Cameroun ; Des Pygmées dans la forêt des désillusions

(Jade Cameroun/Syfia) Depuis une dizaine d’années, missionnaires et ONG encouragent les Pygmées du Cameroun à quitter leur forêt pour se sédentariser à proximité des villages bantous. Pauvres et analphabètes, pour la plupart, ils manquent de tout et s’adaptent tant bien que mal à leur nouveau mode de vie. Reportage.


Des cases en terre battue, avec des portes en paille, bordent la route en latérite sur près de deux cents mètres. De loin, les cuisines couvertes de paille et d’herbe ressemblent à de petits bosquets. Nous voici à Payo, un campement de Pygmées Baka d’environ 300 habitants, situé à 10 km après Lomié, chef-lieu d’arrondissement de la province de l’Est, au Cameroun, sur la route qui mène au Congo Brazzaville.


Une cohorte d’enfants déambule pieds nus d’un coin à l’autre alors qu’à cette heure de la matinée la plupart des autres gamins sont à l’école. Sales et méfiants, ils se tiennent prudemment à distance. A la vue de l’appareil photo, l’aîné donne l’alerte et le fossé se creuse encore un peu plus entre nous. Appelé à la rescousse, le seul parent resté au campement arrive. Son sourire plein de gentillesse dévoile des dents jaunies. De petite taille, pieds nus lui aussi, il est vêtu de haillons. Comme la plupart des enfants, il porte au cou une amulette faite de dents de chien, de panthère et de quelques débris de bois d’ébène. « Ces amulettes nous protègent contre certaines maladies et la sorcellerie », explique, en souriant, Ndokaloka Barthélemy, père de deux enfants. Réputés bons guérisseurs, ces Pygmées fréquentent rarement les centres de soins et les hôpitaux. Les enfants, naissant sur place, ne sont pas déclarés à l’état civil. Ils tiennent leurs prénoms des religieux catholiques qui sillonnent les différents campements pour porter la Bonne Nouvelle.


 


Déracinés puis abandonnés


Depuis une dizaine d’années, les missionnaires catholiques, à travers des ONG comme l’Association pour l’auto-promotion des peuples de l’Est Cameroun (AAPPEC), encouragent les Pygmées des provinces de l’Est et du Sud à quitter leur milieu et à se sédentariser à proximité des villages bantous. Ils y construisent des centres de santé et d’éducation de base qui forment enfants et adultes jusqu’au cours élémentaire deuxième année. Quelques mairies et des ONG à l’instar de Plan International aident les Pygmées à améliorer leur cadre de vie et les soutiennent à la fin de leur scolarité.


À leur arrivée, on leur conseille d’abandonner leurs huttes en paille pour des maisons en terre battue et de diversifier leurs moyens de subsistance se mettant à l’agriculture. Eux, qui ont toujours vécu de chasse, de cueillette et de pêche, doivent passer du troc aux échanges marchands. Pauvres, souvent analphabètes et sans terres, ils manquent aujourd’hui de tout, même d’allumettes. Ils continuent à faire du feu en frottant une petite barre de métal sur un caillou et à fumer des feuilles de tabac et du papier journal.


Leurs cases ne disposent d’aucune chambre. Sans lit ni matelas, tous dorment sur des nattes ou des feuilles séchées. Sur le campement, les nuits sont très sombres. Le pétrole lampant, rare, est trop cher pour eux. Certains foyers n’ont qu’une seule marmite pour la cuisine. Ici, on manque de tout : de haches, de machettes, de houes, pourtant indispensables pour vivre en milieu rural. Les Pygmées demeurent très solidaires et vivent en partageant le peu qu’ils ont.


