Un vieux pêcheur de Bonanjo torturé par les gendarmes

Georges Endene Endene, un pêcheur, a été interpellé et placé en détention à la Prison de New Bell pendant près de 3 ans. Sans preuves de culpabilité ! Plus d’un mois après son acquittement par la justice, il y est resté. Une situation qui illustre les nombreux abus commis par les forces de l’ordre.

Georges Endene Endene, un pêcheur, a été interpellé et placé en détention à la Prison de New Bell pendant près de 3 ans. Sans preuves de culpabilité ! Plus d’un mois après son acquittement par la justice, il y est resté. Une situation qui illustre les nombreux abus commis par les forces de l’ordre.

Une garde à vue à la Brigade territoriale de Bonanjo et une détention préventive de près de 3 ans à la prison de New Bell n’ont pas réussi à ôter la bonne humeur de Georges Endene Endene, pêcheur de 64 ans. Cependant, de temps en temps, des mauvais souvenirs viennent assombrir son visage à la barbe poivre et sel. « Je ne suis qu’un vieux pêcheur. Je vis entouré de pêcheurs. Comment peut-on m’accuser d’être le complice d’un délinquant? », clame-t-il, en ôtant son vieux chapeau, de ses mains calleuses.

La torture pour arracher des aveux

Ses doigts dépourvus d’ongles, témoignent du supplice qui lui a été infligé depuis le 04 mars 2009, date à laquelle sa mésaventure a commencé. « Pendant mon audition à la Brigade territoriale de Bonanjo, les gendarmes m’ont arraché entièrement les ongles des doigts avec des pinces parce que je refusais de faire des aveux. Ils voulaient m’entendre dire que je connaissais Essomba. Pourtant je ne l’ai jamais rencontré », se plaint le vieil homme. Cet acte de torture s’est déroulé deux mois après l’arrestation du pêcheur.

D’après lui, sa garde à vue dans les cellules de la Brigade territoriale de Bonanjo a duré près de trois mois, en violation de l’article 119 du code de procédure pénal qui stipule : « Le délai de la garde à vue ne peut excéder 48 heures renouvelable une fois. Sur autorisation écrite du Procureur de la République, ce délai peut, à titre exceptionnel; être renouvelé deux fois ».

Les gendarmes interpellent Georges sans lui présenter un mandat d’arrêt, comme l’exige la loi. « Après la pêche, je rangeais mes outils lorsque deux gendarmes en civil se sont présentés et m’ont ordonné de les suivre sans explications. Ils ont dit que leur commandant voulait me voir », se souvient le pêcheur. Conduit à la Brigade territoriale de Bonanjo, il a été jeté dans une cellule sans avoir été entendu. Georges  apprendra plus tard qu’il est poursuivi pour coaction de vol avec port d’arme et détention illégale d’arme à feu et destruction.

Au tribunal militaire de Douala, la juge l’a confronté à ses co-accusés, puis a ordonné sa relaxe… Mais a changé ensuite d’avis. « La juge a dit qu’elle va nous acquitter pour faits non établis. L’un des gendarmes qui nous escortait au tribunal l’a suivie dans son bureau. Quand elle est revenue, la sentence est tombée: je devais aller en prison pour leur montrer Essomba », explique Georges.

Ecroué à la prison de New Bell, il sera jugé trois ans plus tard, après de nombreux renvois. Le 16 mars dernier, son co-accusé et lui sont acquittés par le tribunal militaire de Douala pour « faits non établis ». Georges a pourtant été maintenu en détention, en dépit des protestations de son avocate, Cécile Mireille Ngo Biga. « Toutes les démarches entreprises auprès du tribunal pour obtenir l’ordre de mise en liberté qui auraient permis à l’administration pénitentiaire de relaxer Georges et son compagnon, sont demeurées vaines, de même d’ailleurs que celles tendant à l’obtention d’un simple extrait du plumitif », explique l’avocate de l’ex-détenu dans une correspondance adressée au tribunal de grande instance du Wouri.

Le juge s’est trompé

De son côté, le ministère public au tribunal militaire estime que le maintien en détention de Georges est légal.  » Le ministère public avait fait appel de la décision du tribunal. Par conséquent, la mise en liberté ne pouvait pas être exécutée », explique le lieutenant colonel Anatole Djouwee, commissaire du gouvernement, près le Tribunal militaire de Douala. Faux, s’insurge Me Cécile Mireille Ngo Biga. « Aucun texte ne permet de dire que l’appel du Ministère public suspend la décision de remise en liberté. Au contraire, l’esprit du code de procédure pénal fait de la liberté le principe », clame l’avocate.

Fort de cet argument, le conseil a saisi le tribunal de grande instance, le 04 avril dernier, pour bénéficier de la procédure d’Habeas Corpus, et a obtenu la libération immédiate de son client. Mais le régisseur de la prison de New Bell a refusé de libérer le détenu. « Il nous a dit que le lieutenant colonel Anatole Djouwee a demandé qu’on ne libère Georges sous aucun prétexte », affirme Cécile Mireille Ngo Biga. Le commissaire du gouvernement confirme ces propos. « Le juge de l’habeas corpus s’était trompé et avait mal apprécié l’affaire. C’est pourquoi j’avais demandé au régisseur de ne pas libérer Endene Endene Georges », justifie-t-il.

Le beau-frère de la victime va alors solliciter et obtenir une audience au ministère de la défense, qui va demander à l’avocate de produire les éléments prouvant l’acquittement de son client. Ces pièces ont permis la libération de Georges, le 04 mai dernier.

« J’ai tout perdu « 

Pour Fréderic Mbappe Ngambi du Mouvement de lutte contre la corruption, l’impunité et pour la bonne gouvernance, « Il y a eu trafic d’influence pour maintenir Georges en détention ». A l’en croire, ce type d’abus est fréquent. « Ceux qui n’ont pas de proches qui puissent intervenir en leur faveur ne peuvent que subir », s’insurge-t-il. Le militant recommande que Georges saisisse la justice pour obtenir réparation du préjudice subi en raison d’une détention arbitraire.

Le préjudice subi par Georges est énorme. « J’ai tout perdu. Mes nasses et ma pirogue ont été volées durant mon absence », raconte-t-il. « Si je n’avais pas été en prison, j’aurais empêché la vente du terrain d’habitation que j’avais acheté », enchaîne-t-il. Père de 10 enfants, le pêcheur regrette la souffrance endurée par sa famille durant sa période de détention : « Ma femme a été obligée de quémander pour nourrir nos enfants. Mon fils a dû abandonner les études à 17 ans, faute d’argent pour régler ses frais de scolarité ».
Anne Matho (JADE)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s