Kribi, les enseignants pourchassent et blessent deux journalistes

Simplice Bogning et Jean Claude Kamta, tous deux correspondants des télévisions privées vision 4 et Dbs, ont été molestés. L’un d’eux a été conduit en urgence à l’hôpital.  Les deux journalistes couvraient un conseil de discipline convoqué pour faire la lumière sur des videos x tournées dans cet établissement. Les enseignants n’ont pas voulu qu’ils accèdent aux informations.

Le Mercredi 03 Mars 2021, un conseil de discipline s’est tenu au lycée bilingue de Kribi sous forte surveillance policière. Le nouveau préfet du département de l’Océan Nouhou Bello, qui avait placé « l’ordre et la sécurité » au centre de ses objectifs à son installation,  avait instruit au proviseur Maurice Noah de convoquer cette rencontre pour écouter les différents élèves impliqués dans plusieurs scandales sexuels et prendre d’éventuelles sanctions.

Des vidéos obscènes

En effet plusieurs vidéos, tournées à visage découvert au sein de l’établissement par des élèves, présentent des dérives sexuelles ainsi que des scènes de violence observées entre élèves et enseignants. Des vidéos balancées sur internet et largement partagées. 

La première vidéo d’une durée de 30 secondes met en scène une dizaine de filles des classes de terminales. Elles s’exhibent sans pudeur en montrant les seins, les fesses, dévoilant  leur intimité, prenant des poses de kamasoutra dans une salle de classe aux heures de permanence.  D’autres s’embrassent sous le regard de leurs camarades, se tripotent, tout cela sur un fond de musique nigériane bien connue et à visage découvert.

La seconde vidéo montre les élèves qui se livrent aux pratiques mystiques de porte-monnaie magique pour avoir beaucoup d’argent sans travailler. Et une dernière présente un élève qui agresse les enseignants à coup de machette suite à une altercation au lycée. Des images choquantes qui ont poussé le préfet à sortir de ses gonds, pour demander un changement.

Selon certaines indiscrétions, ces élèves auraient utilisé un téléphone pour enregistrer la vidéo, et la partager avec les différents acteurs. Malheureusement l’un des élèves impliqué va l’envoyer à son petit ami qui est un enseignant. Mécontent, l’enseignant va le transférer au proviseur. Le proviseur déjà menacé par le préfet va convoquer tous les parents d’élèves concernés. Mais il ignore qu’au fond, il y a des enseignants qui n’ont pas intérêt à ce qu’on découvre leurs relations avec des élèves.

Les journalistes empêchés d’enquêter  

Les travaux du conseil de discipline ont débuté à 16h pour s’achever à 22h tard dans la nuit. Plusieurs journalistes des chaînes de télévisions privées et de la télévision nationale étaient présents puisque l’affaire fait grand bruit. Les éléments de la gendarmerie sont aussi déployés pour assurer la sécurité.

Arrivé sur les lieux un peu plus tôt à 14h avant le début de la réunion, et en l‘absence du proviseur,  Simplice Bogning journaliste correspondant de la télévision Dbs a commencé à faire des images d’inserts pour s’occuper en attendant le début du conseil de discipline. 

Il est subitement interpellé et agressé par une bande de 15 enseignants et chassé du lycée. « Ils m’ont demandé de sortir de l’établissement, qu’ils n’ont pas besoin que les journalistes filment le conseil de discipline. Ils m’ont insulté, donné des coups de pieds, arraché ma caméra, frappé au sol, demandé que je supprime les images déjà filmées,  tout cela devant les élèves qui ont commencé à rire et crier pour encourager ces enseignants. Bref j’ai été humilié devant les élèves. Ensuite ils m’ont jeté dehors » raconte le journaliste de Dbs. 

 Il attendra hors de l’établissement jusqu’à l’arrivée des autres journalistes à 16h. Le proviseur revenu au lycée entre temps est joint au téléphone par l’un des journalistes et  ordonne qu’on laisse entrer les hommes de médias.

Dans une salle comble, remplie par les parents d’élèves, les membres du ministère des enseignements secondaires ainsi que d’autres agents de l’Etat, le conseil de discipline commence avec beaucoup de tension. 

