Potion magique ou messe sans lendemain?

Alors que le Gabon traverse l’une de ses plus graves crises post-présidentielles depuis le retour du multipartisme en 1990, tous les acteurs politiques, à l’exception du camp de Jean Ping, sont convaincus que seul le dialogue politique initié par Ali Bongo Ondimba reste sans conteste, l’unique voie de sortie de crise. Une euphorie qui, naturellement ne va pas sans susciter quelques doutes, surtout au regard des exemples du passé tels que la conférence nationale de 1990, les Accords de Paris de 1994 et les Accords d’Arambo de 2006. Exemples qui, somme toute, n’ont jusque-là permis aucun lendemain post-présidentielle apaisé dans le pays.

Alors que le Gabon traverse l’une de ses plus graves crises post-présidentielles depuis le retour du multipartisme en 1990, tous les acteurs politiques, à l’exception du camp de Jean Ping, sont convaincus que seul le dialogue politique initié par Ali Bongo Ondimba reste sans conteste, l’unique voie de sortie de crise. Une euphorie qui, naturellement ne va pas sans susciter quelques doutes, surtout au regard des exemples du passé tels que la conférence nationale de 1990, les Accords de Paris de 1994 et les Accords d’Arambo de 2006. Exemples qui, somme toute, n’ont jusque-là permis aucun lendemain post-présidentielle apaisé dans le pays.

Tout le monde ou presque ne jure désormais que par le seul  dialogue politique national, à l’initiative  d’Ali Bongo Ondimba, afin, pense-t-on,  de délivrer le Gabon une bonne fois pour toutes de sa «malédiction» post-présidentielle chronique. Pourtant, un regard dans le rétroviseur soulève quand même quelques interrogations. Qu’est-ce qui, contrairement aux autres expériences passées du genre enregistrées jusque-là, fera dudit dialogue une vraie réussite démocratique ? Le dialogue politique dans son format actuel est-il réellement la panacée pouvant effacer d’un seul trait le cauchemar de la crise postélectorale d’août dernier ? Va-t-il enfin permettre une meilleure oxygénation de la démocratie gabonaise, avec des possibilités  d’alternance politique intégrées? 

Expériences mitigées du passé

Ces questions sont d’autant plus sensées qu’elles ramènent au goût du jour les expériences d’autres messes politiques déjà organisées dans le passé. On peut citer entre autres la conférence nationale de 1990, qui a permis le rétablissement du multipartisme censuré par l’arrivée au pouvoir,  en 1967 d’Omar Bongo Ondimba, qui voulait faire du Gabon un seul village réuni au sein du seul parti démocratique gabonais (PDG) comme le creuset de l’unité nationale. Même chose pour les Accords de Paris de 1994. Accords négociés sous l’égide de la communauté internationale, entre majorité et opposition au lendemain des contestations post-présidentielles de 1993. Contestations menées, faut-il le rappeler, par le principal opposant d’alors, le Père Paul  Mba Abessole, qui accusait feu le président Omar Bongo de lui avoir volé sa victoire à cette première élection «pluraliste» sous l’ère Bongo. C’est également le cas pour les Accords d’Arambo de 2006, qui ont débouché sur une pléiade d’avancées, dont le fameux fichier électoral biométrique.

Même si tous ces tours de table ont permis de doter le pays d’un certain nombre d’ «institutions démocratiques» telles le Conseil national de la communication (CNC), la commission nationale électorale (CNE) qui deviendra plus tard Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP), la cour constitutionnelle, pour ne citer que celles là, il s’agit pour la plupart des institutions dont le rôle impartial reste toujours sujet à polémique. Des institutions réputées comme étant des «tours de pise», c’est-à-dire à la solde du pouvoir politique, qui en nomme l’essentiel des membres. Lesquels sont souvent vilipendés comme des suppôts du PDG au pouvoir. Ces grand-messes politiques n’ont pas su jusqu’ici arrimer le Gabon en orbite d’autres nations démocratiques du continent comme le Bénin, le Sénégal, le Ghana. La liste de ces pays qu’on retrouve majoritairement en Afrique de l’Ouest est loin d’être close. Quelle sera alors l’exception démocratique du présent dialogue ?

Francis Nkea, gouvernement : « Un dialogue préparé » 

Invité de Gabon Télévision, la chaîne d’Etat,  Francis Nkea, le Ministre en charge du dialogue politique, soutient qu’il y a eu certes beaucoup de dialogues dans ce pays, mais « ce dialogue a la particularité d’avoir été préparé ». Puisque la commission ad hoc chargée de le préparer, a-t-il expliqué, a prévu un organe de facilitation, dont la mission principale sera d’aider les parties à trouver le consensus en cas de désaccord majeur. En plus du facilitateur, et contrairement aux dialogues antérieurs, il y aura une coprésidence menée conjointement par l’opposition et la majorité, et les décisions quant à elles ne seront prises que par consensus et non par vote, car pense Nkea, « le vote divise ».

 

Georges Mpaga, société civile : « Du bricolage… » 

Joint au téléphone par Mica Le journal des élections, Georges Mpaga, le président du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance (ROLBG) est catégorique. Pas de dialogue possible avec Ali Bongo Ondimba, parce qu’il n’en a pas la légitimité. Selon Georges Mpaga, « si dialogue il doit y avoir, ce sera pour négocier la passation de service entre Ali Bongo et Jean Ping ». Car, poursuit-il « pour la société civile, les vraies organisations de la société civile, Ali Bongo a perdu l’élection et le seul président élu et reconnu par la communauté internationale c’est Jean Ping. Tous les procès verbaux de l’Union européenne attestent que Ping est le vrai vainqueur de l’élection ». Il est donc clair pour le président du Réseau libre des organisations de la société civile, qu’un « bricolage de dialogue par Ali Bongo ne constitue en aucun cas une solution viable pour une sortie de crise au Gabon ». Des inquiétudes demeurent 

Même si la majorité des acteurs favorables à ces assises reste convaincue  que le contexte a bel et bien changé, et qu’il s’agit cette fois d’un vrai dialogue qui devrait mettre le Gabon sur les rails d’une démocratie véritable, des doutes subsistent,  doutes renforcés d’ailleurs par le refus du camp de Jean Ping, représentant près de la moitié du corps électoral (selon les résultats définitifs de la cour constitutionnelle). Dans l’opposition comme certaines voix au sein de la majorité, on est bien conscient que le dialogue sans la participation du principal adversaire, risque de n’aboutir, comme d’habitude, qu’à de simples résolutions sur papier, et dont l’application a minima est souvent source de violences incontrôlables, les mêmes causes produisant les mêmes effets. 

 

Charles Nestor NKANY

 

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