Les sources d’informations fermées aux journalistes au prétexte du covid

Covid 19 et blocage d’accès à l’information.

Selon reporters sans frontières, il y a en ce moment une difficulté croissante pour les journalistes d’enquêter et de faire des révélations sur des sujets sensibles, à cause de l’attitude des gouvernants, qui prennent pour excuse, la lutte contre le covid 19 pour bloquer l’accès aux sources d’information et des couvertures des sujets d’actualité. Au Cameroun, la presse est fortement impactée.   

Septembre 2020. Tchinda r journaliste au bihebdomadaire le Soir, et  Frank Meli journaliste au quotidien Le messager déposent des demandes d’interviews au ministre des marchés publics Ibrahim Talba Malla. Ils veulent savoir pourquoi les maitres d’ouvrages et les maires s’évertuent à solliciter des procédures dérogatoires de gré à gré ou de régie pour exécuter les marchés aux dépends des appels d’offres qui constituent la procédure normale de passation des marchés.

Le ministre leur répond qu’à cause du covid 19, il ne peut pas les recevoir. De revenir plus tard. Belle excuse car en ce moment, le ministre est sous pression, plusieurs mouvements d’humeurs éclatent dans les mairies entre les directeurs d’entreprises qui avaient obtenues des projets, et les maires au sujet de la procédure d’exécution des marchés. Et tous indexaient le ministre d’être l’auteur de ce cafouillage à cause de certaines irrégularités constaté dans le code des marchés publics.

Jusqu’aujourd’hui, le ministre refuse toujours de recevoir les journalistes pour parler de ce problème, toujours pour les mêmes raisons de coronavirus, pourtant les activités ont repris normalement dans les administrations depuis juin 2020. Et sur le terrain, la situation s’est empirée. Des malfaçons sont constatées dans l’exécution des marchés, plusieurs cas de marchés de construction de routes sont abandonnés, d’autres ne respectent pas les délais d’exécutions. Les acteurs de la chaine mécontents, accusent aujourd’hui les medias de n’avoir pas communiqué sur ces défaillances et disfonctionnement au moment opportun. Pourtant c’est le ministre qui refuse de recevoir les journalistes. Un manque de volonté, puisque l’administration camerounaise peut utiliser les outils de communications multimédias pour répondre aux questions des usagers.   

Autre fait. Rostand g, journaliste à l’hebdomadaire le point qui enquêtait sur les raisons de l’abandon des chantiers de recasement des ex combattants boko haram dans la région de l’Extrême Nord  a déposé une demande d’interview dans le bureau du coordonnateur national des opérations de désarmement et de réintégration des ex combattants Fai Yengo Francis à Yaoundé depuis le mois de mai 2020. Embarrassé par la question, puisque le chef de l’Etat appelait les combattants à déposer les armes, et pourtant sur le terrain les mesures d’encadrements ne suivaient pas, le coordonnateur à l’époque avait estimé qu’en raison de la crise sanitaire du coronavirus, il ne pouvait pas recevoir les hommes de medias, bref répondre aux questions.

Au début du mois d’Avril 2021, c’est-à-dire un an après,  lorsqu’il s’est retrouvé à Tiko dans la région du Sud-Ouest pour la pause de la première pierre de construction du centre qui va héberger les ex combattants anglophones, Fai Yengo Francis s’est une fois de plus éclipsé, évoquant les mêmes raisons. Vu la sensibilité du sujet, le journaliste a abandonné l’enquête.   

En télévision. Le même constat est observé. Le journaliste télé Alpha oumar qui travaille pour la télévision Galaxie tv à Garoua dans la région du Nord a été placé en garde à vue dans une unité de gendarmerie à cause d’un reportage réalisé à Mokolo dans la région de l’extrême nord. Il avait en effet réalisé une enquête sur les abus causés sur le terrain par les nombreux voyageurs tchadiens et nigérians.

Toutes les sources avaient intervenues dans l’enquête, sauf  le sous-préfet donc certains soupçonnaient de recevoir des pots de vins, pour rester silencieux. Approché, il a refusé de recevoir le journaliste parce que selon lui,  «  il ne reçoit pas à cause du coronavirus ». Retourné à Garoua, le journaliste va diffuser son reportage. Il sera surpris d’être mis aux arrêts par ce sous-préfet qui selon lui, le journaliste n’a pas attendu d’avoir sa version des faits avant de diffuser l’enquête.   

