L’accord Nzouba-Ping-Oye Mba : Tournant historique ou reconstitution de club d’anciens

   Le 16 août dernier, deux candidats de l’opposition, l’ancien patron de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama et l’ex-gouverneur de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC), Casimir Oye Mba, se sont retirés de la course au profit de la candidature de l’ancien président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping. Ils l’ont fait savoir au cours d’un meeting géant, organisé à cet effet au quartier Nkembo dans la capitale gabonaise. Seulement, si certains voient là les chances de l’opposition de l’emporter, d’autres y dénoncent un partage du pouvoir entre le club d’anciens disciples d’Omar Bongo.

 

            Le 16 août dernier, deux candidats de l’opposition, l’ancien patron de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama et l’ex-gouverneur de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC), Casimir Oye Mba, se sont retirés de la course au profit de la candidature de l’ancien président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping. Ils l’ont fait savoir au cours d’un meeting géant, organisé à cet effet au quartier Nkembo dans la capitale gabonaise. Seulement, si certains voient là les chances de l’opposition de l’emporter, d’autres y dénoncent un partage du pouvoir entre le club d’anciens disciples d’Omar Bongo.

            De 13 candidats de l’opposition au départ, ils ne sont plus que 10 désormais contre Ali Bongo. Et pour cause, trois candidats dont deux considérés comme des poids lourds, viennent de se désister au profit de Jean Ping, à l’issue d’un protocole d’accord politique signé au forcing, après trois jours de négociations acharnées. Négociations menées sous la pression conjuguée d’un certain nombre d’acteurs politiques de l’opposition et de quelques organisations de la société civile opposées au régime Bongo. L’objectif est de barrer la route à Ali Bongo à travers une candidature unique de l’opposition. Car il y avait un grand danger d’effritement  pour l’opposition qui se présentait en ordre dispersé contre le Président sortant. Surtout pour un scrutin uninominal à un seul tour. Cela ne faisait au contraire que renforcer la position du candidat du parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir. C’est donc un accord qui, selon de sources concordantes, prévoit un partage de pouvoir entre ces anciens compagnons d’Omar Bongo.                                                      

« Petits arrangements »

Si dans l’état-major des quatre associés, on jubile déjà à l’idée de la victoire de Jean Ping, les réactions des autres candidats n’ont pas tardé à tomber. Ali Bongo Ondimba, candidat à sa propre succession parle d’un « retour en arrière », pire du « retour des privilèges » entre les vieux retraités, qui se sont retrouvés non pas pour « discuter de leurs programmes, mais pour discuter des postes ». Même son de cloche pour certains candidats de l’opposition comme Bruno Ben Moubamba, le candidat de l’Union du peuple gabonais (UPG), qui dénonce le fait qu’il n’ait pas été contacté pour prendre part aux négociations ayant abouti à cet accord. Pour Moubamba, cet ostracisme n’a d’autre fin que d’écarter tous les autres candidats de l’opposition, qui ne font pas partie de l’establishment. L’ancien premier Ministre, Raymond Ndong Sima, également candidat à la bataille, ne dit pas autre chose lorsqu’il estime que la situation du pays est grave et que ce ne sont nullement « les petits arrangements » entre candidats qui feront sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve aujourd’hui, mais plutôt de vraies propositions capables de remettre le Gabon sur les rails d’un développement tous azimuts. Quant à Pierre Claver Maganga Moussavou, le candidat du parti social démocrate (PSD), il a déjà à plusieurs occasions fait savoir qu’il ne trahirait jamais sa base qui l’a investi en prenant part à un quelconque accord. Car pense-t-il, Ping c’est la continuation même des Bongo. Lui seul reste donc le meilleur candidat de l’opposition.                                    

Comme on le voit, il est donc difficile de parler d’une candidature unique de l’opposition quand la plupart des candidats, aussi petits peuvent-il être considérés, refusent de prendre part à ce que d’aucuns qualifie d’un partage du pouvoir entre les vieux disciples du « bongoïsme » incarné.                                                          

 Conséquences sur le vote

            A y regarder de près, le principal accord reste celui conclu entre Guy Nzouba Ndama et Jean Ping, Casimir Oye Mba étant complètement en perte de vitesse, au regard de son retrait tardif, la veille du scrutin de 2009, qui lui colle encore à la peau. Les Gabonais manifestement ne lui ont pas encore pardonné ce désistement. On l’a vu avec le démarrage timide de sa campagne. Et même s’il est certain qu’avec cet accord, on s’achemine là vers un duel Bongo-Ping au niveau de l’issue du scrutin, il ne faut pas néanmoins perdre de vue qu’il s’agit là d’un duel qui risque d’être parasité à certains endroits par certains candidats de l’opposition, si l’on tient compte de certains paramètres.                                               En effet, quoi qu’on veuille l’ignorer, la question du scrutin présidentiel dans notre pays n’est pas encore sortie du clivage ethnique. Et c’est au nom de ce clivage qu’on pourra avoir dans la province du  Woleu-Ntem par exemple, un nombre important de compatriotes, qui faute d’avoir un candidat fang, pourront voter pour l’ancien premier Ministre, Raymond Ndong Sima, qui peut être considéré comme leur candidat légitime. Le scénario pourrait être le même dans les provinces du sud, notamment dans l’Ogooué Lolo, province natale de Nzouba, où certains compatriotes qui avaient cru en lui, avec l’espoir de voir enfin leur fils du terroir prendre le pouvoir  après sa démission du perchoir de l’Assemblée nationale, risqueront de voter pour Ali Bongo. Surtout que l’électorat de cette province qui a vu naître le parti d’Omar Bongo est en majorité constitué des Pdgistes, déçus par le septennat d’Ali.            Comme on peut le constater, le report des voix n’est pas aussi mécanique que certains l’imaginent. Et rien n’est encore gagné d’un côté comme de l’autre. Puisque Gérard Ella Nguema, l’autre candidat de l’opposition se réclamant héritier d’André Mba Obame, appelle désormais tous les autres candidats lésés par l’accord des trois de se retrouver pour une autre candidature unique de l’opposition, afin dit-il « d’envisager ensemble l’avenir du Gabon ». Et de sortir ainsi de l’anonymat et du simple rôle de figurants auquel les trois associés veulent les confiner.

Charles Nestor NKANY   

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