Cameroun : Des versets bibliques sur des rythmes endiablés

(Jade Cameroun /Syfia ) Savant mélange de textes bibliques et de rythmes profanes et populaires, la musique religieuse fait un tabac au Cameroun. Les artistes surfent sur cette tendance, le public en redemande et les vendeurs spécialisés se frottent les mains.

Les engins ont fière allure. Faisant à la fois office de moyen de transport et de boutique spécialisée, des tricycles d’un genre nouveau circulent à Douala. Au volant de ces drôles de machines, les vendeurs de musique religieuse parcourent les rues de la capitale économique du Cameroun, à petite vitesse, prêts à s’arrêter au moindre signe d’un client.


Vincent, un de ces vendeurs, a choisi de se garer aujourd’hui pour quelques heures au très fréquenté carrefour Ndokotti. Les affaires ont l’air de marcher. « Je cherche une K7 dans laquelle on chante simultanément en douala, bassa, bamiléké (trois langues locales, Ndlr) et français », lui explique une dame, sans plus de précisions. Au moyen de différents appareils qui équipent son tricycle magique, Vincent fait jouer les musiques qui répondent à cette description. Au troisième essai, la personne a retrouvé la mélodie qu’elle cherchait. Elle achète aussitôt la K7.


« Des clients comme cette dame, j’en reçois des dizaines tous les jours et ils repartent toujours satisfaits ! », se félicite notre vendeur. Ses affaires et celles de ses pairs connaissent un succès grandissant. Le dernier jugement, album à caractère religieux commis par Ronz, a ainsi été le plus vendu de ces quatre derniers mois avec environ 20 000 exemplaires écoulés. Loin devant SOS le prisonnier de Sergeo Polo, pourtant chanteur de makossa très en vue.


La large diffusion à la radio et à la télévision de ces musiques est pour beaucoup dans ce phénomène. Cet éveil coïncide aussi avec la multiplication des Églises de réveil créées par des pasteurs immigrés nigérians, où le chant constitue un élément essentiel du prêche.


 


Sacrée musique !


La musique dite religieuse a désormais quitté les enceintes des églises pour s’incruster partout dans la société. On l’écoute dans les maisons, les bureaux, les taxis et les bus. « La mélodie et la profondeur des textes me plaisent énormément. Cette musique aide à se concentrer, à se remettre en cause et à prendre des décisions », se réjouit François Ndjoume, responsable commercial dans une entreprise de téléphonie.


Pour frère Simon, évangéliste de la Mission du Plein Evangile, spécialisé dans la commercialisation de ces sonorités, l’intérêt soudain des gens pour la musique religieuse s’expliquerait par les difficultés que ces derniers rencontrent dans leur quotidien. « Ils ont compris qu’il fallait se tourner vers Dieu. Et cette musique riche en enseignements permet de connaître le Seigneur et ses commandements sans forcément aller à l’église ou lire la Bible. »


Sociologue et enseignant en sciences sociales appliquées à l’Université de Douala, le Docteur Louis Roger Kemayou explique plutôt cet intérêt par le mélange avec des rythmes très populaires. « À écouter cette musique, seuls les textes sont religieux, les airs et autres rythmes sont profanes. On y retrouve du mapouka, du coupé décalé, du makossa, du bikutsi, du mangambeu, du slow, du blues… C’est tout cela qui fait courir les gens quand bien même ils sont étrangers au contenu des messages. » Certaines musiques dites religieuses mettent ainsi l’ambiance dans les discothèques.


Les vendeurs de CD et K7 religieuses sont en tout cas de plus en plus nombreux dans les rues des grandes villes du pays. Tous restent très discrets sur leur chiffre d’affaires. « Ce que Dieu me donne chaque jour, je le prends avec fierté », confie pudiquement Vincent. « Le Seigneur pourvoit à mon pain quotidien », renchérit l’évangéliste frère Simon.


Vérification faite, certains vendeurs réaliseraient un chiffre d’affaires de près d’un million de Fcfa (plus de 1 500 Euros) par semaine, soit deux fois plus que leurs homologues distributeurs de musiques profanes. Dieu reconnaîtra les siens.


 


Charles Nforgang


 

2 Replies to “Cameroun : Des versets bibliques sur des rythmes endiablés”

  1. je suis fan de cette musiqueje suis fan de cette musique elle me plaie autant que la musique des USA je peut dire qu elle nous obsede tous car c est un moyen de se distraire surtout les chorales comme (voix de l esprit)tres top.

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  2. Salut.Salut.

    Très joyeux de lire vos articles. c’est la toute première fois que je visite ce site, par accident lorsque par une recherche sur la musique réligieuse au Cameroun, j’y échoue. Juste vous dire bravo « Jade Cameroun ».

    je suis un réporteur en herbe et je pourrais échanger avec vous pas mal de docs.

    Bon week-end dans le Ramadan.

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