Licencié par Chine Nouvelle, Les droits du Journaliste Raphaël Mvogo toujours non payés

L’agence Chine Nouvelle fait le bras de fer avec le gouvernement camerounais, en refusant de payer les droits du journaliste qu’elle a employé pendant 10 ans. Malgré une instruction du chef de l’Etat, l’agence continue de faire de la résistance. Les inspecteurs du travail, avocats, magistrats et ong demandent au journaliste de saisir le tribunal, pour contraindre Chine Nouvelle à payer ses droits qui pourraient avoisiner les 150 millions de fcfa. 

« Je ne demande rien d’autre que le paiement de mes droits et la réparation des préjudices subis. J’ai laissé le Chinois aller jusqu’au bout de sa bêtise, conscient que les conséquences seraient lourdes pour lui et son pays. J’étais persuadé que les autorités de mon pays se saisiraient de l’affaire pour faire prévaloir la souveraineté nationale», confie d’entrée de propos le journaliste Raphaël Mvogo rencontré à Yaoundé ce mardi 15 Juin 2021, détendu, mais visiblement choqué et  abattu.

Cette réaction intervient après que, le 7 février 2020, l’ancien pilier du bureau de Yaoundé de Chine nouvelle (Xinhua) a appris que le chef de l’Etat a prescrit, à la lumière du dossier qu’il venait de porter à son attention quelques jours auparavant, au ministre des Relations extérieures (Minrex) d’œuvrer à son dédommagement après son licenciement abusif le 11 septembre 2018.

Une rupture de contrat signifiée par un simple mail de Qiao Benxiao, l’actuel chef de bureau de l’agence officielle de la République populaire de Chine au Cameroun. Plus d’un an après l’injonction du chef de l’Etat, Lejeune Mbella Mbella, le ministre des relations extérieures,  traîne toujours les pieds dans l’exécution de la décision présidentielle. Le journaliste, débauché du quotidien gouvernemental Cameroon Tribune en 2009, très amer et inquiet, pense à saisir le tribunal.

Il se souvient du jour de son licenciement


La veille, se rappelle le journaliste, Qiao Benxiao, l’actuel chef de bureau de l’agence lui a fait un mail, lui annonçant un plan de rationalisation de la gestion des ressources humaines de l’agence. Concrètement, ce plan devait se matérialiser par la résiliation des contrats de travail des personnels du bureau du Cameroun suivie de la signature par ces derniers de nouveaux contrats de travail avec une agence de gestion des ressources humaines dirigée par une camerounaise.

Le journaliste était loin de s’imaginer que l’agence  était en train de le mettre à la porte. Après avoir attendu plus d’un an, ce nouveau contrat ne sera jamais signé. C’est à ce moment que le journaliste se décide à porter l’affaire à l’inspection du travail, pour rupture abusive de contrat, et à demander le paiement de ses droits. 

Chine Nouvelle reconnaît avoir licencié le journaliste

 Chine Nouvelle a été convoquée et entendue à l’inspection du travail. Après confrontation des deux parties, l’agence affirme avoir licencié le journaliste pour faute lourde le 12 septembre 2018. « Le journaliste a pris des congés sans notre autorisation, avec des absences injustifiées, et nous l’avons mis à la porte. Par ailleurs les trois autres membres du personnel camerounais travaillant pour l’agence à savoir Kengne,  Claude Bernard Wougoue et Anatole Christian Bidjocka demeurent employés de l’agence. Raphael Mvogo est le seul qui a été licencié » affirme Chine Nouvelle.

Après des discussions âpres et houleuses, les inspecteurs du travail ont conclu à un licenciement abusif. L’inspection a calculé le montant à payer au journaliste, qui s’élevait à une centaine de millions de fcfa. Mais Chine Nouvelle a refusé de payer. « L’agence invoque sa prétendue immunité diplomatique pour ne pas donner suite aux prétentions de son ex-personnel à une indemnité de licenciement», regrette le journaliste.

Or dans une lettre adressée au journaliste, et présentée aux inspecteurs de travail, le Minrex affirmait qu’après vérification auprès des autorités chinoises, il est établi que le bureau de l’agence de presse Chine Nouvelle à Yaoundé ne constitue pas un service à caractère diplomatique bénéficiant des immunités diplomatiques et privilèges de juridiction.

