Cameroun : La réduction de la dette payée au prix fort

(Jade Cameroun/Syfia) Le Cameroun, qui a atteint le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, va pouvoir enfin bénéficier d’une importante réduction de sa dette extérieure. Au grand soulagement de la population qui a durement ressenti les exigences du FMI et de la Banque mondiale.

C’est en vainqueur que le président du Cameroun Paul Biya s’est adressé à la nation le soir du 12 mai dernier, pour annoncer que le pays avait atteint « le point d’achèvement » de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, dite Initiative PPTE (voir encadré). Cette décision prise fin avril par les instances de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) ouvre la voie à une importante réduction de la dette extérieure du Cameroun.


« Nous devons tous nous réjouir de cette décision dont les effets seront éminemment profitables à notre économie, et par voie de conséquence, à la réalisation de nos grands projets d’avenir« , a lancé un Paul Biya triomphant. Au cours des huit prochaines années, le pays va bénéficier d’une réduction de dette de près de 1 400 milliards de Fcfa (environ 2 milliards d’Euros) soit presque 27 % de sa dette extérieure.


Les fonds ainsi dégagés devront servir à financer des projets dans les secteurs prioritaires tels que les travaux publics, l’éducation, la santé et le développement rural. Des projets d’un montant total de plus de 500 milliards de Fcfa (762 millions d’Euros) sont déjà validés.


 


Sacrifices des Camerounais


Pour atteindre ce fameux point d’achèvement attendu depuis deux ans, le gouvernement a dû se plier aux exigences du FMI : augmentation des recettes fiscales, compression des dépenses, création d’une chambre des comptes et d’un conseil constitutionnel, lutte contre la corruption, et bien d’autres réformes institutionnelles.


Autant de réformes engagées à marche forcée depuis 2005, qui ont lourdement pesé sur le quotidien de la population. Pour accroître les recettes non pétrolières qui avaient chuté de 1 % en 2004, au lieu d’augmenter comme prévu, la loi de finances 2005 augmente la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée) de 0,5 point, supprime les exonérations de TVA sur certains produits, accroît la taxation de quelques produits de grande consommation, augmente les droits de timbre et la vignette automobile, etc. Celle de 2006 introduit une surtaxe sur les boissons gazeuses et la TVA sur les intrants agricoles.


André Siaka, président du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) dit s’être montré profondément déçu « de ne point y trouver de mesures de relance ni même de soutien de l’activité » dans ces lois renforçant la pression fiscale. À Douala, Yaoundé et d’autres villes du pays, de nombreux commerces à qui le fisc demande plus qu’ils ne sont en mesure de payer, ferment boutique. « J’ai dû fermer ma quincaillerie, car je ne pouvais pas payer les 500 000 Fcfa (plus de 760 Euros) de Tva par an qu’on m’a imposés« , témoigne un vendeur ambulant installé dans un coin de rue à Douala.


S’ajoutent à ces mesures drastiques, l’envolée des prix des produits pétroliers. Bien que le Cameroun produise du pétrole, la facture n’a cessé de s’alourdir, le FMI ayant demandé que les prix à la pompe suivent les fluctuations des cours, et que la société de raffinage ne soit pas subventionnée. Par rapport à 2003, le consommateur moyen a ainsi connu une hausse de 27 % du prix de l’essence Super et de 60 % du pétrole lampant, principale source d’éclairage dans les villages.


 


Une reprise économique attendue


Ces hausses des produits pétroliers et des taxes se sont répercutées sur le pouvoir d’achat des populations : en moins de 3 ans, par exemple, le prix du sel a été multiplié par deux. « Avec 2 000 Fcfa (3 Euros), je préparais un repas. Aujourd’hui, j’arrive à peine à le faire avec 3 500 Fcfa (environ 5 Euros). C’est très difficile », se désole Mme Aggée Nkwidja, à Douala. « L’inflation s’est accélérée en 2005, avec une augmentation de l’indice national des prix à la consommation finale des ménages de 2 % en 2005 par rapport à 2004« , confirme une note de conjoncture de la Banque centrale.


Côté dépenses de l’État, « l’année dernière, rien que le paiement des salaires plus l’amortissement de la dette intérieure et extérieure représentaient les 2/3 du budget actuel, c’est beaucoup !« , s’alarme l’économiste et universitaire Isaac Tamba, auteur d’un livre sur l’initiative PPTE. Pour le tiers restant, l’État a dû opérer des choix. Malheureusement, « très souvent l’investissement public ne constitue pas une priorité« .


À Douala, la capitale économique qui fournit 80 % des revenus du pays, des chantiers de réhabilitation des routes en piteux état sont abandonnés faute de financements. Dans les centres de santé publics, les malades payent désormais plus cher depuis la réduction de 25 % des allocations de l’État.


Atteindre le point d’achèvement était donc attendu avec impatience par les Camerounais. En outre, l’assainissement de l’environnement économique devrait bientôt porter ses fruits. La Banque centrale prévoit que la croissance, qui s’était effondrée à 2,4 % l’année dernière, devrait remonter à 4 % cette année.


 


Étienne Tassé


 


IPPTE : un programme de réduction de la dette sous conditions


L’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Initiative PPTE) est un programme économique lancé en 1996 par la Banque mondiale et le FMI en vue de réduire la dette extérieure des pays les plus pauvres. Les créances auxquelles les bailleurs renoncent doivent servir à financer des projets ayant un impact direct sur la réduction de la pauvreté (infrastructures, santé, éducation, monde rural, etc.).


Pour en bénéficier, les pays dont la dette est jugée excessive doivent s’engager à mettre en oeuvre une série de réformes destinées à faire baisser le niveau de pauvreté. Dès qu’un accord matérialisant cet engagement est conclu avec les deux institutions, on dit que le pays a atteint le « point de décision ». Et la remise de la dette commence. Le Cameroun a atteint ce point en 2000.


Quand les deux institutions financières estiment qu’un pays qui est à ce stade a réalisé l’essentiel des réformes, elles décident alors que le pays concerné a atteint le « point d’achèvement ». La remise de la dette devient alors plus importante. Le Cameroun est le 19e pays africain à atteindre le point d’achèvement, après le Burkina Faso, le Bénin, le Sénégal, Madagascar, le Mali, le Niger, le Rwanda, la Mauritanie, etc.


E.T.


 


 

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