Centrafrique : Les taxis-motos sortent de l’informel

Sous l’impulsion de la mairie de Bangui, une société de transport urbain par taxi-moto dessert les banlieues de la ville. Une initiative inédite en Afrique où l’exploitation de ce mode de transport est une activité largement informelle.


Des motos flambant neuves conduites par des jeunes gens en tenue kaki : à Bangui, les taxis-motos ne roulent visiblement pas dans l’informel. Depuis octobre dernier, la société Cogica (Commerce général et international en Centrafrique) exploite une flotte de taxis-motos dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour de la capitale centrafricaine. Ce mode de transport était interdit à Bangui jusqu’à ce que le maire, Jean-Barkesse Gombekétté, décide en août 2005 d’autoriser leur circulation pour desservir les banlieues. Les voitures et les bus ne circulent pas sur les pistes de la périphérie, étroites et en mauvais état.

Sautant sur l’occasion, Cogica a aussitôt importé d’Arabie Saoudite des engins bon marché. « Dans cette phase test, nous avons déjà près de 40 motos et nous sommes en train d’en commander d’autres afin de couvrir toutes les périphéries de Bangui », se réjouit Moussa Abraham, un des responsables de la société, plongé dans une pile de dossiers du personnel. L’entreprise soucieuse de bien faire les choses a recruté et formé des conducteurs. Ceux-ci ne peuvent transporter des passagers que s’ils ont le permis moto. Ils bénéficient d’un vrai contrat qui fixe salaire et conditions de travail. Le règlement intérieur de la société a d’ailleurs été avalisé par l’Inspection du travail. Cogica, propriétaire des véhicules, les assure contre le risque d’accident de même que leurs passagers.

De telles garanties pour les conducteurs comme pour les personnes transportées tranchent avec la situation de la plupart des taxis-motos qui roulent dans les villes africaines où cette activité reste largement informelle. Au Cameroun, par exemple, des engins brinquebalants se faufilent dans la circulation sans permis ni assurance. Ils travaillent pour eux-mêmes ou pour des particuliers mais sans contrat de travail ni réel salaire. Leur rémunération se résume à leur recette amputée du montant forfaitaire qu’ils doivent verser chaque jour au propriétaire de l’engin. Ce dernier est seulement tenu de payer une taxe municipale par engin.

 

Coup double

À Bangui, la commune encaisse plutôt des taxes de stationnement. Une initiative apparemment « prometteuse » et rentable à en croire Mme Chantal Moehama, chargée de communication de la mairie, « puisqu’elle permet à la municipalité d’accroître ses recettes ». « Le maire, poursuit-elle, voudrait bien que d’autres hommes d’affaires emboîtent le pas à Cogica et investissent dans cette activité ». La municipalité a fait d’une pierre deux coups : elle dispose d‘une source supplémentaire de recettes tout en désenclavant les quartiers périphériques à moindre coût.

L’idée d’introduire les taxis motos dans le transport urbain des passagers résulte de la flambée des tarifs des taxis et des bus, elle-même conséquence de la hausse des prix du carburant. Pour parvenir à leurs fins, les autorités de Bangui avaient appelé dans les médias le secteur privé à investir dans ce mode de transport bon marché. Pari apparemment réussi puisqu’une course de deux kilomètres coûte 100 Fcfa (0,15 Euros) en taxi-moto contre 150 Fcfa (0,23 Euros) en taxi classique.

Plus rapides et moins chers que la voiture à Bangui, les deux-roues font aussi recette dans le transport des personnes à… Paris. A cette nuance près que dans les embarras de la capitale française, il s’agit de motos-taxis haut de gamme destinées à une clientèle chic et pressée pour qui le temps c’est de l’argent.

 

Jules Yanganda

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