La feuille de route du dialogue politique. Première démarche d’une démocratie véritable

Présidée par le premier Ministre, Franck Emmanuel Issoze-Ngondet, la commission ad hoc en charge de la préparation du dialogue politique, version Ali Bongo, a rendu ses conclusions le 28 février dernier. Dans le rapport qui a été remis au Président de la République le 02 mars dernier, tous les participants ont privilégié le consensus comme mode d’adoption des résolutions. Ce tour de table a réuni depuis la fin du mois dernier, majorité et opposition, afin, disent-ils, de redessiner les règles d’une nouvelle gouvernance politique du pays.

Présidée par le premier Ministre, Franck Emmanuel Issoze-Ngondet, la commission ad hoc en charge de la préparation du dialogue politique, version Ali Bongo, a rendu ses conclusions le 28 février dernier. Dans le rapport qui a été remis au Président de la République le 02 mars dernier, tous les participants ont privilégié le consensus comme mode d’adoption des résolutions.  Ce tour de table a réuni depuis la fin du mois dernier, majorité et opposition, afin, disent-ils, de redessiner les règles d’une nouvelle gouvernance politique du pays. 

Le Gabon est-il enfin, après un demi-siècle d’élections douteuses et chaotiques, en train de s’acheminer vers une gouvernance politique et institutionnelle apaisée ?

Voilà une question qui mérite d’être posée au regard de la plate-forme élaborée en février dernier par la commission mixte paritaire, puis débattu entre majorité et opposition, dans le cadre du dialogue politique national, convoqué par Ali Bongo Ondimba. Selon cette feuille de route, quatre (4) thèmes majeurs sont au centre des pourparlers : la réforme des institutions et la consolidation de l’Etat de droit, les réformes électorales, la modernisation de la vie publique et la consolidation de la paix et la cohésion nationales. Il s’agira concrètement, en matière d’élections par exemple, d’opérer une refondation de la Commission Electorale Nationale Autonome et Permanente (CENAP), avec en prime la révision de la loi électorale, le système de fonctionnement de partis politiques. Il est prévu également un nouveau découpage administratif, l’objectif étant de tenter de corriger le déséquilibre majeur entre certaines circonscriptions électorales. «Réforme des institutions et la consolidation de l’Etat de droit», le rapport de la commission prévoit une révision de la constitution, avec notamment la réhabilitation des élections à deux tours ; la limitation des mandats électifs et leur durée ; le mode de fonctionnement et de désignation des présidents et autres membres des institutions, comme la cour constitutionnelle, le conseil national de la communication, le conseil national de la démocratie, la CENAP. «Modernisation de la vie publique». Là aussi plusieurs réformes sont annoncées, la loi sur la décentralisation qui devrait être accélérée et mise en œuvre, afin de déléguer un certain nombre de compétences aux collectivités locales et autres administrations déconcentrées dans les provinces et départements. Ce qui, à terme, permettra un développement local, qui puisse mettre fin au déplacement massif des jeunes de leurs villes ou provinces vers Libreville, la capitale du pays, avec toutes les conséquences du chômage et du banditisme que comportent ces mouvements internes des populations. «Consolidation de la paix et la cohésion nationale» : les participants ont réfléchi sur les mécanismes qui puissent favoriser la paix, l’unité nationale et le vivre-ensemble par un certain nombre des réformes sociales et économiques.

Le satisfecit des membres 

Globalement, c’est une plate-forme qui devrait inscrire le Gabon dans le hit-parade des pays dits démocratiques du continent, si on en croit les réactions de tous les participants au terme des travaux de cette commission ad hoc, chargée de préparer le dialogue. Des participants, qui tous ou presque n’ont pas caché leur satisfaction, quant à l’issue consensuelle des travaux, en dépit d’âpres débats.

Pour le premier Ministre, Emmanuel Issosze-Ngondet, en sa qualité de président de la commission, cet esprit consensuel des deux parties est à louer. « Je tiens à féliciter l’ensemble des participants. Je voudrais saluer l’esprit constructif, qui a guidé vos échanges ». Non sans appeler les parties à poursuivre la même disposition d’esprit lors du dialogue. « Nous voulons faire perpétuer cet esprit lors des échanges futurs », a indiqué Issoze-Ngondet. Pour René Ndemezo’Obiang, l’ex-directeur de campagne de Jean Ping à la dernière élection présidentielle, et par ailleurs premier Vice-président de la commission (opposition), il faut se réjouir de ce que « la majorité et l’opposition se soient accordés à mettre en place, à la fin de la phase politique, un cadre de suivi et un programme de mise en œuvre des actes du dialogue politique ».

Des Gabonais méfiants

Ils sont de plus en plus nombreux, les Gabonais qui doutent de la bonne volonté du camp au pouvoir à respecter ces résolutions.

Térence, 30 ans, est en Master 2 philosophie politique à l’université Omar Bongo. « Je reste dubitatif quant à la volonté du PDG au pouvoir de respecter les engagements qui découleront de ce dialogue ». Surtout, ajoute Térence, « avec un parlement aux seules couleurs du PDG, j’imagine mal comment les députés Pdgistes pourraient accepter de voter des textes, qui menacent leurs privilèges. Puisque le système Bongo ce n’est pas que la seule personne d’Ali Bongo, mais aussi tous ses collaborateurs et amis habitués de la mangeoire, et qui tirent toujours les ficelles dans l’ombre pour la sauvegarde de leurs intérêts. Donc je reste sceptique par rapport à l’aboutissement d’un tel dialogue, à moins qu’il s’agisse d’une injonction ferme d’Ali Bongo à l’endroit de son camp ». Jean-Claude, 47 ans, est chef d’entreprise. Militant de Démocratie Nouvelle, le parti présidé par René Ndemezo, il estime pour sa part qu’étant en position de faiblesse pour avoir perdu l’élection, cerné par l’Union européenne, il ne voit pas comment le « camp au pouvoir pourra torpiller les décisions du dialogue pour tenter de s’accrocher à ses intérêts ». C’est pour cela, conclut Jean-Claude que « Démocratie Nouvelle a décidé de participer à ce dialogue, pour changer les choses au lieu de toujours regarder faire tout le temps le PDG. C’est le moment ou jamais ».

Mises en garde de l’opposition

Ces méfiances ne sont pas le seul fait des simples populations. Même chez les participants aux assises, on est bien conscient que l’avenir démocratique dudit dialogue ne dépendra que de la seule volonté des acteurs politiques. Surtout ceux du pouvoir qui risqueraient, le moment venu, de torpiller en leur faveur, les résolutions qui en sortiront. Ce qui a valu d’ailleurs cette mise en garde de René Ndemezo : « nous nous sommes attachés, majorité et opposition, à faire en sorte que ces actes reçoivent force obligatoire dès leur introduction dans l’ordonnancement juridique national, par l’adoption des textes législatifs et réglementaires, selon les procédures requises. Nous avons la conscience que les uns et les autres respecteront la parole donnée pour l’intérêt du peuple gabonais ». Même si un consensus a été trouvé pour l’adoption du rapport préparatoire, le plus dur reste la discussion, l’adoption des points du dialogue, mais surtout leur applicabilité dans un pays où la mise en pratique des lois, même les meilleures, pose souvent problème. 

 

Charles Nestor NKANY

 

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