Tchad : N’Djaména se prépare à la guerre

(Syfia Tchad)Les habitants de N’Djamena, qui s’étaient réjouis jeudi dernier de l’arrivée des rebelles en ville, se préparent à la guerre. Plusieurs groupes armés semblent bien déterminés à chasser du pouvoir le président Idriss Déby, ce que souhaite aussi une grande partie de la population.

À N’Djaména, la capitale tchadienne, la population reste sur le qui-vive depuis l’entrée en ville, le 13 avril, des rebelles du Front uni pour le changement démocratique (FUC), contraints à battre en retraite quelques heures plus tard à la suite de violents combats contre les forces loyalistes qui ont fait plusieurs centaines de blessés et de morts. Les habitants se préparent à la guerre : ils font des stocks de nourriture et vont retirer de l’argent dans les banques. « Le problème, c’est que le président reste dans une logique d’arrogance en refusant de reconnaître cette rébellion, en refusant le dialogue. Il rend la violence inévitable, explique J. B., une habitante. J’ai fait des provisions de guerre. De la viande séchée, de la farine de mil, des légumes. Mais si le pouvoir pouvait changer sans faire de morts, ce serait mieux.« 


Les rebelles du FUC ont promis de revenir, d’autres groupes armés aussi. Depuis lors chacun se prépare pour tenir un siège ou traverser rapidement la frontière. « J’ai raclé mes derniers fonds et emballé mes diplômes. Je suis prêt pour traverser en cas de pépins« , témoigne l’un. « J’ai pris des contacts à Maroua pour qu’on héberge les gosses. Nous avons aussi fait une petite réserve de vivres et d’eau à la maison. Comme tout le monde en ville« , raconte I. D. qui préférerait cependant un mouvement citoyen à la guerre.


 


« Il faut la guerre pour nous libérer »


« Nous sommes pour la guerre. Nous avions applaudi les militaires le jeudi pensant que c’était les rebelles. Mais il faut la guerre pour nous libérer« , estime J. B., résumant une opinion largement partagée par la population. Jeudi 13 avril, dès l’annonce de l’approche des rebelles de la capitale, à 7 h 30 du matin, la foule a envahi le boulevard Taïwan par où ils devaient arriver. « Ils sont entrés ! Les rebelles sont entrés ! Oyé !« , criaient les gens massés sur le boulevard à la vue d’une file de véhicules parés de fanions rouges avant de se rendre compte, très déçus, que c’étaient des soldats de l’armée partant soutenir leurs collègues. Jusque-là les conversations allaient bon train : « C’est bien fait pour sa gueule puisqu’il ne veut pas entendre raison !« , lançait l’un, en parlant du président Deby. « Tu crois que ceux qui arrivent seront mieux ? Ce sont les mêmes ! « , rétorquait un autre. « En tout cas, un autre vaut toujours mieux que les Zaghawa (ethnie du président Déby, Ndlr) ! Seize ans et ce n’est pas prêt de finir, c’est trop ! « , hurlait le premier revenant à la charge.


Les rebelles du FUC sont repartis mais l’espoir d’un changement demeure, la crainte de la guerre aussi. Depuis juin 2005, militaires et officiers supérieurs sont nombreux à déserter l’armée nationale au profit des mouvements armés anciens ou récemment créés. Ils reprochent au président Déby la mauvaise gestion des revenus pétroliers et des affaires publiques, le refus de l’alternance démocratique, la modification de la Constitution pour se maintenir au pouvoir à vie. D’autres défections dans les rangs de l’armée ont d’ailleurs été annoncées ces derniers jours.


Tous ces groupes ont pour objectif premier de renverser le président Idriss Déby au pouvoir depuis 1990. Et qui compte bien y rester puisqu’il est candidat à l’élection présidentielle prévue pour le 3 mai prochain, malgré le boycott des principaux partis de l’opposition. Soutenus par la société civile, ceux-ci continuent de prôner l’ouverture d’un dialogue politique pour revoir les conditions d’organisation des élections.


Le FUC qui a traversé le Tchad et est entré à N’Djamena jeudi dernier est composé d’anciens éléments de l’armée nationale tchadienne et de jeunes ouvriers originaires de l’est du pays qui avaient émigré au Soudan à la recherche d’un emploi. Ils sont équipés de Toyota surmontées de canons et de fusils chinois achetés, selon leur chef, le capitaine Mahamat Nour Abdelkderim, grâce aux revenus de ses affaires personnelles. Avec l’argent du Soudan qui soutiendrait la rébellion, selon le président Déby. Le mouvement créé début janvier 2006 réunit plusieurs mouvements armés. Sa principale composante est le Rassemblement pour la démocratie et la liberté (RDL).


 


Une multitude de groupes armés


D’autres mouvements assurent vouloir eux aussi prendre N’Djamena. Plusieurs sont dirigés par d’anciens proches du président ou des officiers de l’armée. C’est le cas de Timan Erdimi, son propre neveu et ancien patron de Coton-Tchad, leader du Rassemblement des forces démocratique (RAFD), un regroupement de mouvements d’anciens proches du chef de l’Etat. Le lendemain des affrontements de N’Djaména, il a appelé les autres mouvements rebelles à une « convergence d’action ».


Dans l’Est, on trouve aussi le Rassemblement pour le progrès et la justice (RPJ) de Abakar Tollimi, ancien directeur de l’École nationale d’administration et de magistrature. Au Nord, c’est le Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad (MDJT) qui fait parler de lui et a annoncé dimanche 16 avril, la prise de la garnison de Bardaï, en plein cœur du Sahara. Enfin au sud, on trouve, le MPRD (Mouvement populaire pour le redressement et la démocratie) du colonel Djibrine Dassert, compagnon de maquis du président Déby et le TRN (Telssi – notre retour en sara – renaissance nationale) du colonel Mbailemal Michel, ancien maquisard des années 1990 qui s’est signalé par quelques accrochages avec les forces de l’ordre dans la région pétrolière de Doba.


 


Mamadou Bineta


 


 


 

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