Cameroun : Mobilisation de tous pour les subventions agricoles

(Jade Cameroun/Syfia) Au Cameroun, une pétition qui associe pour la première fois producteurs et consommateurs, a réuni, en un peu plus de huit mois, près de 700 000 signatures. À l’origine de cette forte mobilisation, une association locale qui réclame sans relâche la subvention de l’agriculture nationale. Une solution pour relancer la production et freiner les importations.

À peine rentré de l’école, Mboa, 17 ans, se débarrasse de son cartable et fonce dans la cuisine à la recherche de quoi manger. Mais, il ne trouve rien à se mettre sous la dent. « Quand je travaillais à la ferme, il y avait toujours des œufs à la maison, mais les données ont changé », explique Martine Mbous, sa mère, couchée sur une natte à Emombo, un quartier populaire de Yaoundé. Depuis que l’exploitation avicole qui l’employait a fermé à cause de la cherté des intrants et des importations de poulets d’Europe, elle et ses quatre enfants peinent à s’en sortir financièrement.


D’après l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic), les importations de viande de poulet sont passées de 60 tonnes en 1994 à plus de 22 000 tonnes en 2003, occasionnant la perte de près de 110 000 emplois dans l’aviculture nationale.


De multiples sociétés d’État de production de riz ont par ailleurs fait faillite. Faute de subventions, la production locale apparaît faible, chère et peu compétitive face aux importations. Selon une enquête de l’Acdic, en dix ans, cette production a baissé de 6 %. Dans le même temps, les importations ont augmenté de 25 %. « Les importations de tomates, d’oignons, de blé, de maïs, d’huile et de sucre freinent aussi les productions locales », se plaint Jacob Kotcho, secrétaire permanent de cette association.


 


« Associer consommateurs et producteurs »


Cette montée des importations est préjudiciable non seulement aux producteurs et aux éleveurs, mais aussi aux consommateurs. L’Acdic soutient par exemple que le riz importé est généralement de moindre qualité que le riz local. Pire, relève une étude de l’association à propos de la filière avicole, « 83 % des découpes de volailles importées et commercialisées sur les marchés camerounais sont impropres à la consommation humaine« . Bernard Njonga, président de cette structure, fulmine : « Il y a des consommateurs qui ne mangent plus à leur goût !« 


Aussi ces derniers se sont-ils associés aux producteurs pour réclamer la subvention de l’agriculture. En juin dernier, au cours d’un dîner avec des députés, l’Acdic a initié dans ce sens une pétition destinée au gouvernement et à l’Assemblée nationale. Une technique de mobilisation populaire inédite au Cameroun. « Elle permet d’associer consommateurs et producteurs pour s’attaquer aux problèmes de famine », se félicite Bernard Njonga.


Une première pétition, de couleur blanche, destinée aux consommateurs des villes, porte le message suivant : « Campagne de souveraineté alimentaire : Aidons-les (les agriculteurs, Ndlr) à nous nourrir« . Une seconde, celle-là de couleur bleue, signée par les paysans, dit ceci : « Campagne de souveraineté alimentaire : Aidez-nous à vous nourrir ».


Entre 2004 et 2006, une campagne de l’Acdic contre les importations de volailles avait abouti à la relance de la filière locale. Résultat, la nouvelle campagne (« Produisons ce que nous mangeons, mangeons ce que nous produisons »), a tout de suite retenu l’attention des populations. Annie Bella, revendeuse de vivres au marché Emombo à Yaoundé, a tout de suite signé. « Si nous produisons davantage au village, chacun y trouvera son compte », lance-t-elle.


Entre autres éléments d’appui à cette campagne, l’Acdic a produit un album musical, un vidéo-clip, un film documentaire et un livre blanc. « En voiture, à vélo et parfois à pied « , les porteurs des pétitions ont sillonné les différents coins du pays. « Nous avons sensibilisé les populations en langues locales à travers les associations et les Eglises », témoigne Baba Djoumdaï, membre de l’association dans la région du Nord.


 


Plus de 700 000 signatures


D’après Bernard Njonga, les signatures continuent d’affluer par la poste. Elles proviennent des villes et villages du pays, mais aussi de France, de Belgique et d’Allemagne. À ce jour, elles seraient plus de 703 000 , dont celles de certains gouverneurs de provinces et de deux ministres. Toutes sont pour l’instant encore empilées dans des cartons au siège de l’Acdic.


Lydie Kemegne, une des animatrices de la campagne, nuance le succès de cette mobilisation, en précisant que les agents de l’État ont systématiquement refusé de signer, de peur de compromettre leur carrière.


Nullement découragée, l’Acdic entend bientôt mettre encore davantage de pression sur le gouvernement. Une fois encore en collaboration avec les producteurs et les consommateurs, l’association va entamer le 10 mars prochain une campagne d’explication portant sur la nécessité de subventionner l’agriculture camerounaise.


« Si on dit qu’à partir de 2007, on doit augmenter notre production de 30 000 tonnes de riz, il faudrait qu’on consente 1,8 milliard de Fcfa (environ 2,7 millions d’Euros) pour subventionner 25 000 producteurs qui feront ce travail », martèle Bernard Njonga.


François Xavier EYA

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