Deux journalistes menacés de mort par le député Salmana Amadou

Ils dénoncent sa violence

Adolarc Lamissa journaliste au quotidien Le Jour, chef d’agence dans le septentrion, et Innocent Blaise Youda journaliste au bihebdomadaire L’œil du Sahel, sont menacés de mort en ce moment par le député du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC). Il n’a pas apprécié que ces journalistes produisent un article pour dénoncer ses actes de violence sur une femme en public. Une violation flagrante de la liberté d’expression.

« Le dimanche 11 juillet, aux alentours de 20h, le gardien de prison Ousmanou Nassourou, un proche du député Salmana Amadou m’appelle au téléphone. Il promet de tirer sur moi avec son arme, de massacrer ma famille. Il me fait des menaces de mort en précisant que dans une semaine il va commettre cet acte. Il me reproche d’avoir écrit un article de presse que j’ai fait circuler sur internet concernant une vidéo où on voit le député donner des gifles à une dame en public au cours d’une cérémonie. Pour lui il est inadmissible que je condamne cet acte de violence. Ceci est inadmissible » affirme Adolarc Lamissa, journaliste du quotidien Le Jour, chef d’agence dans le septentrion et président de la section régionale de l’Adamaoua du syndicat national des journalistes du Cameroun (snjc).

Innocent Blaise Youda, journaliste au bihebdomadaire L’œil du Sahel, et ses proches ont eux aussi subi les mêmes menaces de mort de la part du député et de son entourage.

Dans une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux, on voyait justement le député Salmana Amadou, portant une arme à feu sur lui, agresser physiquement une femme au cours d’une cérémonie. Refusant de s’excuser, il a fait savoir à ses détracteurs qu’il bénéficie de l’immunité parlementaire « donc il peut faire tout ce qu’il veut ».

Un député violent

Ces évènements malheureux se sont déroulés le dimanche 11 juillet 2021 à Garoua. Ce jour, le député Salmana se rend chez le ministre Issa Tchiroma Bakary le patron de son parti politique pour le féliciter. Ce dernier venait de se faire introniser comme notable au Lamida de Garoua dans la région du Nord.

Dans la cour de la résidence du ministre, il y avait plein de monde et des griots qui jouaient de la musique. Le député et sa bande se dirigent vers un griot et lui intime l’ordre d’arrêter sa musique en le houspillant. Le griot, se sentant menacé, lui réplique : « Tu n’as pas besoin de me gronder. Parle doucement, je vais comprendre ».

Cette réponse du griot a poussé la bande du député à se déchaîner sur lui en lui administrant des coups de poings. Cela a déclenché une bagarre générale, le député lui-même y participant. Une dame se dirige alors vers l’élu pour le supplier d’arrêter le pugilat. Il la repousse et lui administre plusieurs gifles. Le griot quant à lui a perdu connaissance et est interné dans un hôpital pendant 48h.

Les deux journalistes qui se trouvent sur les lieux,   Adolarc Lamissa journaliste du quotidien Le Jour, et Innocent Blaise Youda du journal L’œil du Sahel, vont relater ces faits sur les réseaux sociaux, et dénoncer la réaction du député vis-à-vis de la dame et du griot. Suite à ces publications, les pro-Salmana ont commencé à menacer les deux journalistes.

Les journalistes traqués.

« Je suis à Yaoundé depuis mardi, je ne sais pas qui leur a dit que j’ai voyagé car lorsqu’ils m’ont de nouveau appelé, ils m’ont dit qu’ils savent que je ne suis pas à Garoua en ce moment, mais à Yaoundé. Ils ont précisé que même à Yaoundé ils vont m’avoir » a indiqué Innocent Blaise Youda jeudi soir. Pour le moment, les journalistes n’ont pas encore porté plainte, mais ils craignent pour leur vie. Le snjc dans un communiqué a condamné cet acte et promis un soutien aux journalistes. 

Le député dit ne pas connaitre les deux journalistes

Joint au téléphone pour avoir sa version des faits, le député Salmana Amadou, ancien délégué régional de la communication de la région de l’Extrême- Nord à Maroua et artiste, a affirmé qu’il ne connaît pas les deux journalistes, et qu’il n’a jamais entendu parler d’eux. « Ce sont des êtres humains ? Les noms que vous prononcez je ne les connais pas. Moi je crois au coran. S’ils veulent me diffamer qu’ils partent le faire. Ils contribuent plutôt  à faire ma promotion. Avant j’étais connu uniquement à Maroua, maintenant, grâce à ces journalistes on me connait partout dans le monde » affirme le député.

Au sujet de la vidéo qui circule sur lui, il indique qu’il n’a jamais porté main sur la jeune femme. « C’est une jeune fille, elle n’est pas mariée. C’est ma nièce. Je vous mets au défis, aller regarder la vidéo plusieurs fois et dites-moi où j’ai battu cette femme. Mettez la vidéo au ralenti, et dites-moi où j’ai battu la femme. Le journal l’œil du sahel me combat depuis de nombreuses années. Son directeur de publication est de Mokolo et moi je suis de Maroua. J’ai été élu député et il n’est pas content, ils sont juste jaloux de mon succès. La seule personne donc j’ai peur c’est Allah, je n’ai pas peur des hommes » a tranché l’honorable Salmana furieux.

Les avocats dénoncent

Maitre Natchou Tchoumi avocat au barreau du Cameroun affirme qu’en cas de menace de mort, comme dans le cas échéant, la personne menacée doit rassembler les preuves matérielles pour démontrer que justement il a été menacé de mort. « Comme preuve, on peut avoir des écoutes téléphoniques, des enregistrements téléphoniques, des témoins, des gens qui ont assisté à la scènes et qui peuvent apporter exactement le contenu des menaces. Avec tout ça, vous allez chez un huissier il fait un pv d’audition. Il écoute et retranscrit tel qu’il a suivi. En matière pénale la preuve est primordiale. Il s’agit de la violation de l’article 305 du code pénal » explique maitre Tchoumi.

« Mais comme c’est un député vous comprenez qu’il ne peut pas être poursuivi puisqu’il jouit de l’immunité et de l’inviolabilité. L’immunité veut dire que dans l’exercice de sa fonction, on ne peut pas le poursuivre. L’inviolabilité c’est l’acte accompli en dehors de sa fonction. Donc vous ne pouvez le poursuivre qu’après son mandat. Si vous portez plainte on ne peut même pas le convoquer parce qu’il est député. Par contre puisque vous êtes journaliste, vous pouvez faire un tapage médiatique. Il faut porter l’affaire dans les medias et autres réseaux sociaux pour que la présidence de l’assemblée nationale soit au courant. L’assemblée peut lever leur immunité. Et si c’est fait les journalistes peuvent porter plainte » précise l’avocat.   

Violation de la liberté d’expression

Les actes de violence du député constituent une violation de la liberté d’expression notamment, l’article 19 du pacte international relatif aux droits civils et politiques qui stipule que « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions. Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix ».

Il s’agit aussi d’une violation de l’article 9 de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples : « toute personne a le droit d’exprimer et diffuser ses opinions ». Des lois à faire appliquer pour protéger la vie des deux journalistes visés en ce moment.

Hugo Tatchuam (Jade)

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