur de la télévision, alerté, fait couper l’électricité. Trop tard, l’essentiel est déjà dit, car dans la vidéo, Aba’a Minko explique « qu’accompagné d’autres compatriotes déterminés à animer une révolution pour la libération du peuple, ils ont planifié des actes de déstabilisation de l’autorité de l’Etat ».

Passage dans les représentations diplomatiques
Alors que le commando opère, Désiré Aba’a Minko se rend à l’ambassade de France, où il dépose un mémorandum demandant à la France d’intervenir pour enlever Ali Bongo du pouvoir, avant de demander un asile. Demande rejetée, selon plusieurs sources. Ils poursuivent leur route et arrivent au mausolée Léon Mba, où ils font une déclaration devant les caméras des journalistes. Déclaration au cours de laquelle, Aba’a Minko dit avoir miné tous les bâtiments administratifs, qu’il menace de faire sauter, l’un après l’autre, si Ali Bongo ne libère pas le pouvoir dans les délais annoncés. C’est finalement au siège de la délégation de l’Union européenne où il vient de faire irruption pour demander un asile, qu’il sera arrêté avec son ancien directeur de campagne, Guy Arlin Nang, par les éléments de la Police judiciaire (PJ), avec en main un autre faux explosif. Dans la foulée, le Procureur de la république, près le Tribunal de Libreville, Steeve Ndong Essame Ndong, annonce l’ouverture d’une enquête « pour faire toute la lumière » sur ces actes « d’une extrême gravité ». Les charges qui pèsent sur les chefs du commando sont lourdes : « association de malfaiteurs, atteinte à la sûreté de l’Etat, incitation à la révolte, diffusion de fausses nouvelles en vue de troubler la paix publique ». Aba’a Minko et son directeur de campagne risquent la prison à vie.

Marielle ILAMBOUANDZI

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