« Le Minrex n’étant pas compétent pour résoudre des litiges de droit privé » le ministère du travail et de la sécurité sociale avait donc tous les pouvoirs pour trancher cette affaire, contrairement aux déclarations de Chine Nouvelle.

Pour être complet sur la question, selon le Minrex, l’agence Chine Nouvelle n’a jamais obtenu un accord de siège qui lui donne le droit d’exercer légalement ses activités au Cameroun. L’absence de cet accord suppose que depuis son installation, elle exerce en vertu d’une tolérance administrative au regard de l’importance des relations entre le Cameroun et la Chine. Raison pour laquelle elle est installée à l’intérieur de l’ambassade de Chine.  

Le journaliste engage une bataille féroce

Ayant senti une violation de ses droits, le 18 janvier 2019, le journaliste décide de porter le litige une nouvelle fois au MINREX.

Fatigué d’attendre, au mois d’octobre il se résout à dénoncer ses turpitudes à la commission nationale anti-corruption (CONAC), car des sources l’ont informé des accords secrets des fonctionnaires qui veulent user de corruption pour détourner l’argent qu’il attend de l’agence. Il saisit aussi la commission nationale des droits de l’homme et de liberté (CNDHL), le secrétariat d’Etat à la défense (SED), puis la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE).

Le 27 juillet 2020, une énième correspondance est adressée à nouveau à Lejeune Mbella Mbella, le ministre de relations extérieures. « La cinquième en vingt mois », précise le journaliste.

En juillet 2019, suite aux enquêtes menées par ses services concernant une plainte de Raphaël Mvogo contre le représentant de Chine Nouvelle pour menaces de mort, le secrétaire à la Défense chargé de la gendarmerie, Yves Galax Landry Etoga, avait été le premier à écrire au ministre des Relations extérieures pour lui suggérer la résolution du litige. Rien n’y a fait, tout comme l’interpellation faite par la Conac en janvier puis celle de la CNDHL au mois de mai.

Le journaliste ne se sent pas vraiment soutenu par les institutions de l’Etat. A la direction chargée de la gestion de son dossier, on a passé le temps à le mener en bateau.  Pendant longtemps, la direction du Minrex lui a fait croire que Qiao Benxiao et l’ambassade de Chine ignoraient toutes les convocations qui leur étaient adressées. Or, dans le même temps, des témoins affirment avoir vu le Chinois à plusieurs reprises au Minrex.

Autre preuve du laxisme de l’Etat, en novembre 2019, l’ex-président de la cellule ministérielle de lutte contre la corruption affirme que le montant qu’on allait payer aiguisait des appétits de certains adeptes des rétro commissions quand tout simplement certains, soupçonnés d’être à la solde de la partie chinoise, ne voient pas d’un bon œil qu’il perçoive un tel pactole », regrette le journaliste.

« Puisque j’avais déjà saisi toutes les autorités sans aucune réaction, j’ai décidé d’écrire au chef de l’Etat. Et en février 2020, il a favorablement répondu, demandant qu’on paye mes droits » indique-t-il. Mais jusqu’à aujourd’hui, il ne sait pas ce qui empêche ce paiement. Il veut passer par les tribunaux.  

Il faut saisir le tribunal

Anda Pierre inspecteur du travail au ministère du travail et de la sécurité sociale rencontré ce lundi 14 Juin 2021, demande au journaliste de suivre la procédure normale, c’est à dire de saisir un juge de tribunal de grande instance avec le procès-verbal de non-conciliation qu’il avait reçu lorsqu’il avait traîné Chine Nouvelle devant l’inspection du travail.

 « Lorsque le journaliste est allé à l’inspection du travail en 2019, après confrontation des deux parties, ayant donné raison au journaliste, puisque l’agence avait refusé de payer, l’inspection du travail avait dressé quatre copies du procès-verbal de non-conciliation. Deux copies qu’on garde à l’inspection du travail, et on remet à chaque partie une copie. Que le journaliste prenne sa copie, qu’il parte porter plainte au tribunal de grande instance de sa zone de résidence, avec toutes les preuves dont il dispose. Ça c’est la procédure normale. C’est une procédure qui ne va pas mettre longtemps. Surtout quand le dossier a été bien ficelé comme c’est le cas, avec une telle clarté. S’il a gain de cause, le juge va exiger de Chine Nouvelle qu’elle paye la totalité de ses droits. Puisqu’il est établi que le bureau de l’agence de presse chinoise à Yaoundé ne constitue pas un service à caractère diplomatique bénéficiant des immunités diplomatiques et privilèges de juridiction », tranche Anda pierre.

