Discrimination sociale à l’Ouest. Des Mbororos sans droits fonciers

Et pourtant, certaines d’entre elles, à l’instar de celles de Didango dans l’arrondissement de Koutaba revendiquent plus de 100 ans de sédentarisation dans cette région.  La peur d’une rupture de la paix sociale est avancée pour justifier la timidité des autorités administratives à régler les conflits avec les agriculteurs.

Un climat de tension règne et persiste, en début du mois de février 2021, entre les membres de la communauté Mbororos de Njingoubé dans l’arrondissement de Kouoptamo, en majorité des pasteurs, et le reste des populations, constituées principalement d’agriculteurs. Cette situation portée à la connaissance du chef du village, Tetmoun Njingoubé, est liée au fait que le 6 décembre 2020, cinq bœufs appartenant aux membres de la communauté Mbororo ont été abattus par des personnes reconnues comme des agriculteurs. Convoquées chez le chef du village, elles ont affirmé qu’elles ont tué ces animaux du fait qu’ils sont entrés dans leur plantation pour « détruire le fruit de leur labeur ».

Ce qui est faux, selon Amadou Lehrer, infirmier vétérinaire et membre de la communauté Mbororo. Pour lui, en saison sèche, les bergers quittent les campements pour se rendre en transhumance dans les zones de pâturage afin que leurs bêtes se nourrissent et s’abreuvent. «Les zones de pâturages se trouvent en bordure des grands cours d’eau comme le Noun. Elles sont généralement délimitées par des actes administratifs. Certains  agriculteurs à l’origine des actes de violence contre les bœufs ou la personne des Mbororos continuent à percevoir les membres de notre  communauté comme des nomades ou des allogènes, même quand ils se sont installés ou ont commencé l’exploitation de certains espaces avant 1974 comme le prévoit le droit foncier camerounais », explique-t-il

L’incident de Njimboubé n’est pas isolé

Incapable de donner suite à ce litige, l’autorité traditionnelle a orienté les bergers Mbororos vers la compagnie de gendarmerie du département du Noun à Foumban. Il revient à cette unité de mener, conformément au code de procédure pénale camerounais, une enquête préliminaire  pour établir la responsabilité des uns et des autres. L’incident du village Njingoubé situé sur la rive droite du fleuve Noun n’est pas un cas isolé. Surtout que dans la majorité des localités où ils ont installé des campements, les membres des communautés Mbororos ne disposent pas de titres fonciers, et s’en plaignent.

C’est notamment le cas à Didango dans l’arrondissement de Koutaba. Là-bas, Ahmadou Roufaï, le lamido et suprême chef traditionnel et religieux des Mbororos de la localité, fait savoir que ses arrières grands-parents se sont sédentarisés dans la localité au 19e siècle, ce qui fait plus de 100 ans aujourd’hui. Mais il est choqué que toutes les démarches entreprises par lui ou par les siens en vue de l’obtention d’un titre foncier connaissent une opposition vive et rigoureuse des agriculteurs de la localité. Ce qui fait avorter lesdites procédures. Car les autorités administratives se débinent ou multiplient des motifs dilatoires sous le  prétexte de préserver de la paix sociale.

Escalades judiciaires interminables

A Sanki, toujours à la lisière du fleuve Noun, Lago Amadou, un autre berger Mbororo ne disposant pas de titre foncier sur les espaces qu’il occupe depuis une dizaine d’années pour son pâturage, se trouve en conflit avec des agriculteurs qui le traitent d’étranger et d’allogène, et multiplient des attaques contre son intégrité physique ou contre ses animaux. Plusieurs affaires judiciaires dans l’optique de rétablir ses droits ont été déclenchées par ses soins. « Après avoir été condamné au tribunal de première instance de Banngangté, souligne Théophile Nono, ingénieur agronome et défenseur des droits humains, il a eu gain de cause au niveau de la cour d’appel de l’Ouest à Bafoussam. 

» Un exploit rendu possible à l’époque grâce au soutien d’une organisation de défense des droits de l’homme baptisée en anglais Frontline Fithing For Citizen Interets (Fffci). Abdou Kadiri, éleveur à Bameyan et menant ses activités dans une zone de pâturage délimitée par des autorités administratives compétentes suite à une donation à la communauté Mbororo par le défunt chef de ce village (Moko Moko Pierre II), subit, lui aussi, les affres de la vindicte des agriculteurs de la localité menée par Bertrand Bitio.Ce litige a été tranchée par la commission consultative de règlement des litiges fonciers présidée par Nwafua Lawrence Fornwang alors sous-préfet de l’arrondissement de Galim. Un acte conforme à l’article 26 de la Déclaration des Nations unies sur les peuples autochtones.

Ce texte dispose : « les Etats accordent reconnaissance et protection juridique à ces terres, territoires et ressources ». « L’administration n’a pas de parti pris. Lors du règlement des litiges entre éleveurs et agriculteurs, nous effectuons toujours des descentes sur le terrain. Nous lisons la loi et consultons les techniciens en la matière avant de trancher. La majorité des terres non titrées font partie du domaine national. Il faut justifier d’une mise en valeur effectuée par immatriculation directe pour y solliciter un titre foncier ou passer par voie de concession. Ce droit est reconnu à tous les citoyens camerounais qui sont égaux en droit dans tous les coins du triangle national, sans aucune discrimination tribale ou religieuse», explique Martial Tchouankp, cadre à la préfecture de la Mifi à Bafoussam et très impliqué dans les commissions préfectorales de règlement des litiges fonciers.

Des conflits pour l’espace comme celui ayant opposé depuis 2003, les bergers Mbororos de Tchada-Baleng au milliardaire maire de Bandjoun, Victor Fotso, jusqu’à son décès en 2020.  Et même après ce décès, l’on se demande si ces affrontements qui n’ont cessé de connaître des escalades et des suites enchevêtrées et interminables devant les tribunaux vont prendre fin avec les successeurs du défunt patriarche de Bandjoun.

Guy Modeste DZUDIE(JADE)

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