Spoliation foncière. Les misères des pygmées Bayeli à Lokoundje

Des hommes d’affaires agissant avec l’onction des autorités administratives s’investissent sans tenir compte des droits des autochtones. Et pourtant la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 indique le rôle de l’Etat en la matière

Depuis le mois de février dernier, les pygmées Bagyelli de Lokoundje dans département de l’océan, se plaignent de l’accaparement de leurs terres par les Bantou. Il s’agit notamment, des campements Mabii et Bityima où un certain Pounga Symphorien et sa majesté Oba’a Nguema Abel procèdent aux immatriculations et autres ventes des espaces fonciers au mépris des propriétés des Bagyelli. Les Bagyelli ont saisi l’association dénommée Bagyéli’s Cultural and développent association (Bacuda),  a saisi à son tour, courant ce mois de mars 2023, l’antenne régionale de la Commission des Droits de l’Homme et du Cameroun (Cdhc), afin de lui faire part des allégations de violation des Droits des populations autochtones Bagyélli.

Par contre, les autorités administratives de la préfectorales ou des domaines et affaires foncières font savoir que les terres non immatriculés ou non titrés n’appartienne ni à un individu ni à un groupe. « Les terrains non titrés font partie du domaine national. Chaque citoyen qui procède à la mis en valeur peut en demander un titre en respectant les conditions fixés par la loi foncière de 1974 et ses reformes ou ses décrets d’application », explique Martial Tchouankap, collaborateur du préfet du département de la Mifi. 

D’après le site https://rightsandresources.org/fr/blog/camer,  les. «Bagyeli», ont été déplacés de leurs terres ancestrales, sans avoir été recasés. Les « Bagyeli » sont des pygmées qui sont victimes de l’accaparement de leurs terres, depuis que la Société camerounaise des Palmeraies (Socapalm), une entreprise spécialisée dans la production d’huile de palme, a décidé d’étendre ses plantations de la Kienke, localité située à une trentaine de kilomètres de Kribi, chef –lieu du département de l’Océan région du Sud Cameroun. Dans le cas d’espèce, les «Bagyeli» n’ont bénéficié d’aucune mesure d’accompagnement comme c’est souvent le cas pour certaines communautés locales et tribales. Selon ce même site, au village Kilombo, ils vivent dans un habitat sommaire construit en bambous de chine, de paille et de plastique. Une seule pièce d’à peine 3 mètres carrées sur 3, sert à la fois de cuisine, de chambre et de salon à une famille de dix personnes.

Dans cet espace, animaux domestique, enfants, adolescents et personnes adultes partagent leur intimité. Il y a quelques années, Pierre Minyala, un chef de famille,  a été mis en cellule par ce qu’il avait cueilli des noix de palme pour l’alimentation de sa famille. Les pygmées Bagyeli, n’ont pas plus de droits sur les ressources naturelles dont sont dotées leurs terres. A titre d’exemple, ils ne peuvent plus couper du bois, sans autorisation des agents de gardiennage de la société Socapalm. Ils boivent une eau stagnante, qu’ils puisent dans un marécage. Ils n’ont pas d’énergie électrique. Les produits de la forêt qui leur servent d’alimentation de base à l’instar des feuilles de manioc et le gibier, n’existent plus ou se font rares. Ils n’ont pas accès aux soins de santé primaire. Et l’école est située près de dix kilomètres de leur lieu de résidence.

 « Les autorités politiques nous interdisent de parler aux ong, aux hommes et femmes de médias, bref aux étrangers de nos problèmes. C’est le cas du sénateur Mba Mba » nous précise notre traductrice Solange Ngo Bakumé et de poursuivre, «ils préfèrent que nous vivions dans l’oubli ». Le site https://rightsandresources.org/fr/blog/camer souligne que  loin de cette misère, à quelques kilomètres de là, les cadres de la Socapalm et les employés vivent dans les conditions modernes acceptables. Dans une cité d’ouvriers ou de cadres, qui possède de l’eau potable, de l’électricité des aires de jeu, une infirmerie.

Les violations des droits des peuples autochtones au Cameroun

Hilaire Kamga acteur de la société civile et expert en droit international des droits de l’Homme explique que parmi les droits auxquels les pygmées et leurs enfants se battent encore au Cameroun, figurent le droit à l’éducation, aux loisirs, à la santé. C’est essentiellement sur le registre des droits économiques et sociaux culturels qu’il y a des efforts à consentir de la part des gouvernements camerounais. Beaucoup d’enfants pygmées ne sont ni scolarisés, ni soignés correctement.

 Quant à l’accession à l’emploi, hormis ceux qui sont sortis des forêts, l’accession à l’emploi demeure pour les pygmées une difficulté majeure insurmontable. Les Baka, les Bagyeli, vivent dans des conditions précaires dans les forêts du sud-ouest du Cameroun.Ce qui a permis au Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale9 de conclure : … Les pygmées sont du point de vue historique les premiers habitants du Cameroun. Leur nombre s’élève à 50 000 et ils sont éparpillés à travers le pays. La politique du gouvernement à leur égard doit être appréhendée dans l’optique du mode de vie des pygmées. Les autorités camerounaises s’efforcent de se conformer à la disposition constitutionnelle garantissant à tous le droit de participer dans des conditions d’égalité à ce qu’elles considèrent le développement… » 

Maitre Julio Koagne souligne que l’Etat du Cameroun n’est pas suffisamment  engagé à contribuer à la subsistance de l’identité culturelle des peuples autochtones. Il indique qu’il faut noter que la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 proclame que, «l’Etat assure la protection des minorités et préserve les Droits des populations autochtones conformément à la loi », de même les lois et règlements relatifs à la propriété foncière et à la gestion domaniale offrent à ces populations les mêmes Droits qu’à tous les autres citoyens camerounais. L’article 10 de la Déclaration des  Nations Unies sur les droits des peuples autochtones recommande que : «  les peuples autochtones ne peuvent être enlevés de force à leurs terres ou territoires. Aucune réinstallation ne peut avoir lieu sans le consentement préalable donné librement et en connaissance de cause des peuples autochtones concernés et un accord sur une indemnisation juste et équitable et, lorsque cela est possible, la faculté de retour. »

Guy Modeste DZUDIE(Jade)

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