Mort du journaliste Samuel Wazizi, accusé d’être « juge et partie »

Le gouvernement accusé d’être « juge et partie » par les députés.

Interrogé par les députés sur la disparition du journaliste, Joseph Béti Assomo a fait des déclarations qui contredisent le communiqué officiel qu’il a rendu public récemment, à la grande surprise des députés.  Il dit ne plus savoir où se trouve le corps du journaliste, annonce que l’enquête est menée par l’armée, et non par un organisme impartial et indépendant.  « On ne peut pas être juge et partie », insistent députés, avocats et journalistes.

Devant les députés furieux, lors de la traditionnelle séance des questions orales aux membres du gouvernement à l’assemblée nationale le jeudi 1e Avril, Joseph Beti Assomo, le ministre délégué à la présidence de la république chargé de la défense, a déclaré que le gouvernement enquête toujours sur les problèmes entourant la mort du journaliste Samuel Wazizi. 

Relancé par un député pour savoir qui mène cette enquête ? Est-ce que c’est un organisme indépendant différent du ministère de la défense ? Le ministre va se montrer tout d’abord évasif avant d’annoncer, et insister, que ce sont les services de sécurité et de défense qui sont en train de mener l’enquête aussi bien sur les causes de la mort du journaliste, que sur le lieu où se trouve son corps. « Comment l’armée qui est soupçonnée d’avoir assassiné le journaliste peut elle-même mener une enquête ? », s’interrogent les députés.

Dans ses propos, le ministre poursuit en indiquant que Samuel Wazizi a été arrêté pour complicité avec les groupes terroristes. Il a été transféré à Yaoundé pour investigation, et est mort dans un hôpital militaire des suites de septicémie grave. Une enquête est ouverte pour déterminer les circonstances de cette tragique disparition. Les conclusions de l’enquête sont attendues. « En ce moment, il est inapproprié de donner des éléments de réponse sur les nombreuses questions posées au sujet de cette affaire » a conclu le ministre de la défense. 

Les députés choqués

Une déclaration du ministre qui va faire frémir l’assemblée. Choqués, certains parlementaires indiquent au ministre qu’il est en train de se contredire,  puisque le 5 juin 2020, le chef de l’unité de communication au ministère de la défense, le capitaine Cyril Serge Atonfack Nguemo, avait annoncé, dans un communiqué officiel,  que le journaliste Samuel Wazizi était décédé dans un hôpital militaire de Yaoundé le 17 aout 2019,  et que son corps se trouvait à la morgue de cet hôpital. Mais après vérification, la dépouille ne s’y était pas, et jusqu’aujourd’hui, personne ne sait où se trouve le corps du journaliste.

Les députés de l‘opposition  veulent aller plus loin. Ils demandent que le ministère de la défense leur présente les preuves qui soutiennent toutes les déclarations faites en juin 2020. « Avec beaucoup d’assurance,  le ministère de la défense affirme que le journaliste est mort à la suite d’une maladie, et non de torture. Qu’il nous présente les preuves médicales de cette infection puisque la famille dit qu’en partant de Buéa, le journaliste n’était pas malade », insistent les députés de ces groupes.

Ils poursuivent : « Aujourd’hui le même ministère ne sait plus où est le corps du journaliste, même les raisons de son arrestation sont floues. Il n ‘existe aucune preuve que ce journaliste était complice des groupes armés séparatistes ».

D’autres députés précisent que les membres de la famille du journaliste ont dû fuir pour se mettre à l’abri à cause, parait-il, de menaces émanant de personnes non identifiées. Ils demandent pourquoi l’Etat n’a pas pris des dispositions pour sécuriser cette famille ? Et pourquoi on ne leur dit rien au sujet de leur fils introuvable ?

Inquiets, certains se demandent aussi comment plus de deux ans après la mort du journaliste entre les mains des militaires dans la capitale politique, le ministère de la défense qui se trouve dans la même ville, n’arrive pas faire la lumière là-dessus. « Soit la vérité est connue et on la cache au peuple, soit le gouvernement refuse de faire avancer cette enquête », tranchent les plus sceptiques.  

Les journalistes mécontents

Les différents syndicats des journalistes anglophones et francophones rappellent que Samuel Wazizi travaillant pour l’organe Chillen Muzik Television –Cmtv de Buéa dans la région du Sud-Ouest a été arrêté le 2 aout 2019 à Buéa et détenu dans un commissariat de police pour des accusations de collaboration  avec des combattants séparatistes. Pour eux, Wazizi de son vivant avec ses avocats et d’autres confrères journalistes avaient apporté les preuves suffisantes pour démentir ces accusations.

Mais malgré cela, cinq jours plus tard, il avait été transféré dans une installation militaire à Buéa le 7 aout, puis amené à Yaoundé où il est resté aux mains des militaires, au secret, jusqu’à l’annonce de sa mort. Les syndicats souhaitent que l’enquête puisse aussi établir les raisons exactes de son arrestation. 

Les avocats en colère

Maitre Amungwa qui suit le dossier Wazizi a du mal à digérer sa colère. « Le ministre de la défense n’a rien dit de nouveau. L’affaire est toujours devant le juge d’instruction. C’est confirmé que Wazizi a été tué par les militaires. Le ministre qualifie Wazizi de terroriste. Mais est-ce qu’un tribunal a jugé Wazizi et l’a condamné comme terroriste ? Quelqu’un ne peut pas être juge et partie dans son affaire », affirme-t-il.

Par ailleurs, les avocats rappellent que l’Etat a l’obligation de protéger ses citoyens contre les violations de leurs droits, surtout le droit à la vie comme dans le cas d’espèce.

Cette protection s’exerce entre autre par  des enquêtes impartiales ouvertes par l’Etat en vue de déterminer les présumés auteurs des violations et de les traduire devant les tribunaux, afin qu’ils soient jugés et punis à la hauteur de leur culpabilité. Il s’agit en l’occurrence de l’article 2, alinéa 1 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui stipule que « Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à respecter et à garantir à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation ». Des dispositions qui sont loin d’être respectées par l’Etat.

Hugo Tatchuam (Jade)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :