Le Professeur Bissielou se penche sur la crise gabonaise: Comment se refaire une vie correcte

La crise post-électorale a été un traumatisme pour la grande majorité des Gabonais. Sociologue émérite, professeur à l’Université Omar Bongo de Libreville, le Professeur Anaclet Bissielou analyse pour nous les effets à moyen et long terme des mouvements de violence qui ont suivi la réélection du président Ali Bongo Ondimba. Il s’interroge sur les possibilités de surmonter les divisions de la société gabonaise.

La crise post-électorale a été un traumatisme pour la grande majorité des Gabonais. Sociologue émérite, professeur à l’Université Omar Bongo de Libreville, le Professeur Anaclet Bissielou analyse pour nous les effets à moyen et long terme des mouvements de violence qui ont suivi la réélection du président Ali Bongo Ondimba. Il s’interroge sur les possibilités de surmonter les divisions de la société gabonaise.

Mica :Quelles sont les conséquences les plus à redouter pour la population gabonaise après la crise violente qu’elle vient de vivre?

Pr. Bissielou : Je ne suis pas expert en psychologie. Mais je sais tout de même, que cela a des conséquences variées sur les différentes catégories de personnes. Tout dépend de la façon dont on a vécu cette période, et avant tout du rôle qu’on y a joué.

Mica : Pourriez-vous nous préciser les effets du climat délétère que le Gabon connaît aujourd’hui sur la population à moyen et long terme ?

Pr. Bissielou : Ceux qui se trouvent du côté des exclus auront certainement perdu gros. On peut alors imaginer tout le mal qu’ils auront à se refaire une vie correcte, d’autant plus que pour ces personnes, vivre dans la peur sera pour eux un lot quotidien. C’est le cas des personnes qui ont perdu un être cher ou un proche dans cette crise. C’est aussi celui des commerçants qui peuvent devenir hésitants à l’investissement dorénavant.

Mica : Sur le plan politique à quel type de changement devrions-nous nous attendre ?

Pr. Bissielou : Je pense qu’il y aura une redéfinition de la carte politique du pays. Et je dirais que, la majorité actuelle est aujourd’hui inoculée de l’insidieuse tare appelée « méfiance ». Cette méfiance est entre elle et le peuple révolté. L’opposition connaîtra des trahisons et des déchirures, mais cela aura pour conséquence d’affaiblir le bloc réuni autour de sa figure de proue. Mais c’est la stratégie que joue le camp de la majorité. En manoeuvrant les incertains politiques, il espère obtenir une majorité à la prochaine législative.

Mica : Pour revenir à la population, peut-on dire qu’elle est aujourd’hui plus mature qu’hier, et promise à un avenir sûr ?

Pr. Bissielou : Cela n’est pas systématique. Une telle crise peut engendrer des déviances chez les jeunes oisifs. Chez des adultes, une psychose est à même de troubler les comportements logiques normaux jusqu’au point de les rendre vulnérables. Dans pareille situation, le développement des emplois précaires débouchent sur l’économie informelle, et la cellule souche qui est la famille en prend un coup. D’une certaine manière, on prend tous un choc.

Mica : En définitive, quelles leçons peut-on tirer de cette crise ?

Pr. Bissielou : Le cas de notre pays nous révèle deux leçons principales : le fait que la population jeune a aujourd’hui développé un caractère insurrectionnel important, puis que la population gabonaise est en même temps divisée en trois groupes. Le premier est celui que j’appelle les conservateurs, qui a à sa tête l’oligarchie dirigeante ; le second est fait d’étrangers, ceux qui détiennent le bizness, le commerce du pays et qui est prêt à protéger ses investissements contre vents et marées ; le troisième ne possède pas grand-chose, il est fait de la couche moyenne, celle dont dépend le reste de la population. Et un tel cocktail ne peut rien donner de bon si rien n’est fait. Car si le dernier groupe ne possède aucun pouvoir d’achat pour sa survie, je puis vous dire que cela ne pourra rien augurer de meilleur à l’avenir.

Propos recueillis par Anarh Backy

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