Quebec : Les couples mixtes à l’épreuve du quotidien

Les couples mixtes sont de plus en plus courants au Québec. Unis par l’amour, Africains et Québécois des deux sexes sont toutefois ébranlés au quotidien par un choc des valeurs à la mesure de l’océan culturel qui les sépare.


Julie et Chouaibou forment depuis 4 ans ce qu’on appelle pudiquement un couple mixte, elle québécoise  »pure laine », lui malien d’origine. Malgré leur amour évident l’un pour l’autre, leur vie conjugale est loin d’être un long fleuve tranquille.  »C’est quelquefois difficile car chacun croit que sa culture est la meilleure », reconnaît Chouaibou tandis que sa compagne opine pensivement de la tête. Il faut trouver un terrain d’entente… »

Le choix du prénom d’Aicha, leur adorable petite fille de deux ans, a ainsi donné lieu à une querelle que chacun se rappelle avec dépit. C’est qu’au Québec, les parents choisissent d’un commun accord le nom de l’enfant alors qu’au Mali la tradition veut que ce soit le père qui décide. « Pour Chouaibou, un prénom n’est pas quelque chose qu’on choisit dans un livre, c’est d’abord un symbole, raconte Julie, qui a finalement accepté que sa fille soit nommée selon la tradition malienne. Quand l’autre s’explique, on comprend mieux. C’est ça qui m’a fait reculer ! »

Le couple dans la jeune trentaine partage un logement du quartier Duberger à Québec, truffé de pavillons de banlieue où on est peu habitué à voir des Africains et des Québécois aller main dans la main.  »Les gens ne sont pas racistes mais ils vont parfois blaguer, nous questionner ou nous mettre en garde même si leur propre couple est à la dérive, note Julie, dont la famille – comme celle de Chouiabou – est toutefois enchantée de leur union. Ils ne sont pas les seuls à faire preuve d’ouverture d’esprit. Plus de 80 % des Canadiens disent que cela ne les gênerait pas de voir l’un de leurs enfants s’engager dans une union mixte. Depuis une dizaine d’années, le nombre de couples mixtes a ainsi augmenté de 35 % au pays.

 

« Un problème de connexion »

Cette tendance ne console guère Christine, une Québécoise de 26 ans qui a dû faire face à une réaction plutôt mitigée de ses parents à l’annonce de sa relation avec un Africain.  »Ça m’a pris deux mois avant de le leur révéler, dit-elle. Leur réaction a été de me dire que ce ne serait pas facile, non seulement parce que mon conjoint était un immigré mais parce qu’il appartenait à une minorité visible. Ma mère m’a même dit que ce n’est pas le choix qu’elle aurait fait. » Malgré ce début difficile, elle vit depuis 4 ans avec Saïdou, d’origine guinéenne. Une union consolidée par sa rencontre avec le père de son copain, venu visiter son fils au Québec.  »Ce n’est pas facile d’aimer une personne qui a vécu des expériences culturelles très différentes des siennes, soupire Christine. Il y a un problème de connexion entre ce que je connais et ce qu’il me raconte. Mais le fait de rencontrer son père m’a permis de mieux comprendre certains comportements et façons de penser de Saïdou. Les frictions ont diminué. »

Pour Bernisse, étudiante à l’Université Laval, la vie de couple nécessite aussi de trouver des terrains d’entente, mais elle ne s’en plaint pas. La Tchadienne a porté son dévolu sur un Amérindien, après avoir divorcé de son mari africain.  »Dans mon pays, l’homme a toujours raison, explique-t-elle. Avec mon copain québécois, j’ai la liberté de dire ce que je pense. Les féministes du Québec ont gagné des luttes dont je profite aujourd’hui. Au Tchad, le poids de la société oblige la femme à cuisiner et à faire le ménage pour son mari. Ici, c’est mon copain qui s’occupe du souper. Je suis traitée en véritable princesse ! »

 

« Être patient et prêt à discuter »

Si bien des Africaines n’ont aucune réticence à fréquenter des Québécois, d’autres sont carrément hostiles à l’idée. Certaines disent tout de go que ce genre d’union n’est pas pour elles. Du côté des hommes, nombreux sont les Africains à se méfier comme de la peste de la soif de liberté de la femme québécoise.  »Ici, il faut accepter qu’elle soit indépendante et qu’elle ne te rende pas de comptes, s’insurge Aziz, un étudiant d’origine sénégalaise, qui impute à cette grande liberté le refus de certains de ses camarades de s’engager dans une relation sérieuse avec les femmes du cru.  »En Afrique, la femme ne sort pas dans un club sans son copain. Elle aime faire sentir qu’elle lui appartient. » Bon prince, Aziz estime néanmoins possible d’avoir une relation à long terme avec une Occidentale, à condition d’être patient et prêt à de nombreuses discussions.   

Discuter, communiquer, c’est justement le conseil que prodigue Louise Aubé aux couples afro-québécois.  »La culture transmet des valeurs qui se traduisent dans nos manières de vivre, ce qui peut devenir confrontant l’un pour l’autre, explique la psychologue qui a déjà séjourné en Afrique. La communication permet d’expliquer nos différences et de diminuer l’insécurité engendrée par ce choc des cultures. On n’est plus québécois ou africain, on devient citoyen du monde. »

 

Julie Gilbert

 

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