Adoption d’une nouvelle constitution. Pour quelle démocratie ?

Les députés seront plus nombreux à l'issue des prochaines législatives

Après son passage comme une lettre à la poste au parlement, la révision constitutionnelle initiée par le gouvernement ne va pas sans interrogations. Va-t-elle enfin mettre un terme aux violences postélectorales chroniques dans le pays depuis plus de 25 ans ? Comment parvenir à une véritable alternance démocratique et pacifique, si certaines questions comme la limitation des mandats présidentiels restent entières ?

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L’état de la démocratie en Afrique. Où en est le Gabon ?

Tout citoyen gabonais, soucieux de l’Etat de droit, peut s’interroger sur la situation démocratique réelle de son pays, et faire la comparaison avec d’autres Etats africains. Surtout après les récents événements qui ont rythmé la vie politique nationale, notamment l’organisation de la présidentielle du 27 août 2016, la gestion du contentieux électoral par les instances habilitées, et les mesures punitives prises par le pouvoir à l’encontre de l’opposition dite radicale.

Quel est l’état démocratique réel du Gabon après 27 ans de multipartisme ? De quelles infrastructures politiques et juridiques dispose le pays pour promouvoir une vie démocratique viable, depuis le retour au multipartisme en 1990 ? Comment ces infrastructures fonctionnent-elles ? A ces questions, les réactions sont partagées. Pour les tenants du pouvoir, 27 ans seulement de démocratie, ce n’est pas encore un âge suffisant pour juger de la maturité de la jeune démocratie née au tournant des années 1990, contrairement aux pays occidentaux, qui eux, ont pris des siècles pour y arriver. L’opposition estime qu’au contraire, plus de deux décennies après l’instauration du multipartisme, le Gabon pourrait déjà être un Etat démocratique forgé. Surtout que d’autres pays en Afrique comme le Bénin qui a connu le multipartisme la même année, est devenu une démocratie, avec des possibilités d’alternances pacifiques intégrées, le dernier exemple étant la passation de charges entre l’ancien président, Thomas Bony Yayi, arrivé en fin de mandat, conformément à la constitution, et son successeur, Patrice Talon, en mars 2016.

L’exemple kenyan
Saisie par le principal opposant, Raila Odinga, qui contestait la réélection de son rival, le président Uhuru Kenyatta, la cour suprême du Kenya a invalidé la présidentielle du 4 août dernier. Elle a dénoncé la «négligence» ou le «refus» de la commission électorale d’organiser des élections conformément à la loi du pays. Pour le journaliste congolais réfugié en France, Jean-Jules Lundu, « cette invalidation est une première », et il y a là « une dynamique qui pousse vers l’éclosion de la démocratie » en Afrique, une Afrique qui murit. Un cas école sur un continent où la plupart des cours suprêmes sont souvent accusées d’être de simples chambres d’enregistrement en faveur des régimes en place. Le lien est vite fait avec le Gabon où la cour constitutionnelle, malgré un faisceau d’irrégularités flagrantes dénoncées aussi bien par l’opposition que par les observateurs internationaux, a refusé d’invalider le scrutin du 27 août 2016, confirmant ainsi la réélection d’Ali Bongo.

Une opposition «séquestrée»
Interdiction de sortir du pays, de s’exprimer sur les médias publics ou encore de manifester. Ce sont des mesures que le gouvernement gabonais a prises contre l’ancien candidat de l’opposition, Jean Ping, et la plupart des leaders de sa coalition qui contestent la légitimité du pouvoir. L’opposition parle « d’une chasse à l’homme » organisée par le pouvoir pour la tenir en bride. Tandis qu’au Burkina Faso et au Sénégal, pour ne citer que ces deux cas, les manifestations de l’opposition sont souvent tolérées pour laisser s’exprimer la liberté d’opinions. Surtout que « La liberté (…) d’opinion, d’expression, (…) sont garanties à tous, sous réserve du respect de l’ordre public ». Tout comme « La liberté d’aller et venir à l’intérieur de la république gabonaise, d’en sortir et d’y revenir, est garantie à tous les citoyens gabonais, sous réserve du respect de l’ordre public », articles 2 et 3 du préambule de la constitution gabonaise, même si celle-ci ne détaille pas l’ordre public en question.

