Village de Ngoazip. L’inaction des autorités après la mort d’un déplacé anglophone

Kibuh Divine, jeune déplacé de 29 ans, a été battu à mort par sa patronne et ses frères parce qu’il réclamait une augmentation de salaire. Jusqu’à présent, aucune autorité administrative locale n’a condamné cet acte odieux, qui viole les principes directeurs des Nations Unies sur les déplacés internes, ratifiés par le Cameroun.

Kibuh Divine, originaire de Noni dans la région du Nord-Ouest avait fui la guerre pour se retrouver à Ngoazip, village situé dans l’arrondissement de Biwong Bane dans  le département de la Mvila dans la région du Sud. Il était embauché dans une plantation de cacao par une femme.

Celle-ci va réduire en esclavage Kibuh Divine, qui se plaignait de ses conditions de travail. Il va exiger une augmentation salariale, ce qui ne sera pas du goût de sa patronne, qui va faire appel à ses frères, parmi lesquels le petit frère du chef de village de Ngoazip. Divine sera battu à l’agonie et rendra l’âme le 13 Octobre dans le centre de santé intégré du village. La famille de Divine demande justice. Mais aucune autorité administrative locale n’a jusqu’à présent demandé l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur cette affaire.

Silence inquiétant

« Les gars anglophones, ce sont des gens qui rendent des services très intéressants dans toutes les localités. Ils sont même recherchés dans le village Mfoumbit situé à 15 km d’ici. Nous n’arrivons toujours pas à croire qu’on peut battre quelqu’un parce qu’il a revendiqué une augmentation de salaire. Il faut tirer cette affaire au clair », lance Alexis (prénom changé à sa demande), jeune fonctionnaire du ministère de la jeunesse rencontré dans le village ce 18 octobre.  

La mairie n’a fait aucun communiqué officiel pour condamner cet acte. Plus de 1000 déplacés anglophones vivent dans cet arrondissement agricole de 458 km2. Les 13 000 habitants sont sous le choc. Beaucoup craignent que la situation ne dégénère en un conflit local, entre déplacés internes et populations autochtones.

« La dame qui a ordonné la mise à mort de ce déplacé devrait être entendue par la justice. Nous déplorons aussi le fait que le chef du village, qui représente l’Etat,  utilise son pouvoir pour faire du mal à sa population. Son petit frère en agissant de la sorte sait qu’il est tout puissant et ne sera pas inquiété par les autorités », regrette un habitant du village.

Le sous-préfet de Biwong Bane, n’a fait aucune déclaration jusqu’à présent. « Les autorités feront une descente dans ce village dans les prochains jours pour organiser une réunion avec les différentes parties pour établir les responsabilité », a déclaré un employé  qui a requis l’anonymat.

Sensibiliser pour éviter les dérapages

Selon l’Onu, 530 000 personnes venant des régions francophones du pays se sont réfugiées dans les forêts du Sud. Me Pelerine Tchatat, avocate et présidente de l’association « Avocats sans frontières et humanitaires du Cameroun » (Asfh-Cam), dans un article publié dans le journal Le Monde, pense que les déplacés internes ne sont pas pleinement intégrés dans les villes et villages d’accueil pour mener leurs activités de production d’antan.

 « Il faut sensibiliser les populations locales et les autorités administratives et gouvernementales afin qu’elles intègrent ces déplacés en leur permettant d’avoir des terres pour faire de l’agriculture », explique l’avocate.

Les autorités administratives qui représentent l’Etat ont un grand rôle à jouer, pour non seulement assurer la sécurité de ces déplacés, mais aussi sensibiliser les habitants, afin d’éviter de transformer ces déplacés en esclaves. Les avocats demandent qu’une enquête soit ouverte pour arrêter les coupables de la mort de Divine et les punir.

Loi violée L’article 1 du principe directeur des Nations Unies sur les déplacés internes indique que « les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays jouissent, sur un pied d’égalité, en vertu du droit international et du droit interne, des mêmes droits et libertés que le reste de la population du pays. Elles ne doivent faire l’objet, dans l’exercice des différents droits et libertés, d’aucune discrimination fondée sur leur situation en tant que personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. » Des principes à respecter par l’Etat.

Hugo Tatchuam (Jade)

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