Cameroun : Les profiteurs parasitent la lutte contre le sida

(Jade Cameroun /Syfia) Au Cameroun, des responsables régionaux de la lutte contre le sida ont multiplié, avec la complicité de certaines ONG, la création de comités locaux fictifs. Un détournement de fonds qui a abouti à l’arrêt des financements par les bailleurs de ces structures pourtant très utiles quand elles fonctionnent.

« Comité local de lutte contre le sida de Bessengue Akwa bloc II et III ». À quelques mètres du pont sur la rivière Mboppi, la rouille commence à ronger son nom sur la plaque. Au quartier Bessengue, à Douala (Cameroun), rares sont ceux qui en ont entendu parler. « Des inconnus venaient les mercredis et samedis nous parler du sida », se souvient un jeune avant d’ajouter : « Ils nous ont promis des tee-shirts pour faire un défilé, mais depuis, on ne les a plus revus. » L’unique action de ce comité remonterait à deux ans. Depuis, il a pourtant continué à bénéficier de financements du Comité national de lutte contre le sida (CNLS).


Bitté Simon, coordonnateur de la lutte à Douala 1er, confirme : « A ma prise de service, il y a deux ans, mon cahier des charges indiquait que la commune comptait 85 comités locaux à avoir reçu des financements. Après enquête, je me suis rendu compte qu’en réalité, seule une trentaine existait. » « Dans les quartiers où les comités locaux de lutte contre le sida sont actifs, se félicite-t-il, 99 % des personnes rencontrées sont désormais convaincues que le sida existe. »


 


Une manne pour les associations


Les comités locaux de lutte contre le sida ont fait leur apparition au Cameroun au début de la décennie. Leur approche consiste à impliquer les populations des quartiers dans la lutte contre le sida, afin qu’elles puissent mener des actions de sensibilisation et accueillir les séropositifs membres de leur communauté. « Avant 2002, la région du Littoral comptait environ 15 Ong de lutte contre le sida. Quand le financement a été annoncé, on en a eu plus de cinquante », explique cette activiste sous couvert de l’anonymat. Celle-ci pointe un doigt accusateur sur certains cadres du ministère de la Santé et du Comité national, qui ont suscité la création de nouvelles Ong dans leur propre intérêt.


Après une série de formations, les Ong retenues étaient chargées d’identifier les localités de plus de 500 personnes, de prendre contact avec leurs chefs et d’organiser une grande causerie dite éducative avec les populations. « À cette occasion, l’Ong proposait la création d’un comité local pour prendre la relève et lui indiquait les conditions à remplir pour bénéficier des financements du Comité national », explique Chantal Bellet-Edimo, coordinatrice du centre de prise en charge global de la SWAA Cameroun, une Ong spécialisée « femmes et sida ».


Une fois les conditions remplies, le comité local recevait entre 500 00 à 750 000 Fcfa (750 à1 150 Euros) chaque semestre. Pour chaque comité installé, l’Ong recevait, elle, entre 100 000 et 300 000 Fcfa (150 à 450Euros). Les Ong se faisaient ensuite payer par les comités locaux pour former leurs pairs éducateurs. « À partir de cette manne tombée du ciel, les autorités chargées de la gestion des fonds, avec la complicité de certaines Ong, ont multiplié les comités locaux de lutte fictifs empochant ainsi chaque année les fonds qui leur étaient destinés », dénonce encore une activiste.


 


Les comités locaux pénalisés


Les comités créés sans complicité avec la hiérarchie de la lutte contre le sida et qui fonctionnaient sans s’adonner à la corruption ont eu la tâche bien plus compliquée… « Notre comité a trimé pendant quatorze mois sans jamais recevoir le deuxième financement qui lui était destiné, alors que des comités fictifs recevaient tous les financements en six mois« , se plaint Cyrille Esso, président du comité local de lutte de Bonantoné à Douala.


Difficile d’obtenir des statistiques sur le nombre exact de comités locaux qui ont régulièrement bénéficié de financements au Cameroun. L’an dernier, une enquête interne au CNLS, dont les conclusions restent sécrètes, a cependant confirmé l’existence de comités de lutte fictifs. Plusieurs cadres en charge de la coordination de la lutte dans les provinces ont été arrêtés et écroués. Dans celle du Littoral, qui serait la plus touchée par le scandale, les principaux responsables ont déjà passé plus d’un an de détention.


En décembre 2005, une mission de la Banque mondiale avait déjà abouti à la suspension des financements des comités locaux de lutte au profit des comités de santé. Approchée, la représentation locale de la Banque, dont le responsable en charge du sida était absent, nous a orientés vers le Comité national de lutte contre le sida, qui s’est refusé à tout commentaire.


 


Charles Nforgang

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