Plusieurs enquêtes concernant la réhabilitation des entreprises brulées par les rebelles dans les régions anglophones n’ont jamais avancées à cause de l’indisponibilité de Paul Tasong, ministre délégué au ministère de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire qui coordonne les opérations de reconstructions de ces régions. Lorsqu’un journaliste se présente  dans ses bureaux, il dit clairement qu’il ne le reçoit pas à cause du covid 19. Mais il accorde les audiences à d’autres personnes.

Une dérive grave, puisqu’en février 2020, l’Etat du Cameroun a décrété quatre semaines de confinement, mais après cette période, il a été recommandé aux membres du gouvernements ainsi qu’aux différentes administrations, pour la continuité du service administratif, de continuer à travailler normalement, en évitant juste des réunions qui peuvent rassembler plus de 50 personnes, respecter la distanciations de un mètre, et porter les caches nez. Il n’a jamais été mentionné nulle part que l’administration repousse les usagers. Avec des outils de communication comme internet, il est possible de travailler par télé travail. Bloquer délibérément l’accès aux sources d’information aux journalistes constitue donc un délit. Et reporters sans frontières le rappel bien.     

En Afrique, en Europe et au Moyen Orient

Selon une étude menée par Reporters sans frontières et publié le 21 Avril 2021, les journalistes sont confrontés à une « fermeture des accès » au terrain et aux sources d’informations au prétexte de la crise sanitaire du coronavirus. Ces sources seront-elles réouvertes à la fin de la pandémie ? rsf s’interroge.

L’étude montre une difficulté croissante pour les journalistes d’enquêter et de faire des révélations sur des sujets sensibles. « L’exercice du journalisme,  principal vaccin contre le virus de la  désinformation, est gravement entravé dans 73 pays, et restreint dans 59 autres, soit au total 73% des pays évalués. Le  journalisme est actuellement dans une situation difficile » rappelle rsf.

Conséquence de cette pratique, en 2021, il y a une défiance inquiétante du public envers les journalistes. 59% des personnes interrogées dans 28 pays considèrent que les journalistes tentent délibérément d’induire le public en erreur en diffusant des informations dont ils savent qu’elles sont fausses. « Seul l’accès aux sources d’informations permettront de contrer cette idée de désinformation et des infodémies, c’est-à-dire les manipulations et les rumeurs ». 

Le ministère de la communication divisé 

« Le premier ministre a demandé à un moment de travailler par télétravail. Mais il n’a jamais dit de bloquer le travail des journalistes ou tout autre service public. Normalement, lorsque les sujets sont sérieux, les agents de l’Etat peuvent accorder des audiences, mais en respectant la distanciation sociale » précise un agent du ministère de la communication qui a préféré garder l’anonymat.

« Depuis, les activités se déroulent normalement dans les services. Evoquer les ravages du coronavirus pour  esquiver  les journalistes n’est qu’un alibi, un prétexte trouvé par des personnes de mauvaises fois pour refuser de répondre aux questions qui ne les arranges pas » précise un autre agent du ministère.    

Colère des syndicats et avocats

L’association des journalistes d’expression anglaise (Camasej) déplore ce « mépris » des dirigeants. « En zone anglophone la situation est plus grave. Nous avons besoin tout le temps de vérifier les chiffres et les informations qu’on nous donne, surtout portant sur les affrontements. Si les agents de l’Etat nous repoussent. Qu’est-ce que vous voulez ? Les confrères seront obligés de publier souvent de fausses informations ».

Même tonalité du côté du syndicat national des journalistes du Cameroun. Sa branche du Littoral conduite par Aristide Ekambi fait plutôt un plaidoyer aux autorités pour qu’ils reçoivent un journaliste chaque fois qu’il est dans le besoin de vérifier une information. Il a déjà rencontré le gouverneur de la région Samuel Dieudonné Ivaha Diboua pour plaider dans ce sens.

Les avocats, eux, exigent le respect des lois qui régissent la profession de communication au Cameroun. Maitre Victor Lontsi rappelle que « les organes publics gardent l’information non pas pour eux, mais en tant que gardiens du bien public et toute personne a le droit d’accéder à cette information sous réserve des règles définies et établies par la loi ».

Il s’agit d’une violation de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples. L’article 19 stipule que toute personne a droit à la liberté d’expression, ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre les informations et les idées de toutes sortes sans considération de frontière sous une forme orale, imprimée, écrite, ou par tout autre moyen de son choix ». Le pacte international relatif aux droits civils et politiques rappelle que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions, toute personne a droit à la liberté d’expression ».  L’Etat est donc interpellé à veiller au respect de ces lois.

Hugo Tatchuam (Jade)

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