Abandonnés sans assistance, les enfants de la rue en danger sanitaire et moral

Le 26 Novembre dernier, lors de la célébration de la journée internationale des enfants de la rue au Cameroun, les ONG ont exigé la satisfaction des besoins fondamentaux des enfants déplacés internes, et leur accompagnement vers une insertion réussie, conformément aux accords internationaux. 

06 Novembre 2021, 20h au quartier Dang, à Ngaoundéré 3 : une trentaine d’enfants de la rue, tous des déplacés internes, trouvent refuge devant les boutiques fermées pour échapper à la forte pluie qui s’abat sur la ville. Vêtus de guenilles sales et mal-en-point, les plus âgés, dont l’âge varie entre 10 et 13 ans, font la loi en imposant aux plus jeunes ce qu’ils doivent faire. « Beaucoup de ces enfants se font sexuellement abuser pendant la nuit. Ils sont exposés à la pédophilie et à diverses maladies. Les habitants de la ville se plaignent au gouverneur de la région tout le temps, mais aucune solution n’a jusqu’ici été trouvée pour eux», regrette une élite politique de la ville.

A une vingtaine de kilomètre de là, au centre-ville, d’autres  enfants se baladent en petits groupes. Affamés, ils se transforment en brigands, s’attaquent aux inconnus pour leur soutirer de l’argent. « Il y a quelques minutes, nous avons eu une alerte à l’entrée d’un snack dancing. Deux déplacés internes ont attaqué des clients à la sortie du bâtiment. Nous sommes intervenu, et avons arrêté et mis en cellule quatre enfants de la rue.  Depuis trois ans, le banditisme a beaucoup augmenté dans le centre-ville. Maintenant les habitants se couchent tôt. Les sorties nocturnes sont des risques. Il y a eu plusieurs cas d’agression avec mort d’homme », explique un agent de police rencontré au poste de police de Ngaoundéré premier.  D’autres gangs d’enfants de la rue passent la nuit à déambuler devant les snacks et les maisons de prostitution, attendant que quelques bienfaiteurs leur donnent de temps à autre quelques pièces de monnaie.

Des enfants en mauvaise santé

Avec un français approximatif, Georges, déplacé interne ayant fui le département de la Menchum dans la région du Nord-Ouest, lave les véhicules stationnés dans le boulevard de la République au quartier Akwa, en plein cœur de Douala. Ils sont estimés à plus de 300, le nombre de déplacés internes qui vivent dans la nature dans la capitale économique. Ils exercent des petits jobs en journée, cireurs, laveurs de pare-brise, vendeurs de cigarettes au détail et autres, mais la nuit, ils se transforment en bandits, et font des agressions à coups de poignard.

« Beaucoup ont été arrêtés après l’agression de la fille du gouverneur à la sortie d’un supermarché. Certains ont été jetés en prison et d’autres ont fui. Depuis, c’est devenu un peu calme » explique un habitant.

A Yaoundé, ces enfants ont transformé « l’avenue Kennedy », l’un des centres d’affaires les plus fréquentés de la ville,  en leur lieu de rassemblement. Cette rue est devenue une haute zone d’insécurité, selon le rapport des autorités locales. Les enfants déplacés internes, dont beaucoup ne parlent pas français, se débrouillent comme ils peuvent pour trouver de la nourriture.

Le docteur Noumedem Georges, pédiatre basé à Yaoundé affirme que la santé de ces enfants est fortement compromise. En effet, ils n’ont pas accès à des installations sanitaires. Ils sont souvent sales, infestés de poux, exposés aux pratiques comme l’homosexualité ou encore aux assassinats rituels. Bref en raison du manque d’hygiène, ces enfants sont exposés à différentes maladies. 

Le ministère des affaires sociales muet.

Pour faire face à cette situation, les réponses de l’assistance sociale sont inexistantes. Une situation bien curieuse car le Cameroun a ratifié des conventions sur les droits de l’homme et de l’enfant. Yaoundé abrite en son sein les sièges de grandes agences onusiennes telles l’Unicef ou le Pnud, venues avec leurs exigences de gouvernance.

La commission nationale pour la protection de l’enfance abandonnée, un organisme consultatif créé en 1990 par le Ministère des affaires sociales, a indiqué dans son rapport de 2020 que 900 enfants vivent dans les rues, sans abri, exposés à la délinquance, à la drogue et à l’alcool. La Ministre des affaires sociale, Pauline Irene Nguene, indique que le gouvernement recherche des pistes de réinsertion pour ces enfants. Elle a annoncé des descentes sur le terrain de ses équipes pour des « opérations d’extractions » de ces enfants dans les différentes régions. Mais jusqu’à aujourd’hui, rien  n’a pas été fait.

Un million d’enfants ont besoin de protection

La commission nationale des droits de l’homme du Cameroun rappelle qu’environ un million d’enfants ont besoin d’être protégés contre les violences, qu’au moins 150 000 ont été déplacés à cause des conflits et qu’une bonne partie vit dans la rue.

Environ 441 enfants sont sans abri, vivant dans les rues des villes de Bafoussam, Douala, Yaoundé, Ngaoundéré et autres depuis 2019. Plus de 3 millions de jeunes filles sont sous-scolarisées surtout dans les régions anglophones et septentrionales en crise. La commission rappelle que le droit à la santé, à la vie, à l’éducation, aux loisirs des enfants doit être promu et garanti de manière à leur permettre un épanouissement harmonieux dans la société.

La commission déplore enfin l’insuffisance de sensibilisation du ministère des affaires sociales envers les parents sur les conséquences liées à l’abandon des enfants dans la rue, sur l’impact de cette négligence et sur les vulnérabilités attachées à ces groupes de personnes dans notre société.

Violation des accords internationaux

Le gouvernement a approuvé la déclaration d’Oslo sur la sécurité des écoles qui donne au gouvernement la possibilité d’exprimer un large soutien politique en faveur de la protection et du maintien de l’éducation en cas de conflit armé et qui permet en conséquence de mieux garantir le droit à l’éducation des enfants dans les régions en proie à l’insécurité. La convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant ainsi que la charte africaine des droits de l’homme et des peuples sont autant d’outils contraignants qui obligent l’Etat à apporter une solution au problème des enfants de la rue déplacés internes.

Hugo Tatchuam (Jade)

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