Gabon : Présidentielle d’Août 2016:Les candidats face à la crise pétrolière

La  timide  campagne d’affichage de la  plupart des  candidats à l’élection présidentielle du 27 août au Gabon est  le  signe de l’austérité  financière. Cette élection et  la capacité des  gouvernants de  gérer le pays au lendemain de  celle-ci,  dépendent en  grande partie de l’activité pétrolière car  le pétrole  demeure la principale  source de  revenus du pays. Pour  les dirigeants,  bien  que le  pétrole: ait contribué  pendant plusieurs années à la création de 40,9% de la richesse du pays en 1997,  environ 60% en  1999 et  plus de 40% en 2015, la  diversification de  l’économie  s’impose.  Malheureusement,  la dépendance de l’économie gabonaise vis-à-vis du secteur pétrolier pourrait constituer  un facteur d’instabilité.

La  timide  campagne d’affichage de la  plupart des  candidats à l’élection présidentielle du 27 août au Gabon est  le  signe de l’austérité  financière. Cette élection et  la capacité des  gouvernants de  gérer le pays au lendemain de  celle-ci,  dépendent en  grande partie de l’activité pétrolière car  le pétrole  demeure la principale  source de  revenus du pays. Pour  les dirigeants,  bien  que le  pétrole: ait contribué  pendant plusieurs années à la création de 40,9% de la richesse du pays en 1997,  environ 60% en  1999 et  plus de 40% en 2015, la  diversification de  l’économie  s’impose.  Malheureusement,  la dépendance de l’économie gabonaise vis-à-vis du secteur pétrolier pourrait constituer  un facteur d’instabilité.

Un  contexte difficile

Le  Gabon, dont plus de 50% des  recettes fiscales et 80% des  exportations  proviennent de  l’industrie  pétrolière et  gazière,  connaît une année  charnière,  marquée  par  une contraction économique  globale,  un  glissement du  prix du pétrole et  une  vague de  licenciements économiques,  notamment au sein des entreprises de sous-traitance  du secteur  para-pétrolier à Port-Gentil.  Derrière  cette  crise macro-économique émerge une  vision gouvernementale d’un  Gabon  réformé,  industrialisé et attractif. Avec le  11e  appel d’offres  pour  l’attribution de  cinq  blocs  pétroliers en  eaux  profondes du Gabon,  l’adoption d’un nouveau  Code des  Hydrocarbures et  l’effort de  monétiser les  ressources  gazières,  une  palette de  nouvelles  opportunités se  manifeste avec  un  impact sur  le  choix  stratégique des  opérateurs  pétroliers. En outre,  fragilisée par  l’effet  induit de la crise et engagée dans  un  positionnement à  long-terme dans  le  pays,   quelques compagnies  pétrolières demeurent  encore  des  acteurs clé de  l’économie  nationale.

Les principaux  opérateurs du secteur pétrolier au Gabon sont Shell Gabon,  Total  Gabon, Perenco Gabon, Addax Petroleum  Oil &  Gaz  Gabon, Maurel et Prom  Gabon, Vaalco,  Tullow  Oil  Gabon et Gabon  Oil Company (GOC), entreprise  nationale  créée en 2011.  Selon une enquête d’opinion  réalisée par  le  cabinet gabonais  BERP International entre  le  1er  décembre 2015  et le 30 avril  2016  sur  un échantillon de  500  personnes,  à Libreville et à  Port-Gentil,  c’est Gabon Oil Company  qui arrive en  tête  en  matière  de  bonne qualité de ses  relations avec  les  autorités  publiques. En  terme de notoriété  spontanée,  33,3% des  enquêtés citent  Total  Gabon dans  un carré qu’elle partage  avec Shell  Gabon (23,8%),  Addax Petroleum  Oil  &  Gas  Gabon (22,2%) et  Perenco (5,6%). Cette  forte  notoriété de  Total  Gabon semble  liée à  son  leadership d’opérateur  historique.  Dans  l’opinion  locale, Total  Gabon est  perçue comme  la  première entreprise  privée au Gabon. Les chiffres reflètent également  la  réalité du  positionnement des  principaux  producteurs pétroliers sur  le  plan opérationnel. Le  score totalisé par  les quatre premiers  opérateurs est  logiquement supérieur à  60% des  opinions.

