Cameroun : Procréer malgré le sida

(Jade Cameroun/Syfia) Les sidéens peuvent avoir des enfants sans risquer d’infecter leur partenaire et de transmettre le virus. A domicile ou en clinique les méthodes d’insémination sont désormais accessibles à tous, à condition de suivre les conseils des médecins. Au Cameroun, les bébés ainsi conçus sont de plus en plus nombreux.

 

Séropositive depuis de nombreuses années, Pascaline, 28 ans, promène fièrement sa fille de deux ans dans une rue de Douala. L’enfant n’est pas infectée, son père non plus. L’explication ? « Après un rapport sexuel protégé, mon partenaire a extrait le sperme du préservatif à l’aide d’une seringue dépouillée d’aiguille, qu’il a par la suite introduite dans mon sexe pour déposer le sperme au fond du vagin », explique Pascaline. Cette méthode de procréation sans contact sexuel direct entre l’homme et la femme peut être pratiquée à domicile par les couples eux-mêmes. Cette auto-insémination artificielle permet d’éviter la contamination du partenaire.


Introduite au Cameroun en 2000, l’insémination artificielle était, à ses débuts, pratiquée exclusivement en milieu médical. Aujourd’hui, elle est de plus en plus adoptée avec succès par les couples. À certaines conditions. « Nous conseillons l’auto-insémination lorsque l’homme est sain », précise Berthe Bollo, gynécologue-obstétricien à Douala. Une consultation médicale préalable est nécessaire. Le médecin vérifie l’état clinique de la  patiente et s’assure qu’elle en est à un stade peu avancé de la maladie. « Il faut que la charge virale de la femme soit indétectable », précise Jacques Tsingaing, gynécologue-obstétricien, responsable du programme PTME (Prévention de la transmission mère-enfant) du VIH/sida à l’Hôpital général de Douala. Il détermine également la période de fécondité de la femme et donne des indications pour une bonne hygiène des mains, de la seringue et du préservatif. Une fois enceinte, la femme doit suivre scrupuleusement les consignes du médecin ainsi que les traitements aux antirétroviraux pour mener sa grossesse à terme et éviter la transmission du virus à l’enfant. Le bébé lui-même est traité au moment de sa naissance et l’allaitement déconseillé. 


 


Moindre risque, moindre coût


Si, c’est l’homme qui est infecté, les spécialistes recommandent l’insémination dans une clinique spécialisée. Dans ce cas, le sperme est traité et dépouillé de toutes les particules virales avant d’être mis au contact des ovules de la femme. Au Cameroun, le prix de cette deuxième technique, très coûteuse il y a quelques années, a beaucoup baissé, permettant à davantage de femmes d’en bénéficier. À la clinique de l’Aéroport de Douala il est passé en deux ans de 1 100 000 à moins de 300 000 Fcfa. (environ 1680 Euros à moins de 460 Euros) témoigne L. M. Cette somme inclut le prix des examens préalables du couple. 


D’après le Dr Jacques Tsingaing, les chances de réussite sont identiques à celles des fécondations issues des rapports sexuels directs, soit 25 %. « Les risques d’échec viendraient de la perte de la qualité du sperme s’il était exposé à la température ambiante pendant un certain temps avant son introduction dans le vagin », ajoute Serge Mathurin Kaboré, responsable médical à Médecins sans frontières (MSF) Douala.


Bien que les statistiques ne soient pas disponibles, au sein des associations, on affirme que le nombre de naissances obtenues à la suite d’inséminations à domicile est en hausse. « La pratique reste très intimiste. Nous constatons cependant que chaque année, nous avons de nouvelles naissances », affirme Maurice Abena, président de l’Association des frères et sœurs unis pour l’espoir et la solidarité (Afsupes), une association de séropositifs. « Les femmes séropositives veulent avoir un enfant ou mourir », confie-t-on à l’association Sun Aids. Avoir à tout prix un enfant relève aussi d’un facteur culturel en Afrique où l’enfant est un indice de réussite sociale. « L’adoption ou la reconnaissance d’un enfant dans notre contexte est un échec. On veut avoir un enfant issu de nos propres œuvres », explique Protais Bodzogo, coordonnateur psychosocial à MSF.


Ces nouvelles techniques redonnent donc de l’espoir aux 300 000 femmes camerounaises qui, selon une enquête de l’OMS de 2004, sont infectées par le virus.


 


Vicky Simeu


 

One Reply to “Cameroun : Procréer malgré le sida”

  1. Malgre le fait que ce soit unMalgre le fait que ce soit un article bien detaille, je conteste le simple fait que l`homme se soit servi d`une seringue pour extraire le sperme du condom et le re-injecter dans le vagin de la femme…Impossible et meme inimaginable. Peut-etre que l`homme a utilise le dispositif mais sans une seringue pour faire cette experience out-vitro..

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