Afrique : Les Chinois misent sur le téléphone bon marché

(Jade Cameroun/Syfia) Au Cameroun, le nouveau système de téléphonie mobile bon marché installé par le géant chinois des télécommunications en partenariat avec la société nationale fait un tabac. Comme dans les nombreux autres pays d’Afrique où cette société se positionne actuellement.

Les pauvres en rêvaient, les Chinois l’ont fait ! Un nouveau système de téléphonie développé par des entreprises chinoises a considérablement diminué les frais de communication sur le téléphone portable en Afrique. Au Cameroun, grâce au partenariat signé avec la multinationale chinoise Huawei, la société d’État des télécommunications en voie de privatisation, Camtel, a lancé en décembre 2005 un nouveau produit, le CT-Phone.


La technologie utilisée ici est le CDMA (Code division multiple access), basée sur l’exploitation des équipements du téléphone fixe. Leur numérisation permet la mise en œuvre de la technologie sans-fil. Le poste (fixe ou portable) permet d’émettre et de recevoir des appels dans un rayon de près de 50 km autour du central.


Selon Benoît Essomba, ingénieur des télécoms, une technologie de troisième génération (3G), permettant de connecter les abonnés sans utiliser le fil, serait ainsi à l’oeuvre. « Elle offre de nombreux services comme les échanges de son, de texte, d’image dynamique, l’accès Internet, etc. Mais dans la mise en œuvre du CT-Phone, Huawei a activé une seule fonction, le son, plus usité par les Camerounais pour leurs appels et réceptions ».


 


Succès commercial


Ce nouveau système de téléphonie mobile fait en tout cas un tabac au Cameroun. Cent quarante mille abonnés en seulement quatre mois d’existence, contre un million pour Orange, filiale de France Télécoms. La prouesse du CT-Phone n’aurait jamais été possible avec le réseau téléphonique par câble dont l’installation est lente et chère. Selon David Nkoto Emane, directeur général de Camtel, il aurait fallu 10 ans pour connecter autant d’abonnés.


La nouvelle offre de Camtel est bon marché par rapport à Orange ou au Sud africain MTN (Mobile Telephone Network) qui se partagent actuellement le marché des mobiles au Cameroun. CT-phone facture une minute de communication nationale entre 50 Fcfa (0,08 Euros) vers les autres CT-Phone et vers le fixe, et 120 Fcfa (0,18 Euros) vers les autres mobiles, contre 200 Fcfa (0,30 Euros) chez les autres opérateurs. Conséquence, les 10 000 lignes expérimentales de départ ont été épuisées en deux mois. Et l’entreprise entend atteindre le cap des 160 000 abonnés au 30 mai 2006. 


Préoccupés par cette percée, les autres opérateurs se sont plaints de « concurrence déloyale » auprès de l’Agence de régulation des télécommunications (ART). « Le CT-Phone exploite des équipements de Camtel presque déjà amortis. Les autres investissent encore et doivent prendre du temps pour amortir les leurs « , explique Mme Ada Mvé, chef d’antenne de l’ART à Douala. Camtel rétorque qu’elle ne vend pas le même produit qu’Orange et MTN, puisque sa technologie, le CDMA, est différente du GSM (Global system for mobile communications), utilisé par les autres. « C’est le fixe auquel on a ajouté une certaine mobilité », soutient David Nkoto Emane. L’ART n’a pas encore tranché. L’opérateur public n’entend donc pas hausser ses prix pour le moment.


 


Moindre qualité des appareils


L’implication des Chinois dans le marché de la téléphonie au Cameroun s’intègre dans un vaste déploiement en Afrique. Deux sociétés de télécommunications chinoises, Huawei Technologies et Zhongxing (ZTE), soutenues par leur gouvernement, sont présentes depuis 1999 en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. En coopération avec la Compagnie de téléphone d’Égypte, Huawei a par exemple transféré dans ce pays la technologie du CDMA et fabrique sur place des appareils de téléphonie pour le marché local et sous-régional (Algérie, Tunisie, Maroc, etc.).


Avec une implantation au Nigeria et une base à Maurice, Huawei entend également fournir des équipements téléphoniques à toute l’Afrique noire. De même, ZTE a signé un partenariat avec la Tunisie, l’Algérie, la Guinée, le Kenya, la Zambie, etc. C’est ainsi que la Société des télécommunications du Mali a lancé, fin 2005, le CDMA grâce aux installations implantées dans le cadre d’un partenariat la liant à ZTE.


Malgré ce succès commercial, la fiabilité technique des produits chinois laisse à désirer. De nombreux Camerounais se plaignent ainsi de la fragilité des postes téléphoniques du CT-Phone. « Je n’arrive plus à appeler ni à recevoir, après trois mois d’utilisation seulement. J’ai voulu charger la puce dans un autre téléphone et on m’a dit que ce n’était pas possible », se plaint Gustave, un utilisateur.


« Après un choc, le tableau est devenu tout noir. Ce qui nous ennuie avec ces appareils, c’est qu’il n’y a ni garantie, ni service après-vente », renchérit un autre client. Ingénieur camerounais vivant au Canada, Badoana y voit « une technologie simplifiée, mais de moindre qualité. C’est bon pour les pays pauvres ! ». Sans doute une partie du secret de la percée chinoise en Afrique…


 


Alexandre T. Djimeli


 


 


 


 

One Reply to “Afrique : Les Chinois misent sur le téléphone bon marché”

  1. Pourriez-vous me fournir desPourriez-vous me fournir des informations claires pour un éventuel partenariat avec CAMTEL et son nouveau produit CT-PHONE?

    Puis-je savoir quels sont les atouts et les limites du CT-PHONE ?

    J'aime

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