Sismondi Bidjocka longuement interrogé par les gendarmes

Ses éditoriaux critiquent des membres du gouvernement

Le vendredi 12 Mars, Sismondi Bidjocka, journaliste à la radio Ris fm à Yaoundé, a répondu à la convocation de la gendarmerie nationale, pour diffusion de fausse nouvelle. Les gendarmes l’accusent d’avoir critiqué sévèrement les membres du gouvernement dans ses éditoriaux. Après intimidations et menaces, il  est rentré en présentant les garanties de répondre à la prochaine convocation.

Ce vendredi 12 Mars, à 14h à  Yaoundé, Sismondi Barlev Bidjocka sort de la gendarmerie nationale où il vient d’être longuement interrogé. « Je suis ici depuis 6h. Les gendarmes m’ont demandé de venir très tôt ce matin. L’interrogatoire a porté sur les éditoriaux que je produis à la radio Ris fm. Ce matin, l’interrogatoire a été très serré. Les gendarmes m’accusent d’avoir été très sévère dans un premier éditorial où je parle de mésentente entre quelques ministres, membres du gouvernement et le secrétaire général de la présidence de la république. Il m’est aussi reproché un deuxième éditorial qui concerne toujours les agents de l’administration de l’Etat », affirme le journaliste.

« Au fond, ils ne veulent pas qu’on parle en mal du gouvernement ou des ministres dans les médias, même s’il y a des éléments de preuves. Pour eux, c’est ça qu’ils appellent fausse nouvelle. Et c’est déplorable, car dans le jargon journalistique, on n’a pas la même définition de la notion de fausse nouvelle », regrette le journaliste.

Véritable cabale contre le journaliste

 Ancien correspondant de radio Canada, Sismondi Barlev Bidjocka  affirme que le vendredi 12 Mars, il en était à sa troisième convocation. « Ils m’avaient d’abord convoqué deux fois de suite : la première le 05 Mars dernier, et la deuxième le 11 Mars. Ce jeudi soir là ils ont établi un bon de garde à vue. Mais, mon avocat et moi avons combattu durement pour offrir des garanties qui prouvent que je serai à leur disposition à tout moment. C’est à ce moment qu’ils ont renoncé à la garde à vue. Ça devient comme une chasse à l’homme systématique », indique le journaliste.

Autre dérive, lors de l’interrogatoire, les gendarmes ont inclus dans leurs motifs de convocation des propos tenus dans un éditorial du 9 Mars. Ce que le journaliste trouve anormal, puisque ces éléments nouveaux n’étaient pas présents dans la première convocation.

« Moi je leur ai dit que ce n’est pas possible. On m’a convoqué pour un fait. On ne peut pas ajouter un autre fait extérieur à cela. Si vous voulez le faire, vous faites une nouvelle plainte et un autre procès-verbal pour ce nouvel élément », a tranché le journaliste. 

Sismondi Barlev Bidjocka pense qu’il s’agit d’un harcèlement policier. « Ils veulent m’empêcher de parler comme je parle. S’ils font ainsi à un journaliste qui est faible, il aura peur d’écrire. Vous ne pouvez pas convoquer quelqu’un pour un éditorial. Il écrit un second vous le convoquez, il écrit un troisième encore vous le convoquez ? À la fin ils veulent m’empêcher d’écrire mes éditoriaux. Sinon comment comprendre qu’à chaque fois que je fais un éditorial je dois être entendu ? Ce n’est pas normal. Si c’est un journaliste faible il va arrêter de travailler », s’alarme Sismondi.

Le journaliste aimerait être soutenu par les associations de journalistes ou autres syndicats des droits de l’homme s’il est à nouveau convoqué ou si l’affaire est envoyée au tribunal.

« C’est un abus caractérisé. On ne voit ça que dans des Etats policiers comme le nôtre », conclut le journaliste.

Les gendarmes muets.

Approchés pour en savoir plus sur l’interrogatoire du journaliste, quelques éléments de la gendarmerie, qui ont gardé l’anonymat, affirment qu’effectivement le journaliste est entendu pour ses éditoriaux. Malgré tous les efforts faits pour savoir ce qu’il a de dérangeant dans ces éditoriaux, nous n’avons pas eu de réponse. « Il faut une autorisation pour parler », ont indiqué nos interlocuteurs avant de vaquer à d’autres occupations.      

Le musèlement du journaliste condamné par la loi

Empêcher un journaliste de s’exprimer comme c’est le cas dans cette est une violation de la liberté d’expression. Le pacte international relatif aux droits civils et politiques, à l’article 19, stipule que «Nul ne peut être inquiété pour ses opinions. Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix. 

L’article 9 de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples rappelle aussi que « toute personne a le droit d’exprimer et diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements »

La charte de Munich sur les devoirs essentiels du journaliste va dans le même sens. Elle rappelle que le devoir du journaliste consiste à la recherche, la rédaction et le commentaire des évènements en respectant la vérité quel qu’en soit les conséquences pour le journaliste qui doit refuser toute pression.

Les attaques et agressions contre le journaliste Sismondi Barlev Bidjocka devraient donc être arrêtées, en respect de ces différentes lois. 

Hugo Tatchuam (Jade)

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