Les poulets se mangent mais ne se touchent pas

La grippe aviaire : on en parle mais les interrogations restent nombreuses, notamment sur la conduite à tenir en cas d’épidémie. Au Cameroun, un film projeté dans plusieurs villes, suivi de discussions avec des experts, explique aux …

« Si vous retrouvez votre grand-mère ou votre tante morte parce que des poules atteintes du H5N1 dorment sous son lit, que deviendrez-vous ? », lance Joseph Fumtim, coordonnateur du Collectif interafricain des habitants (CIAH-Cameroun). Une question volontairement provocatrice pour faire prendre conscience des risques que fait courir la grippe aviaire aux humains. Dans la salle, les questions fusent : « Comment cette maladie passe-t-elle du poulet à l’homme ? », interroge Jean Abéna. « Peut-on ramasser ses poules mortes de grippe aviaire, bien les cuire pour les vendre ? », demande Justine Nga.
La cinquantaine de jeunes réunis dans l’église Sainte Trinité du quartier Nsam à Yaoundé, début juillet, voulait tout savoir sur cette maladie souvent mal connue. Leur curiosité avait été éveillé par le documentaire qu’ils venaient de regarder, intitulé « Quand les oiseaux se grippent. Grippe aviaire : à voir et à comprendre pour mieux se comporter ». Cette campagne de prévention est financée par le Programme Promotion de la culture scientifique et technique (PCST) du ministère français des Affaires étrangères, mis en œuvre par l’Institut de recherche pour le développement (IRD, France). Le film a déjà été projeté à Dschang, dans l’Ouest, et à Buea dans le Sud-Ouest, puis a fait le tour des quartiers de Yaoundé, avant de circuler dans d’autres villes du pays.
 
H5N1, gare au virus
Le documentaire débute au nord du Cameroun, aux environs de la ville de Maroua. C’est dans cette région que deux canards sont morts de la grippe aviaire, atteints par le virus H5N1 en mars 2006, créant une psychose au sein de toute la population. Les Camerounais se sont alors mis à bouder la viande de volaille dont la cote avait commencé à baisser dès l’apparition de la maladie au Nigeria voisin. Le film montre l’attitude des éleveurs, des acheteurs, des revendeurs, des transporteurs et des plumeurs de poulet durant cette crise. Un autre volet donne la parole à des scientifiques qui s’emploient à décrire cette maladie en termes simples en remontant à son origine et en présentant son évolution au Cameroun. D’autres intervenants se sont attardés sur les symptômes de cette grippe, son mode de contamination et surtout les mesures à prendre avant ou pendant la maladie.
Après ce film de 26 mn, les jeunes ont interrogé les spécialistes présents dans la salle pour être sûrs d’avoir tout compris. « Le virus H5 s’est associé au N1 pour former le virus H5N1 qui peut passer de la volaille à l’homme, a précisé le docteur Dawa Oumarou. Les scientifiques redoutent que d’autres mutations créent un nouveau type de virus qui soit transmissible d’homme à homme. » La contagion est possible en cas de contacts trop étroits entre l’homme et les poulets malades, leur a expliqué Roger Fopa, secrétaire général adjoint de CIAH-Cameroun. Les risques sont identiques quand on manipule des déjections de volaille contaminée, souvent utilisées comme engrais.
Quand les excréments sèchent sur le sol, poursuit Joseph Fumtim, coordonnateur du CIAH-Cameroun, et qu’une poule secoue ses ailes vous risquez d’être contaminé en respirant la poussière par le nez. « Dans nos villages et même ici à Yaoundé, prévient-il, nous dormons souvent avec des poules sous le lit. En cas de grippe aviaire, la seule expiration des poules va rejeter de l’air contaminé au H5N1 dans la maison ».
 
Ne pas plumer une volaille malade
Toutefois, précise un scientifique, « si la viande de l’animal contaminé est bien cuite, le consommateur ne court pas de risque ». Mais il met les jeunes en garde : « Quand vous achetez un poulet braisé au quartier Melen à Yaoundé, vous ne courez aucun risque si la chair a été bien cuite. C’est le vendeur qui est le plus exposé parce qu’il a été en contact avec la viande avant la cuisson, notamment lors du plumage et du découpage ». D’où ce conseil des spécialistes : »Quand une poule ou tout autre volaille est malade, nous devons faire appel au vétérinaire car en plumant un animal atteint on s’expose à la maladie ».
Autant de judicieux conseils, importants dans les villages où la poule et son sang sont manipulés sans protection à l’occasion de rites traditionnels et où la cohabitation entre humains et volaille est fréquente.
« Nous voulons susciter un autre regard sur la grippe aviaire car il y a des contacts permanents entre la poule et l’être humain », rappelle le coordonnateur du CIAH pour qui cette sensibilisation est d’autant plus urgente que pendant cette période des vacances, de jeunes élèves sont employés pour plumer les poulets dans les marchés.
 
François Xavier Eya
 
 

Article réalisé avec le soutien du projet
Promotion de la culture scientifique et technique (PCST)

http://www.latitudesciences.ird.fr/pcst/
 

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