Des médias décriés
L’un des moteurs de la démocratie c’est aussi l’indépendance des médias, (publics surtout). Comme le dit Eddy Pleynel, fondateur de Médiapart, médias et démocratie sont les deux faces d’une même médaille, l’une ne va jamais sans l’autre. Mais les médias ne peuvent servir de hussards à la démocratie que s’ils sont réellement libres comme devraient l’être les télévisions et radios publiques. Or, les médias publics sont de plus en plus décriés pour ne couvrir que les seules activités du gouvernement et de tous ceux qui le côtoient. Qu’il s’agisse des périodes électorales ou de périodes dites normales, les médias publics prêtent rarement attention à l’offre politique de l’opposition que le pouvoir assimile de facto à la violence politique. Et les ordres viennent souvent de la tutelle ministérielle quand ils ne viennent pas directement des responsables desdits médias, qui pratiquent l’autocensure. Selon le classement 2017 de Reporters sans frontières, le Gabon n’occupe que la 108e place sur les 180 pays observés. Soit 8 places de moins par rapport à l’année dernière. Même si le pays reste le premier en Afrique centrale, il est néanmoins largué par d’autres pays africains comme la Namibie (24e), le Ghana (26e), le Cap-vert (32e), pays considérés comme exemplaires sur le continent.

Quid de la corruption ?
L’un des défis qui restent à relever pour permettre l’éclosion d’une véritable culture démocratique est sans doute la lutte contre la corruption. Corruption des esprits en période électorale, notamment avec l’achat des consciences des électeurs qui votent plus pour de l’argent que pour leurs convictions politiques personnelles. L’ampleur du phénomène est souvent observable pendant les élections législatives et présidentielles où des candidats déplacent, à coup de billets de banque, des électeurs à l’intérieur du pays où ils ne figurent parfois pas sur les listes électorales. Des méthodes frauduleuses qui restent sources de violences post-électorales récurrentes dans le pays.
Globalement, l’état de démocratie au Gabon reste mitigé après 27 ans de multipartisme, contrairement aux pays africains déjà cités plus haut.

KOMBA KOMBA

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L’état de la démocratie au Gabon. Un « stade embryonnaire », selon Bruno Mve Ebang

A l’heure des remous politiques en Afrique, avec l’éclosion des mouvements de la société civile et des syndicats, au Gabon, la question se pose sur la place du pays dans le champ de la démocratie africaine. Et cela d’autant plus que le pays vit au rythme d’une crise politique née de la dernière élection présidentielle, entre Jean Ping qui se réclame toujours le président élu, et son rival Ali Bongo au pouvoir. Maître assistant en science politique à l’université Omar Bongo, Bruno Mve Ebang juge que le Gabon est encore en train de « construire sa démocratie ».

MICA : Comment situez-vous le Gabon en matière de démocratie en Afrique, alors que la communauté internationale vient de célébrer, le 15 septembre dernier, la journée internationale de la démocratie ?
Bruno Mve Ebang : « La démocratie est un mode de gouvernement de l’Etat qui repose principalement sur la préservation des libertés individuelles, c’est-à-dire la souveraineté du peuple. De façon globale, au Gabon comme dans beaucoup de pays en Afrique qui ont amorcé un tournant démocratique au début des années 1990 avec la fameuse conférence nationale, les textes garantissent la démocratie. Le Gabon est un pays qui a d’ailleurs le système électoral le plus complexe en Afrique noire francophone. C’est un système démocratique qui garantit la souveraineté nationale. On peut dire en droit que le Gabon est un pays démocratique. Quant à savoir où il se situe en matière de démocratie en Afrique, je dirais qu’il est au stade embryonnaire. Le Gabon est en train de construire sa démocratie au fur et à mesure ».
MICA : En comparaison avec le Benin, qui a connu, lui aussi, la conférence nationale au tournant des années 90, et qui connaît depuis des possibilités d’alternance intégrées, le Gabon est-il vraiment un pays démocratique ?
Bruno Mve Ebang : « Quand on prend le cas du Benin, on voit que depuis sa réforme constitutionnelle de 1970, ce pays a connu plusieurs alternances démocratiques, c’est-à-dire qu’il ya plusieurs partis politiques qui se sont succédés au pouvoir. Nous l’avons vu l’année dernière avec l’élection du Président Patrice Talon qui était un candidat de l’opposition se présentant contre Zinsou, le candidat du parti au pouvoir. Il y a donc eu alternance. Au Gabon, on n’en est pas encore arrivé là .Du coup, on ne peut pas parler d’alternance avec des élections justes et crédibles. C’est là que se pose le problème. Tous les instruments sensés garantir une alternance politique sont verrouillés. Elle est donc quasi impossible et à ce niveau, on ne peut pas mettre sur le même pied d’égalité le Gabon avec un pays comme le Benin et beaucoup d’autres pays d’Afrique de l’ouest qui connaissent une avance dans ce domaine ».
MICA : Pourtant, le pays dispose d’un système politique basé sur le pluralisme des partis politiques et d’institutions juridiques en la matière.
Bruno Mve Ebang : «Le système juridique gabonais, qu’il soit constitutionnel ou simplement législatif, a acquis les principes démocratiques, mais, encore une fois, toutes les institutions sont verrouillées, et donc on aboutit au fait que ce verrouillage n’est pas seulement imputable au pouvoir en place, mais aussi aux hommes qui décident eux- mêmes de s’asservir. La fraude électorale, elle est visible d’abord dans les bureaux de vote avant d’aller à la CENAP. Elle est visible lors de l’enrôlement des électeurs. Cette fraude est visible à tous les niveaux du processus électoral. A partir de ce moment, même si c’est un candidat de l’opposition qui sort vainqueur d’une élection, la victoire est invalidée. La démocratie ne se limite pas au simple multipartisme, elle intègre le respect des libertés fondamentales, les libertés individuelles comme la liberté d’expression et la garantie des élections libres, la justice pour tous. C’est cela la démocratie ».