Pendant les travaux, suite aux différentes révélations qui de temps à autre impliquent les enseignants présents, qui entretiendraient des rapports « interdits » avec des jeunes filles élèves, et la réaction des différents parents,  les enseignants ont demandé que les journalistes soient exclus de la salle pour protéger leurs intimités. Ce qui est fait.

Sans rechigner, les journalistes sont allés attendre la fin des travaux afin de revenir faire des interviews. Curieusement, à la fin du conseil, après la prononciation des différentes sanctions contre les élèves récalcitrants par la hiérarchie de l’établissement, certains enseignants mécontents ont à nouveau tenté d’empêcher les journalistes d’approcher les élèves pour avoir leurs versions des faits.

Certaines filles fâchées d’être sanctionnées alors que leurs petits-amis enseignants ne le sont pas, avaient décidées de tout révéler à la presse. C’est à ce moment que les tensions ont commencé,  puisque les journalistes ont compris qu’en fait, les enseignants les empêchent d’avoir accès à l’information, en utilisant des manœuvres de diversion. 

Le journaliste de Vision 4 courageux.

Jean Claude Kamta le journaliste de vision 4, s’est montré un peu plus intrépide et téméraire que les autres confrères et a réussi à se frayer un chemin pour procéder à l’enregistrement de ces différentes sources. Les enseignants mécontents, une quinzaine environ, se sont alors jetés sur lui pour le molester violemment à coups de poings, de pieds et de bâtons, en l’appelant par son nom et en disant « ce sont les journalistes qu’on a d’abord chassés qui sont revenus. Il faut en finir avec eux ».

Grièvement blessé, il  est resté couché au sol avec le sang un peu partout sur le corps. Tout se passe aux environs de 22h. Ce sont les autres confrères qui sont venus le transporter à l’hôpital pour suivre des soins. Les médecins ont annoncé qu’il a eu des fractures à la mâchoire, plusieurs lésions internes au visage, et quelques petites fractures sur le corps. 

Le proviseur du lycée bilingue de Kribi n’a pas souhaité s’exprimer sur cet incident. Il est resté très vague sur les circonstances des évènements.  « On ne comprend pas comment le conseil sur les fameuses vidéos x tourne mal ainsi. Les médias devraient au contraire nous aider. Mais comprenez aussi que toute vérité n’est pas bonne à dire », a-t-il tranché.

Les éléments des forces de maintien de l’ordre massivement présents au lycée pour assurer la sécurité n’ont fait aucun effort pour défendre les journalistes des représailles des enseignants. Car plusieurs autres journalistes des organes de presse surtout  privés ont ouvertement été menacés, avec des injures publiques graves,  juste pour les empêcher de faire leur travail, mais la gendarmerie n’a pas réagi. 

 « Nous sommes ici aux ordres du proviseur », a indiqué l’un des gendarmes. Laissant penser à une complicité pour empêcher  les médias de faire la lumière sur les fameuses « vidéos x » dans lesquelles se retrouvent impliqués plusieurs enseignants .    

Vision4 porte plainte contre les enseignants

« L’un des journalistes de la télévision Vsion 4 a annoncé que leur président directeur général, Jean pierre Amougou Belinga, a déposé une plainte contre les enseignants pour « coups et blessures ». Le coordonnateur de la chaîne de télévision dans la région du littoral basé à Douala affirme que cet acte ne restera pas impuni. «En interne on prendra une décision très rigoureuse pour répondre à cet acte intolérable ». a-t-il indiqué.

Le rédacteur en chef de la chaîne de télévision Dbs basée à Douala indique quant à lui qu’il attend des excuses de la part du lycée bilingue de Kribi suite à l’agression commise sur son employé. Le syndicat des journalistes du Cameroun et le syndicat des journalistes indépendants du Cameroun ont condamné les actes de violences contre les « journalistes en quête d’information ».

Les évènements qui viennent de se produire au lycée bilingue de Kribi constituent une violation de la charte de Munich. Car le devoir essentiel du journaliste est la recherche, la rédaction et le commentaire des évènements. Et pour y parvenir, la charte condamne toute pression qui pourrait être exercée sur le journaliste pour le détourner de ses directives rédactionnelles. 

Il s’agit aussi d’une violation du Pacte International relatif aux droits civils et politiques. L’article 19 indique que toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et répandre des informations. Le pacte demande aussi que « nul ne soit inquiété pour ses opinions ».

Hugo Tatchuam (Jade)

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