Pour sortir de la crise, à l’heure où les activités économiques hors pétrole s’enlisent, les dirigeants à la tête d’un Gabon très centralisé, devraient consentir à pratiquer de larges abandons de souveraineté et réussir à entraîner l’incontournable adhésion des populations.  Avec   un  baril de  pétrole  à 39  dollars  US au  début du  mois  d’août,  la  crise   de  l’or  noir sévit depuis plusieurs mois au Gabon. Les compagnies pétrolières et  leurs  employés  en  pâtissent. A  Port-Gentil,  capitale  économique  et capitale pétrolière du pays,  plusieurs sociétés  se  séparent  d’une  partie  de  leur  personnel pour  juguler la  crise alors que  d’autres  proposent des  départs  volontaires si  ce  n’est  la mise  au  chômage  technique chez  les  compagnies  para-pétrolières ou celles   qui  proposent  leurs services  aux  majors  pétroliers tels  Total Gabon,  Shell Gabon et  Perenco.

Récemment,  les  dirigeants  de  la compagnie  Maurel & Prom,  frappée  par  la  crise, ont  choisi de céder  une  partie   du  capital social de leur société  à  la  compagnie  d’Etat Indonésienne   Pertamina.  Pour  les analystes gabonais,  la  période des  prix de  pétrole  bas  va  être longue comme dans  le  passé de  1960 à 1973,  puis de 1996 à 1998.

Départs  volontaires chez Total Gabon

Dans  un entretien accordé  début août au  quotidien l’Union,  le directeur  général de  Total  Gabon, Henri-Max Ndong-Zué,  s’est  voulu  rassurant : « Total Gabon ne licenciera pas, malgré la crise qui secoue le secteur pétrolier ».  Ainsi,  compte  tenu d’un contexte difficile pour les entreprises pétrolières, la filiale gabonaise du groupe pétrolier ne réduira pas ses effectifs  bien  qu’elle ait  enregistré en 2015 une perte de 28 millions $ . « Total Gabon compte sur son programme de réduction des dépenses lancé en 2014 pour maintenir les emplois, préserver ses équilibres financiers et mieux résister face à la crise. Il faut rappeler que de nombreuses compagnies ont, à travers le monde, supprimé des milliers de postes depuis le début de la crise et que certaines autres ont même fait faillite », a  fait  savoir  le  patron de  Total  Gabon.

Rappelons que sur la période 2010-2014, Total Gabon  avait  créé  220 emplois directs dans le cadre des efforts d’investissements opérés. Cette  initiative a donné  lieu à un doublement du budget annuel lié à la formation soit 1,7 million $. Même si Total ne mettra en œuvre aucun plan social au  cours des prochains  mois, elle envisage à court terme plusieurs départs à la retraite. Mr Ndong-Zué a expliqué que « beaucoup de ses collaborateurs remplissant déjà les conditions pour bénéficier d’une pension vieillesse, ont exprimé le désir de partir plus tôt à la retraite ».  Quelle est la situation de l’entreprise ? Pour  M. Guy Maurice, Président du Conseil d’administration de Total Gabon et  Directeur Afrique de la branche Exploration-Production de Total, le groupe Total s’inscrit dans la durée au Gabon. Pour  coller avec  la politique de  l’emploi que  prône  le   gouvernement  gabonais ; l’une des  principales interventions de  Total est  le secteur de  la santé avec une contribution au Centre International des Recherches Médicales de Franceville (CIRMF) et dans  le secteur de  l’Education avec l’Institut de Pétrole et du Gaz (IPG) basé à Port-Gentil.

