Après le choc de la présidentielle, L’échec des Panthères symbole d’un malaise profond

Boycott des uns, mobilisation des autres, stades relativement pleins, engouement populaire plus ou moins en berne, etc. Bref, la coupe d’Afrique des Nations de football au Gabon a révélé à elle seule la profondeur des clivages qui agitent le pays depuis le terme de la dernière élection présidentielle. Et comme si cela ne suffisait pas, le naufrage d’une équipe nationale, les Panthères jouant à domicile aura suffi à raviver les divergences politiques, certains partisans de l’opposition, allant jusqu’à se délecter ostentatoirement de la noyade du pays dès le premier tour de la compétition par le Cameroun.

Boycott des uns, mobilisation des autres, stades relativement pleins, engouement populaire plus ou moins en berne, etc. Bref, la coupe d’Afrique des Nations de football au Gabon a révélé à elle seule la profondeur des clivages qui agitent le pays depuis le terme de la dernière élection présidentielle. Et comme si cela ne suffisait pas, le naufrage d’une équipe nationale, les Panthères jouant à domicile aura suffi à raviver les divergences politiques, certains partisans de l’opposition, allant jusqu’à se délecter ostentatoirement de la noyade du pays dès le premier tour de la compétition par le Cameroun.

C’est dans des divisions accentuées que le peuple gabonais a vécu cette 31ème coupe d’Afrique des Nations de football, contrairement à l’édition de 2012 que le pays avait co-organisé avec la Guinée équatoriale. Une édition de 2012 qui avait pourtant drainé du monde dans les stades et fédéré le public autour d’une équipe nationale enchaînant coup sur coup des victoires contre le Niger, le Maroc et la Tunisie, avant d’être stoppée net en quarts de final par le Mali. Sauf que 2012 n’est plus 2017, car le temps a passé et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts durant les cinq ans qui séparent les deux éditions. Et même si le contexte politique était lui aussi jadis marqué par la crise postélectorale de 2009, les Gabonais avaient tenu malgré tout à se mobiliser pour un événement continental que le pays organisait pour la première fois. Plus qu’une fierté nationale, c’était donc un défi qu’il fallait à tout prix réaliser. D’où la mobilisation et la cohésion nationale exceptionnelles enregistrées à l’époque.

Malaise général Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte quant au peu d’engouement observé dans le pays organisateur de cette édition de 2017. Des facteurs essentiellement d’ordre politique, économique et social, notamment la crise économique due à la chute du cours du pétrole sur le marché international depuis fin 2014, et qui frappe de plein fouet de nombreux ménages dans leur planning familial ; le malaise au sein du parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, avec les départs en cascades de certains de ses piliers, qui sont allés grossir et renforcé les rangs de l’opposition ; l’impopularité grandissante du président Ali Bongo, qui s’est cristallisé dans les urnes (avec 6 provinces sur 9 qui votent contre l’homme) ; l’issue presque chaotique du scrutin présidentiel du 27 août 2016 et le blocage politique actuellement en cours entre les camps Jean Ping, qui continue de revendiquer sa victoire à ce scrutin et Ali Bongo Ondimba, qui lui, a prêté serment pour un second mandat à la tête de l’Etat. Autant d’épisodes douloureux, qui ne militent pas en faveur de la fête dans les stades. Surtout lorsqu’on y ajoute la gravité de la crise économique, qui semble virer à l’austérité, même si du côté du gouvernement on se refuse à lâcher le mot.

Désenchantement

Pour enfoncer le clou d’un climat national délétère, l’équipe nationale à qui était échu le mandat de démentir la conjoncture politique et faire transcender le public, est venue, elle aussi, confirmer la mauvaise passe actuelle que traverse le pays sur le stade. Après s’être contenté des matchs nuls tour à tour contre la Guinée Bissau, le Burkina Faso et le Cameroun, elle ne récoltera pas plus que cette élimination au premier tour à domicile. Un coup dur pour Ali Bongo et toute l’équipe gouvernementale qui ont tenu contre vents et marées à l’organisation de la compétition en terre gabonaise, et qui espéraient au moins un apaisement des frustrations postélectorales à travers la passion du football. Ce qui naturellement donne du grain à moudre à l’opposition et certaines organisations de la société civile regroupées autour de Jean Ping, qui y voient un coup politique foireux d’Ali Bongo, voulant légitimer son « coup d’Etat militaro-électoral » à travers l’organisation de la CAN 2017 au Gabon. Interrogé par nos confrères de Radio France international (Rfi), le président de la plate-forme intersyndicale, et par ailleurs opposant au pouvoir de Bongo, Jean Rémy Yama, qui avait appelé au boycott de la compétition, n’a pas manqué de fustiger l’attitude irresponsable d’un gouvernement qui a préféré dilapider l’argent de l’Etat pour l’événementiel et le spectacle, alors que dans les établissements les élèves s’entassent à même le sol faute de table-bancs et de salles de classe. Une critique largement partagée par une grande partie de l’opinion remontée contre un gouvernement qui préfère flamber l’argent public dans une CAN sans importance, tandis que les priorités sont ailleurs. D’ailleurs certains partisans de Ping, qui déchiraient leurs billets ostentatoirement après les avoir achetés pour montrer leur désaccord avec l’événement, se sont même réjoui de l’échec des Panthères, d’autres allant jusqu’à souhaiter une élimination au premier tour des félins, qu’ils ont baptisés des «chatons» incapables de dévorer leurs proies. Mais les commentaires les plus acerbes sont à trouver sur les réseaux sociaux où certains sont allés jusqu’à faire des montages en comparaison avec l’élection présidentielle passée, assimilant ainsi l’échec des Panthères à la défaite d’Ali Bongo dans les urnes en août dernier. Une cristallisation des positions qui laisse déjà planer des doutes sur une possible réconciliation nationale, alors qu’Ali Bongo Ondimba a annoncé la tenue d’un dialogue politique national, qui devrait s’ouvrir après la CAN. Les acteurs politiques parviendront-ils à réconcilier un pays complètement divisé là où le sport a échoué ? La question reste posée.

Charles Nestor NKANY

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