Les Gabonais jaugent « le dialogue national ». Les cœurs balancent entre doutes et espoirs

Alors que se tiennent depuis le 28 mars dernier les assises du dialogue politique convoqué par l’actuel président de la république, Ali Bongo Ondimba, les Gabonais ne cachent plus leurs doutes et espoirs quant aux chances de réussite de cette table ronde. Surtout que Jean Ping, le principal opposant qui concentre près de la moitié du collège électoral n’y participe pas.

Alors que se tiennent depuis le 28 mars dernier les assises du dialogue politique convoqué par l’actuel président de la république, Ali Bongo Ondimba, les Gabonais ne cachent plus leurs doutes et espoirs quant aux chances de réussite de cette table ronde. Surtout que Jean Ping, le principal opposant qui concentre près de la moitié du collège électoral n’y participe pas. 

Après le chaos  électoral qui a plongé le pays dans une crise post-présidentielle inouïe le 31 août dernier, Ali Bongo, vainqueur du scrutin selon les résultats officiels, a appelé à la tenue d’un dialogue politique national. Un dialogue auquel son principal rival, l’opposant Jean Ping, qui se dit toujours « le président élu » a opposé une fin de non-recevoir de peur de cautionner ce qu’il appelle  un « coup d’Etat militaro-électoral ». Même si le pouvoir et une partie de l’opposition qui ont accepté de s’asseoir à la table des négociations vaticinent déjà un meilleur avenir démocratique du pays au terme des échanges, les avis des Gabonais sur les chances d’aboutissement de ces assises sont de plus en plus contrastés. Si certains voient là une opportunité d’asseoir tous les enfants du Gabon autour d’une même table, afin d’élaborer un nouveau paysage politique national, d’autres, au contraire n’y voient qu’un monologue sans suite, pire une diversion savamment organisée par le pouvoir, afin de détourner l’attention des populations des « crimes post-présidentiels ».  

Opposition : « De l’argent à gaspiller»

Désormais à la retraite et militant de l’opposition, Grégoire Mboumba Dikoussa est un ancien sénateur du Parti démocratique gabonais au pouvoir. Il est dubitatif quant à la solution miraculeuse que pourra apporter le dialogue sur la crise actuelle. Surtout que les expériences du passé tentées jusque-là n’ont connu aucun résultat positif. « La conférence de mars – avril 1990 n’a rien apporté. Omar Bongo avait dit que les actes de la conférence nationale n’étaient pas des injonctions, c’est-à-dire qu’il faisait avec ce qui l’arrangeait. Résultat,  la conférence nationale a été un échec, en dehors de la pluralité politique, mais le respect des textes n’a pas été effectif.

En 1994, après la crise politique née des élections de 1993 et d’un point de vue économique et social, après la dévaluation du franc CFA, le Gabon a vécu une nouvelle crise. Pour la résoudre, les acteurs politiques ont été convoqués à Paris. Il en est ressorti la mise en place d’un gouvernement à parité majorité-opposition. Cette disposition n’a pas été respectée, l’opposition n’a bénéficié que de six postes ministériels, la majorité s’étant taillé la part du lion ; la transformation de la garde présidentielle en garde républicaine. Dans les faits, les éléments de la garde républicaine devaient être reversés dans les corps de défense, c’est-à-dire l’armée et la gendarmerie et la garde républicaine devait être composée de  militaires et de gendarmes. Aucune de ces dispositions n’a été respectée »,  a déclaré M. Mboumba Dikoussa, avant de conclure : « les même causes produisant les mêmes effets, le dialogue politique n’apportera rien, ce n’est qu’une rencontre et de l’argent à gaspiller ».

Société civile : stratégie pour «  légitimer le pouvoir »

Marcelle, 25 ans, est étudiante en Licence 3 de sociologie à l’université Omar Bongo. Soutien de Jean Ping, elle ne cache pas son intransigeance. « Le dialogue national lancé depuis le 29 mars 2017 est pour moi un non événement, je le considère comme un monologue dans la mesure où il se tient en l’absence de Jean Ping. Les candidats Jean Ping et Ali Bongo sont les personnes habilitées à discuter pour trouver une solution. Le dialogue dans son étymologie grec renvoie à l’interaction entre deux personnes. Mais vue les choses, il est question pour moi d’une injonction de la part d’Ali Bongo dont le but est de se maintenir au pouvoir et de  conforter ses intérêts, au détriment des populations ».

Pour Wilfried Mapaga, membre de la société civile, « Avant l’élection présidentielle dernière, le pouvoir en place s’est défendu de toute idée de dialogue, prétextant que tout allait pour le mieux. Le peuple gabonais est déterminé à ne plus accepter de tomber dans le cycle infernal fraude-répression-dialogue qui a toujours eu cours dans notre pays. Il n’est pas normal que celui qui fraude, massacre des vies, appelle au dialogue pour tenter de légitimer son pouvoir avec des soi-disant patriotes déterminés à saboter le verdict des urnes, pendant que certains assoiffés du gain rapide se précipitent pour aller au dialogue en méprisant la volonté du peuple gabonais ».

Majorité : « un dialogue politique est nécessaire »

Selon Gina Ngone, jeune « slameuse » (poète) de 24 ans, et militante de l’Union des jeunes du Parti démocratique gabonais (UJPDG), « après les événements que le Gabon vient de connaître nous disons oui,  un dialogue national est important et nécessaire à tous les niveaux. Seulement ce dialogue qui invite à la table de discussions toutes les parties de la majorité, de l’opposition et de la société civile, doit, au sortir de cette rencontre, veiller à l’application des résolutions prises ».

Au marché de Nkembo, une vendeuse des légumes refuse de céder au pessimisme. Elle déplore  néanmoins le fait que Jean Ping ne soit pas présent à ce Dialogue. « Je regrette l’absence de l’adversaire d’Ali Bongo à ce dialogue.  Pour moi il fallait qu’il soit présent à l’invitation du Président. L’élection présidentielle c’est fini maintenant. On doit maintenant se pardonner pour avancer. Parce que les Gabonais doivent maintenant parler».

Comme la dernière élection présidentielle, le dialogue politique appelé par Ali Bongo, reste le point d’orgue des clivages entre opposition et majorité. Sur la toile, la virulence des commentaires  témoigne de ces profondes divisions. D’où l’urgence désormais pour tous les acteurs de se faire violence en œuvrant à la réconciliation nationale.    

 

Doriane MOUSSOUNDA

 

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