 Le  directeur  général de l’Ecole  gabonaise des  professions sanitaires et  sociales (EGAPS), Célestin Mbina Mouity   dont  45 stagiaires recevaient récemment  leurs  diplômes à  l’issue de  deux années  d’études,  encourage  l’initiative  privée.  L’établissement est implanté à Port-Gentil,  ville frappée  par  la  crise  pétrolière.  Selon M. Mbina  Mouity, « la  situation du pays est  contraignante avec  la  mal  gouvernance dans  tous  les  domaines et  les effets  collatéraux qui  ont entrainé la  diminution des effectifs dans  les entreprises aussi  bien que  l’arrêt des  recrutements   dans  certaines  d’entre  elles ».  En  cette  période électorale, l’un des candidats  de  l’opposition, Jean  Ping,  propose de  « mettre le  Gabon  à  l’abri de  la  peur et du  besoin ».  « J’ai envoyé mon  programme de société aux  patrons de  Shell Gabon et  j’attends  qu’ils  m’appellent pour  qu’on  discute notamment sur  le  chômage. Shell Gabon  demande de  soustraire 30% de  son  personnel.  L’Etat a  dit  non. Ce qui est  normal  pour protéger les  emplois des  citoyens (…) », a-t-il  commenté à  la  fin du  mois de  juin lors de  sa  tournée  dans  l’Ogooué Maritime.

Quant au  président de  la  Confédération  patronale  gabonaise (CPG),  Jean  Bernard  Boumah,  qui avait signé avec  le  gouvernement  le  pacte pour  le  maintien de la  croissance et de l’emploi en  période de  crise  pétrolière, il a  plaidé pour « des actions urgentes et  concertées pour  sortir le  pays de l’engrenage actuel du  « tout pétrole » en  stimulant l’entreprenariat privé,  notamment celui des  jeunes.  « Grâce à  la  stratégie de diversification de  l’économie,  nous (la  CPG)  avons  réussi à  réduire  le  poids du  pétrole dans  le  PIB passant de  45% en 2010 à  23% en 2015.  Ce  qui a  permis  à  notre  pays de mieux  résister à  la  crise pétrolière,  contrairement à  certains  pays pétroliers qui  sont entrés en  récession », a souligné  Ali  Bongo,  hôte  du Patronat  gabonais  le  9  août  à  Libreville.

Un défi : diversifier l’économie

Le Gabon a bâti sa richesse exclusivement sur le pétrole, le bois et quelques matières premières. L’inégale répartition de la population et des revenus à travers le pays, pose les véritables problèmes de développement. « La situation alarmante, responsable de l’aggravation du chômage, résulte de la mauvaise politique économique des gouvernements qui se sont succédé depuis les années 1970, période de la grande prospérité pétrolière »,  témoigne un inspecteur   général des finances  qui a  requis  l’anonymat.  « Aujourd’hui, les investisseurs ne se bousculent plus au chevet du Gabon, et le soutien de la France ne suffit plus pour «changer les mentalités des dirigeants»  trop dépensiers. L’absence d’une justice fiable, la corruption qui gagne les agents de l’Etat et les détournements des deniers publics qui se multiplient, ne plaident pas non plus pour la bonne gouvernance », a-t-il  déclaré.

Depuis quelques années, les données ont changé. Le pétrole, principale ressource du pays, s’épuise. A la faveur de la crise économique, le secteur informel a pris ces dernières années une place importante dans l’économie gabonaise, même si les données relatives à sa contribution dans le PIB ne sont pas disponibles.  Le Gabon doit aujourd’hui diversifier progressivement son économie pour sortir du piège du pétrole. La majorité de la population (environ 800 000 hab.) vit dans la capitale, Libreville.  Le  Gabon  continue de souffrir de l’énorme place que prend le pétrole dans son économie. Les  prochains  gouvernements devront essayer d’inverser progressivement la tendance. Un  réel défi !.

Ted MOUCKOMBOU

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