Répression de la presse. Le directeur de La Voix du Centre en difficulté

Emmanuel Ekouli, directeur de publication du bihebdomadaire La Voix du Centre, s’est  rendu deux fois, courant ce mois de février, dans les locaux de la police militaire logée au sein du ministère Camerounais de la Défense à Yaoundé, suite à une convocation du maître des lieux, le colonel Joël Emile Bamkoui.

« Guerre dans le Noso – Un faux ex combattant séparatiste dénonce le gouvernement »C’est le titre du Bihebdomadaire  camerounais, La Voix du Centre dans son édition du lundi 06 février 2021. Cette information barrant la Une du journal dirigé par Emmanuel Ekouli, n’a pas manqué de secouer les tenants du pouvoir à Yaoundé. En guise de réaction, les autorités ont mis en branle la machine répressive de l’Etat contre ce journaliste sorti de l’Ecole supérieure de Lille en France et correspondant de Reporters Sans Frontières au Cameroun. « Ils veulent me secouer pour me faire taire. Le 09 février dernier, j’ai répondu à une convocation à la sécurité militaire (Semil) à Yaoundé. Le document initié par le patron des lieux, le Colonel Joël Emile Bankoui, visait à savoir comment j’ai traité cette information délicate dans mon journal. Ils m’ont demandé de faire venir ma source afin qu’elle explique ce qui s’est réellement passé dans cette affaire de « ex faux combattant séparatiste floué par le gouvernement ». J’ai opposé une fin de non-recevoir à la demande de cet officier supérieur de l’armée camerounaise », explique Emmanuel Ekouli. Il fonde sa réserve sur le point 07 de la déclaration des devoirs des journalistes énoncée dans la Charte de Munich rédigée le 24 et 25 novembre 1971 et qui impose au journaliste de «garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement »

La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime…

En plus, il faut savoir que le préambule de la Charte de Munich énonce le caractère primordial du droit à l’information : «Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public de connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et droits des journalistes. La responsabilité des journalistes  vis-à-vis du public prime tout autre responsabilité, en particulier à l’égard de leur employeur et des pouvoirs publics.»

Les sources gouvernementales, surtout celles impliquées directement dans la gestion de la crise anglophone, notamment le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, font savoir qu’il n’y a jamais eu de « faux ex combattants séparatistes ». Elles soutiennent par ailleurs que les journalistes n’ont aucun intérêt à envenimer, à travers des articles basés sur des rumeurs, une situation de crise en voie de stabilisation. Plusieurs fois des medias à forte audience à l’instar d’Equinoxe Télévision, basée à Douala, la capitale économique du Cameroun, ont été rappelés à l’ordre par le ministre de la Communication ou celui de l’Administration territoriale pour des « excès ou dérives professionnelles et déontologiques » observés lors du traitement de la crise dite Anglophone.

En rappel, ce conflit armé qui a déclenché en fin 2016, oppose des combattants séparatistes anglophones aux forces gouvernementales camerounaises. Elle a déjà fait de milliers de morts civils, militaires ou paramilitaires. Tout comme, elle a occasionné le déplacement des centaines de milliers de personnes à l’intérieur du Cameroun ou au Nigeria. Elle continue donc, avec des escalades qui, selon certains membres du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc), ne peuvent être ignorées par des journalistes sérieux.

Solide donc dans la défense de ses convictions professionnelles et des exigences éthiques et déontologiques qui régissent la profession de journaliste dans le monde, Emmanuel Ekouli croit jusqu’à preuve du contraire avoir servi la bonne information du public. Pour lui, il est constant comme écrit dans cet article qui semble gêner que : « Le délit que l’on perçoit à travers les lamentations de ce faux ex indépendantiste pourrait se prolonger jusqu’au niveau des acteurs impliqués dans la résolution de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest »  Pareillement, le patron de La Voix du Centre maintient son crédit aux propos tenus par cette source qui a souhaité garder l’anonymat :« On m’avait contacté pour faire semblant d’être un ancien ambazonien qui a abandonné la forêt pour suivre désormais les institutions en place. J’ai accepté. On m’avait promis une forte somme d’argent pour passer à la télévision faire un faux témoignage. J’ai accepté. Mais à la fin je me retrouve abandonné. Je n’ai même pas reçu le dixième de  l’argent  qu’on m’avait promis et aujourd’hui je suis seul et complètement ignoré ». C’est donc ce témoignage qui fait se déchaîner la machine répressive de l’Etat sur la personne d’Emmanuel Ekouli ?

Les journalistes, objets d’intimidations

A cet effet, le point 23 des principes directeurs de l’Organisation des nations unies sur l’application de l’article 19 du pacte international sur les droits civils et politiques fait observer : « Les États parties devraient mettre en place des mesures efficaces de protection contre les attaques visant à faire taire ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression. De même, l’agression d’un individu en raison de l’exercice de la liberté d’opinion ou d’expression − ce qui vise des formes d’atteinte telles que l’arrestation arbitraire, la torture, les menaces à la vie et l’assassinat − ne peut en aucune circonstance être compatible avec l’article 19[1]. Les journalistes sont fréquemment l’objet de menaces, d’actes d’intimidation et d’agressions en raison de leurs activités. » Une triste réalité qui n’affecte pas le moral du Directeur de Publication de La Voix du Centre et correspondant de Reporters Sans Frontières : « J’ai déjà été, depuis 2018, convoqué  au Secrétariat d’Etat à la Défense chargé de la Gendarmerie ou au Semil. Mais je ne suis pas intimidé. C’est mon devoir de pratiquer dignement et objectivement le journalisme », conclut-il.

Guy Modeste DZUDIE(JADE)

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