Niger : La filière volaille sous le choc

(Syfia Niger) Interdiction d’importer, de transporter la volaille et ses sous-produits, promesses de compensations financières jugées insuffisantes. Depuis son apparition au sud du Niger, la grippe du poulet ruine toute la filière avicole.

Cages de volailles désespérément vides, casiers d’œufs affreusement invisibles. Même les infatigables vendeurs de poulets à la sauvette, qui, hier encore, « agressaient » les clients aux alentours des marchés, ont pratiquement disparu de la circulation. « C’est terrible. Ceux qui nous empêchent de vendre du poulet savent-ils que ce commerce fait vivre des milliers de familles, mieux que nos aléatoires campagnes agricoles ? », grommelle Kabakoye, vendeur de volailles contraint au chômage technique sur le marché Wadata, à Niamey.
Le 27 février dernier, quatre cas de contamination par le virus H5N1 étaient confirmés sur des canards d’élevage au sud du Niger. A la mi-mars, la grippe aviaire ne touche que le département de Magaria (région de Zinder, limitrophe du Nigeria). Depuis fin février, des mesures draconiennes ont toutefois été prises par les autorités nigériennes : interdiction d’importer, de transporter la volaille et ses sous-produits. Les paysans qui veulent écouler leurs bêtes sur les marchés urbains malgré l’interdiction, se voient systématiquement arracher leurs animaux, détruits ensuite aux postes de contrôle sanitaire et aux barrières de police.
En l’absence de statistiques fiables, on estime le cheptel avicole national entre 25 et 40 millions d’oiseaux, élevés en toute liberté, dans les concessions, autour des cases, sans alimentation ni soins particuliers. Une « caisse d’épargne sur pattes » et à portée de main, en quelque sorte, dans laquelle le paysan prélève à l’occasion un ou deux oiseaux qu’il vend pour acheter des produits de première nécessité, emmener un enfant malade au centre de santé ou plus prosaïquement pour payer ses impôts.
 
L’aviculture moderne plumée
Dans les villes, où tentait de se construire une aviculture plus moderne, la situation est tout aussi dramatique. Oumarou Djibo, 38 ans, écume de rage : « C’est la catastrophe, mes ventes ont chuté de plus de 60 % ! » Voilà plus de 7 ans que ce jeune diplômé tenace avait concrétisé, contre vents et marées, sa passion des gallinacés en un élevage rentable, dans les environs de la capitale : 4 500 pondeuses, 3 000 œufs par jour, un chiffre d’affaires mensuel de plus de 2 millions Fcfa (environ 3 050 euros). Tout ça, c’était avant l’arrivée de la grippe aviaire. Désormais totalement déprimé par la mévente de ses poules et de ses œufs, l’éleveur s’interroge : « Que se passera-t-il si ces mesures perdurent ? Que faire alors que <?xml:namespace prefix = st1 ns = « urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags » />la France, pays d’où j’importe mes poussins d’un jour, est elle aussi contaminée ? ».
Comme la plupart de ses collègues réunis au sein du Gap (Groupement des aviculteurs privés du Niger), Oumarou est endetté jusqu’au cou. Très difficilement, il avait réussi à convaincre sa banque de lui accorder un prêt d’une quarantaine de millions de Fcfa (près de 61 000 €) pour étendre son élevage et cultiver les céréales afin d’alimenter son cheptel. Il ne peut plus aujourd’hui rembourser son emprunt : « Je suis parti leur dire que je ne peux pas honorer mon engagement. », soupire-t-il, amer.
 
Toute la filière touchée
Sa situation est cependant presque plus enviable que celle des petits hôteliers, restaurateurs, et autres vendeurs de poulets grillés. « J’écoulais entre 100 et 200 poulets par jour, et même plus les week-ends et les fins de mois », affirme ce grilleur de « poulets bicyclette », place Toumo, à Niamey. Devant ses foyers qui ne fument plus, le vendeur accuse une perte sèche journalière de 200 à 300 000 Fcfa (305 à 458 €s) dont il faut déduire le prix d’achat des poulets qu’il prend à crédit auprès de ses fournisseurs.
Les conséquences de la grippe aviaire se font sentir jusque chez les vendeurs de charbon. « Avant, j’écoulais en moyenne une trentaine de sacs par jour, explique ce commerçant, au petit marché de Niamey. Aujourd’hui, c’est à peine si l’on m’enlève un sac. » Constitué de grilleurs de volaille, le gros de sa clientèle a drastiquement rétréci. Aujourd’hui ne se pressent devant son point de vente que du menu fretin : blanchisseurs, amateurs de thé.
Les mesures de compensation financière, en cas d’abattages massifs, ne semblent pas être suffisantes pour inciter les paysans et encore moins les aviculteurs modernes à se débarrasser de leur chère volaille. « Le gouvernement promet de nous dédommager 1 000 Fcfa (1,5 €) par poulet abattu. Encore faut-il qu’il ait les moyens de le faire. Chacun de mes poulets vaut 3 000 Fcfa », dit ce paysan propriétaire de plusieurs dizaines de poules de souche locale.
« 1 000 Fcfa ? Même pas le prix du poussin d’un jour que j’importe de la France ! Et puis, comment comptent-ils nous indemniser alors qu’ils ne connaissent pas la taille de notre élevage ? », renchérit Oumarou Djibo. Propriétaire de la plus grande ferme avicole de Maradi, avec une production de plus de 20 000 œufs par jour, Harouna Labo ajoute : « J’ai importé près de 10 000 poussins d’Egypte. Avec le déclenchement de la grippe aviaire au Nigeria et dans ce pays, cette commande se trouve bloquée là-bas. Lequel de ces deux pays va me dédommager ? ». Aux antipodes des angoisses existentielles des différents acteurs de la filière volaille, les vendeurs de viande et de poisson, dont les prix connaissent déjà une hausse sensible de l’ordre de 10 à 20 %, se frottent les mains.
 
Ibbo Daddy Abdoulaye
 

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