Pour lui, la lettre du chef de l’Etat n’est pas une mesure de contrainte pour l’agence de presse. Vu qu’on n’est pas dans un cadre diplomatique. Chine Nouvelle peut respecter la lettre du chef  de l’Etat comme elle peut l’ignorer. « Surtout que même sur le plan national, même les recommandations du chef de l’Etat pour les nominations ne sont plus forcément respectées », poursuit Anda Pierre.

Maitre Natchou Tchoumi, avocat au barreau du Cameroun va dans le même sens. « En droit du travail, lorsqu’il n y a pas eu entente entre les deux parties lors des négociations au ministère du travail, le dossier est acheminé au tribunal chez un juge social pour qu’il utilise les moyens contraignants de la loi pour régler le problème. Dans le cas d’espèce, le journaliste doit saisir un juge social, la procédure est gratuite. Le juge va faire les premières conclusions, il va mettre le dossier en délibéré et il va trancher ». Pour lui, la lettre du chef de l’Etat n’est pas une mesure contraignante.

Les magistrats durcissent le ton

« Ce n’est pas le domaine du chef de l’Etat. C’est le seul domaine qui dépasse le président de la république. Même cette lettre du chef de l’Etat en interne il faut chercher à voir son authenticité. Des dessous de tables peuvent circuler pour avoir une telle lettre juste parce que certaines personnes veulent se remplir les poches. Pourtant elles savent que cela n’aura aucun impact. Il faut faire attention », affirme le procureur, président du tribunal de première instance de Mbouda Bia Bakari. Pour lui, dans cette affaire, le journaliste doit attendre la décision du tribunal, remettre tout simplement la grosse de jugement à un huissier de justice. « L’huissier va aller saisir tous les comptes de l’agence Chine Nouvelle, qui sera contrainte de payer dans les 48h », explique Bia Bakari. Pour lui depuis 2018, le journaliste s’est trompé de procédure. 

Le syndicat des journalistes en colère

« Les questions de travail sont contractuels. Que dit son contrat de travail ? Il est clair que le licenciement par un simple mail est une rupture abusive de contrat. Et à ce moment qu’il suive la procédure de l’inspection du travail pour rentrer dans ses droits », tranche Denis Kwebo, le président du syndicat national des journalistes du Cameroun, par ailleurs membre de la commission nationale des droits de l’homme et des libertés. « Quand un employé est licencié, toute contestation se fait auprès de l’inspection du travail. Toute autre action n’a aucun fondement de droit et ne peut produire aucun résultat », conclut Denis. Le syndicat se dit prêt à apporter tout son soutien au journaliste dans cette lutte.

L’agence Chine Nouvelle maintient sa position

Ce mardi 15 juin,  nous nous sommes rendus au sein de l’agence Chine Nouvelle situé à l’intérieur de l’ambassade de Chine à Yaoundé, pour rencontrer les responsables et avoir leur avis sur ce problème. Reçu par le responsable de la communication Chen Qilin, il affirme que pour eux, le journaliste a été licencié pour faute lourde. Et tous les autres membres de l’agence travaillent en respect de leur contrat de travail. Il ne dit aucun mot sur le paiement des droits du journaliste, ni sur la lettre du chef de l’Etat. A cause du coronavirus, presque tout le personnel est en confinement. Les employés se présentent au bureau uniquement pour des taches précises.

Le journaliste Raphaël Mvogo pas du tout d’accord avec l’attitude de son ancien employeur déplore le fait qu’il n’a bénéficié d’aucun soutien ou assistance judiciaire depuis le début. Abandonné à lui-même, il continue de crier à l’injustice.

Un manque d’assistance qui constitue une violation de l’article 7 de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui stipule que « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue. Droit de saisir une juridiction nationale compétente en cas de violation de ses droits et être entendu ». En respect de cette loi, l’Etat du Cameroun est appelé à apporter son soutien au journaliste pour la résolution de cette affaire.  

Hugo Tatchuam (Jade)

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