Propos recueillis par Doriane Moussounda.

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Un prêche dans le désert ? Le parlement européen fustige un « pouvoir répressif »

Suite aux violences post-électorales nées de la présidentielle du 27 août 2016, le parlement européen a adopté, le 14 septembre dernier, une résolution contre le gouvernement gabonais. Intitulé «Gabon, la répression de l’opposition», ce texte constitue une avancée considérable en faveur de Jean Ping. Une provocation pour le pouvoir de Libreville qui veut à tout prix tourner la page sombre de la dernière élection, arguant que le pays doit avancer.

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L’état de la démocratie au Gabon. Jean Ping et les siens en quarantaine

La Coalition pour la Nouvelle République, (CNR), conduite par Jean Ping, subit depuis peu les foudres du pouvoir qui interdit à ses membres l’accès aux médias publics et la liberté de se mouvoir allègrement à l’extérieur des frontières nationales. D’où l’ire de l’opposition dite radicale, même si la décision est aujourd’hui levée.

C’est désormais une opposition gabonaise barricadée, confinée et même bâillonnée, tant les mesures restrictives, prises à son encontre par le gouvernement ces derniers temps, achèvent désormais de la réduire à la clandestinité, au silence. Et pour cause, le 27 août dernier le Pr Albert Ondo Ossa, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2009, a été retenu à l’aéroport de Libreville par les services de la police de l’air et des frontières (PAF), alors qu’il devait participer à un colloque international au Cameroun. Quelques jours plus tard, c’est-à-dire le 2 septembre dernier, le même sort a été réservé à l’un des candidats à la dernière présidentielle, Casimir Oyé Mba qui, lui, voulait partir en France. Des interdictions de voyager sans notifications préalables aux opposants qui n’apprennent leur interdiction de voyager qu’à l’aéroport.
Gouvernement : « Mesures provisoires » Pour le Ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha, il s’agit plutôt de mesures administratives provisoires destinées à garantir la sécurité de l’Etat, suite à l’appel à l’insurrection lancé par Jean Ping le 18 août dernier. Dans son message à la nation, à l’occasion de la fête de l’indépendance du pays le 17 août dernier, l’opposant avait déclaré à l’endroit de ses partisans : « Je ne vous retiens plus (…). Je vous enjoins d’organiser, dès aujourd’hui et sans limite, jusqu’au départ des putschistes toute manifestation civique ».
Mais l’interdiction de quitter le sol gabonais (heureusement levée le 8 septembre dernier), n’est pas la seule restriction. Dans une déclaration à la télévision d’Etat, le ministre de la Communication, Alain Claude Bilié By Nzé, a averti dernièrement que tous ceux qui ne reconnaissent pas les autorités en place ne pourront plus s’exprimer sur les médias publics.

