Centrafrique : Alliés hier, ennemis d’aujourd’hui

(Syfia Centrafrique) Les anciens combattants originaires du Tchad et du nord de la Centrafrique qui avaient aidé Bozizé à prendre le pouvoir à Bangui sont déterminés à le reprendre. Désormais alliés des groupes armés restés fidèles à l’ancien président Patassé, ils progressent vers le sud du pays.

« Depuis plus d’une semaine, nous sommes pris dans une tourmente. A Bangui, les populations qui gardent fraîchement à l’esprit les effets de multiples soubresauts politico-militaires craignent l’avancée de la rébellion », témoigne frileusement Paul Kossi, commerçant au KM5, quartier populeux de la capitale centrafricaine. Comme ce jeune de 25 ans, les habitants de Bangui sont sur le qui-vive et suivent avec inquiétude la progression de la rébellion. Le 10 novembre, celle-ci a conquis Ouadda Djallé, localité située à plus de 800  km de la capitale, à l’extrême nord-est de Centrafrique, après Birao le 30 octobre.


La coalition en marche vers Bangui regroupe, sous le nom d’Union des forces pour la démocratie et le rassemblement (UFDR), le Groupe d’action patriotique pour la libération de Centrafrique (GAPLC), le Front démocratique centrafricain (FDC), proches du président déchu Patassé et le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), constitués des anciens alliés de l’actuel chef d’État.


Cette alliance militaire « s’engage à mener une grande offensive contre le pouvoir anti-démocratique, qui s’oppose au dialogue« , a déclaré le capitaine Abakar Sabone, porte-parole de l’UFDR, le plus bouillant des ex-combattants lâchés par le président François Bozizé. La coalition envisage maintenant de prendre Bria, ville diamantifère, à 600 km au nord-est de Bangui. Pourtant, après la prise de Birao, les assaillants se disaient prêts à engager des discussions avec le pouvoir pour une résolution pacifique du conflit.


 


Ex-combattants mécontents


« C’est pour gagner la paix qu’on mène la guerre », justifie le capitaine Sabone, dans une interview accordée au Confident, un quotidien de la place. Il justifie son action par le non-respect des accords conclus dans le maquis avec le général Bozizé avant sa prise du pouvoir, en 2003. Ceux-ci prévoyaient une transition politique avec un Premier ministre musulman, le partage du pouvoir et surtout, l’indemnisation des ex-combattants. « Notre allié d’hier, le général François Bozizé n’a pas respecté le pacte qui nous liait », dénonce-t-il. Il accuse par ailleurs l’actuel président d’avoir à maintes reprises tenté d’attenter à sa vie.


Lors de son retranchement, en 2001, vers le sud du Tchad, le général Bozizé, alors chef d’État-major des armées, avait ramassé mercenaires et désœuvrés, en quête d’aventure, pour gonfler les rangs des jeunes soldats centrafricains qui l’avaient suivi. Dès avril 2003, un mois seulement après la chute de Patassé, ces combattants ont commencé à douter de la promesse qu’il leur avait faite de les intégrer dans l’armée centrafricaine. En effet, le peuple exaspéré exigeait avant tout que les rebelles soient désarmés et les Tchadiens, devenus très encombrants, chassés de la capitale.


Craignant de voir la Centrafrique basculer à nouveau dans la violence, les chefs d’État de la sous-région ont accordé des prêts au nouveau maître de Bangui, dont 1,5 milliard destiné à récompenser les ex-combattants. Une mission créée en octobre 2003 devait sillonner l’arrière-pays pour recenser les ex-rebelles. Mais ces indemnisations, à en croire Sabone, n’ont jamais été totalement versées à ceux-ci. Mécontents, les ex-rebelles qui avaient été ramenés vers le Tchad et le nord du pays, désormais plus habiles à manipuler des armes qu’une houe ou une machette, s’étaient reconvertis en coupeurs de routes et voleurs de bétail semant la panique dans la région.


 


Beaucoup d’ennemis


Le président qui a longtemps parlé de bandits avait cependant dû se rendre à l’évidence en mars dernier et reconnaître l’existence d’une rébellion en formation au Nord. « Grâce à l’argent volé au pays, ceux-ci ont mis sur pied un camp d’entraînement au Nord-est, à la frontière centrafricano-soudanaise (…), qui a pour vocation de former des rebelles pour déstabiliser le pays », a-t-il affirmé alors. Pour lui, la rébellion serait soutenue par le Soudan voisin, par l’ancien président Ange-Félix Patassé, exilé au Togo, et son fidèle lieutenant, le général Martin Koumta-Madji, qui se fait désormais appeler général Brahim Mustapha. Ce dernier, tout comme les ex-rebelles renvoyés à N’Djamena, continue de revendiquer la nationalité centrafricaine.


Cette rébellion n’est pas la seule à causer du souci au régime de Bangui qui est aussi confronté aux assauts de l’Union des forces républicaines (UFR) du lieutenant Florian Ndjadder-Bedaya, fils d’un ancien général de Patassé, et de l’Armée pour la restauration de la démocratie (APRD) de Jean-Jacques Larmassoum, soldat de 2e classe, condamné en août dernier à perpétuité.


Et le président tchadien Idriss Déby, qui avait aidé Bozizé à prendre le pouvoir, ne peut aujourd’hui lui venir en aide. Il est lui-même confronté à une rébellion qui menace N’Djamena.


 


Gabriel Ngoulaka


 


 


 

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