De nombreux autres campements pygmées jalonnent cette route en latérite jusqu’à Ngoyla, dernière localité avant le Congo-Brazzaville. Sur les côtés sont exposés des fagots de bois de chauffage et des bouteilles de miel sous la surveillance des enfants. « Nous les vendons pour avoir de quoi acheter ne serait-ce que du savon ou du pétrole », explique dame Sobo du campement de Mebam, situé à environ 90 km de Payo. Un bébé est accroché à son flanc et deux autres enfants de moins de 6 ans ne la quittent pas des yeux. « Nous sommes contents qu’on nous ait encouragés à quitter la brousse pour ici. Mais, c’est trop dur. Nous n’avons rien », se plaint-elle. Au début, les missionnaires, les mairies et les ONG ont donné des vêtements, des intrants agricoles, de la nourriture et des ustensiles de cuisine. Aujourd’hui, plus rien…


 


Précarité et dépendance


« Nous ne vivons plus seulement de chasse et de cueillette. Nous cultivons dorénavant les tubercules et le maïs comme les Bantous, mais à petite échelle. Pour joindre les deux bouts, nous travaillons pour leur compte contre rémunération », explique Soubou Pierre qui, tôt le matin, a quitté Mebam, son campement, en compagnie de plusieurs de ses frères pour Ngoyla, une ville peuplée de Bantous, à la recherche d’un travail. Bon chasseur, il connaît bien la forêt et les cachettes des animaux. On l’engage en général pour les parties de chasse. Mais à 125 Fcfa de l’heure (moins de 0,2 Euros), ses gains ne correspondent pas toujours, selon lui, au travail fourni. Il l’accepte néanmoins sans trop se plaindre.


Les Pygmées, soumis aux Bantous, se font plus ou moins à leur nouveau mode de vie. « Les Bantous nous trimballent à droite, à gauche et trouvent toutes sortes de raisons pour nous obliger à travailler sans relâche ou à diminuer notre paie », dénonce Monguelle Gaspard, du campement de Dimako, à environ 50 km de Payo. « Pour dire vrai, les Bantous pensent que nous sommes leurs esclaves. Seuls quelques uns nous respectent », tranche Meba Jean, du même campement. Les disputes se terminent assez souvent chez le chef du village voire à la gendarmerie. « Les agents du ministère des Forêts et de la Faune et le WWF (organisation mondiale de protection de l’environnement, Ndlr) nous interdisent de chasser n’importe comment. Ils nous disent qu’il y a des animaux qu’il ne faut pas tuer. Nous ne comprenons plus rien », lance Meke Raymond, du campement de Zoulabot, à 40 km de Ngoyla. Cette région est en effet entourée, entre autres, des réserves du Dja et de Nki.


L’attitude des hommes politiques à leur égard est pour les Pygmées de cette région un autre sujet de perplexité. Avec ou sans carte d’identité, ils sont inscrits d’office sur les listes électorales. Et le jour du vote, on ne leur remet que le bulletin du ou des candidats du parti au pouvoir, seul actif dans cette région. « Ce qui nous dérange dans tout ça, c’est qu’ils nous trompent ; ils nous promettent beaucoup de choses qui n’arrivent jamais », dénonce Meke Raymond.


Une désillusion de plus.


 


Charles Nforgang


 


 


 


 


 


 


 


 


 



 


De jeunes Pygmées centrafricains à l’école


 


Pour la première fois en Centrafrique, de jeunes Pygmées fréquentent, comme leurs camarades d’origine bantoue, l’école occidentale. Cette opération, qui a débuté dans l’Ouest, gagne aujourd’hui progressivement tout le pays. Les écoles étant éloignées de leurs habitations traditionnelles, certains parents abandonnent la forêt et s’installent dans des villages bantous. D’autres restent dans leurs campements et confient leurs enfants à des Bantous qui veillent sur leur formation.


Cette initiative fait partie du programme Développement intégral du jeune enfant (Dije), initié et financé par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), qui s’inscrit dans le nouveau plan cadre de coopération entre le gouvernement centrafricain et l’Unicef. L’objectif est de combler le fossé qui sépare, sur le plan de la scolarisation, les enfants pygmées de leurs camarades.


 


Jules Yanganda


 


 

One Reply to “Cameroun ; Des Pygmées dans la forêt des désillusions”

  1. salut, je suis promoteur dsalut, je suis promoteur d’une association visant le developpement des populations pygmées du cameroun.ladite structure est composée 90% des pygmées et digée par un pygmées.Pour des perspectives meilleures j’aimerai si vous le permettez vous demander conseil quant à la conduite à tenir pour beneficier de la crédibilités communauté humanitaire internationale, les differentes organistions à contacter pour un quelconque soutien.

    cordialement!

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