Opposition : «Une séquestration» inacceptable
Comme il fallait s’y attendre, le camp de Jean Ping est très remonté. Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, porte-parole de Jean Ping est très clair : « De manière arbitraire et illégale, ce pouvoir a désormais entrepris de séquestrer les opposants à l’intérieur du territoire », a-t-il déclaré. Même son de cloche du côté de l’Union Nationale, la formation politique de Zacharie Myboto qui considère ces mesures comme des entraves à la démocratie.
« (…) L’Union Nationale constate pour le regretter que, conscient et agacé qu’il est, de la ténacité avec laquelle la majorité du peuple Gabonais tient à faire respecter sa souveraineté, exprimée le 27 août 2016 en faveur de M. Jean Ping, alors candidat de la Coalition, le pouvoir établi multiplie les menaces et les actes d’intimidation, au point de prendre des mesures qui ni n’honorent, ni ne donnent une bonne image de notre pays. Aussi, l’Union Nationale s’insurge-t-elle contre ces comportements dignes d’un Etat voyou dont les dirigeants visent à réduire les Gabonais en servitude », indique un communiqué de cette formation politique.

L’effet boomerang !
Voila un nouvel épisode du landerneau politique gabonais qui risque de compromettre les efforts du dialogue national dans sa phase de réconciliation nationale. En prenant de telles sanctions, le pouvoir non seulement donne du grain à moudre à ses détracteurs, mais également place une fois de plus son principal opposant sous les feux des projecteurs. C’est sans doute pour atténuer ces effets que le 8 septembre dernier, le pouvoir a levé l’interdiction de sortie du territoire national.

Yannick Franz IGOHO

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Mouvements citoyens en Afrique . A la recherche d’une démocratie véritable

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Société civile de plus en plus active, syndicalistes plus incisifs, jeunes activistes vent debout contre les régimes en place… Les mouvements citoyens en Afrique pour la démocratie et l’alternance politique constituent, en ce XXIème siècle, une épine aux pieds de certains pouvoirs en place. Du Sénégal avec «Y-en-a-marre» au Burkina Faso avec le «Ballet citoyen», en passant par la République Démocratique du Congo avec la «Lucha» et «Filimbi», sans oublier le Gabon avec certains activistes politiques, la mobilisation contre certains Chefs d’Etat en poste ne faiblit pas. S’agit-il des signes annonciateurs d’une ère de modernité politique sur le continent ?

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« Méga meeting » anti-dialogue de Jean Ping . L’opposant veut récupérer le « palais confisqué »

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Le message a été livré le 15 avril dernier, à l’occasion d’une manifestation politique baptisée de « méga meeting », organisée par la Coalition pour la nouvelle république à l’esplanade du collège Ntchorere de Libreville. Comme d’habitude, Jean Ping, ancien candidat d’un regroupement de l’opposition à la dernière élection présidentielle, a enjoint son rival, Ali Bongo Ondimba, de quitter sans délai le « pouvoir avant qu’il ne soit trop tard ». Un ultimatum qui visiblement ne semble pas effrayer le pouvoir, qui y voit une grosse plaisanterie.

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Potion magique ou messe sans lendemain?

Alors que le Gabon traverse l’une de ses plus graves crises post-présidentielles depuis le retour du multipartisme en 1990, tous les acteurs politiques, à l’exception du camp de Jean Ping, sont convaincus que seul le dialogue politique initié par Ali Bongo Ondimba reste sans conteste, l’unique voie de sortie de crise. Une euphorie qui, naturellement ne va pas sans susciter quelques doutes, surtout au regard des exemples du passé tels que la conférence nationale de 1990, les Accords de Paris de 1994 et les Accords d’Arambo de 2006. Exemples qui, somme toute, n’ont jusque-là permis aucun lendemain post-présidentielle apaisé dans le pays.

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Les Gabonais jaugent « le dialogue national ». Les cœurs balancent entre doutes et espoirs

Alors que se tiennent depuis le 28 mars dernier les assises du dialogue politique convoqué par l’actuel président de la république, Ali Bongo Ondimba, les Gabonais ne cachent plus leurs doutes et espoirs quant aux chances de réussite de cette table ronde. Surtout que Jean Ping, le principal opposant qui concentre près de la moitié du collège électoral n’y participe pas.

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En finir avec les crises à répétition. Des réformes électorales qui suscitent l’espoir

Les citoyens veulent en finir avec les crises électorales à répétition

Comme pour tous les autres thèmes inscrits à l’ordre du jour du dialogue politique, les réformes électorales au menu des participants du groupe de travail N° 2 ont suscité un grand intérêt. Et pour cause, les élections, notamment la présidentielle, sont souvent sources de contestations et de violences dans le pays depuis le retour du multipartisme en 1990. D’où la richesse et la diversité des propositions, qui toutes convergent vers une volonté d’en finir, une bonne fois pour toutes, avec les crises postélectorales à répétition.

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