Les femmes mbororos exclues du droit de propriété

Cameroun. Pour ce peuple nomade, la terre est essentiellement réservée aux hommes.

Si avoir accès à une parcelle de terrain est un véritable chemin de croix pour les femmes camerounaises, il est pratiquement impossible pour une femme mbororo d’avoir une portion de terre. Pour ce peuple nomade, le problème semble d’abord être culturel. « Chez nous les mbororos les problèmes fonciers ne peuvent pas être appréhendés comme dans les autres coutumes. Notre principale activité c’est l’élevage, l’accès à la terre c’est juste pour faire une petite case et son pâturage. Vous comprenez que, chez nous la terre n’est pas un bien matériel surtout que nous sommes de nomades ; donc nous sommes appelés à partir du moment où la zone n’est plus propice à notre élevage », relate Dr Adjara Abdoulaye Epse Oumarou, présidente nationale de l’association mbororos sans frontière. Pourtant, au Cameroun selon certains chiffres, la femme représente un peu plus de 52% de la population. Malheureusement dans ce chiffre, elles sont seulement 15% à avoir des terres.

En effet, chez la femme mbororo, tant bien même qu’elle soit officiellement mariée, c’est la culture et la tradition qui prime. La portion de terre reste en réalité la chasse gardée des hommes. « La femme est appelée à vivre avec son mari et c’est à son mari que reviennent les terres. Cela veut tout simplement dire que, le jour où il y a séparation, elle devra repartir chez ses parents où elle va retrouver un endroit pour se caser. Il faut savoir aussi que, si son mari décède et qu’elle décide de rester au lieu du mariage, dans le partage de l’héritage, on peut faire en sorte qu’elle conserve leur case d’habitation où son mari l’avait logé comme un droit. En réalité, le domaine foncier de la femme c’est son foyer et chez ses parents », confie Dr Adjara Abdoulaye.

En réalité, tout ceci est une violation grave au protocole de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des femmes. D’ailleurs, il est bien précisé dans l’article 19c de ce protocole que, « les femmes ont le droit de jouir pleinement de leur droit à un développement durable. A cet égard les Etats prennent toutes les mesures appropriées ; promouvoir l’accès et le contrôle par les femmes des ressources productives, telles que la terre et garantir leur droit aux biens ». C’est tout simplement dire que, l’Etat est aussi responsable de cette inégalité. Pourtant, l’Etat, dans ce même protocole de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des femmes a pris un certain engagement.

L’un de ces engagements qui se trouve dans l’article 24a stipule que, «   les Etats s’engagent à assurer la protection des femmes pauvres, des femmes chefs de famille, des femmes issues des populations marginales et à leur garantir un cadre adapté à leur condition et en rapport avec leurs besoins physiques, économiques et sociaux », peut-on lire. Toutefois, il est donc peut-être temps pour l’Etat de prendre ses responsabilités pour réparer cette injustice qui perdure. Selon la présidente de l’association mbororo sans frontière, pour que la donne change, il faudrait d’abord une bonne orientation socioculturelle. « Pour que cela change, il faudrait peut-être une orientation socioculturelle en général et la femme mbororo en particulier à s’intéresser aux questions foncières en investissant par exemple dans l’agriculture », précise Dr Adjara Abdoulaye Epse Oumarou. Ceci passera également sans doute par une bonne sensibilisation des femmes à cet effet.

Par Francis Eboa (Jade)

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