Tchad : Les anciens enfants soldats rêvent d’une vie meilleure

(Jade Cameroun/Syfia Tchad) Au Tchad, plusieurs centaines d’enfants soldats démobilisés réapprennent à vivre dans des centres d’accueil. La plupart souhaitent oublier les terribles événements qu’ils ont vécus et reprendre au plus tôt le chemin de l’école. Mais les moyens manquent cruellement. Reportage.


 


Issak, 13 ans, n’oubliera jamais les événements qui l’ont décidé à prendre les armes. En février 2006, il s’est engagé aux côtés de Mahamat Nour, chef de l’ex-Front uni pour le changement (FUC), aujourd’hui ministre de la Défense, qui a combattu l’armée tchadienne entre janvier et la fin de cette année-là. « Sur le chemin du marché de Guéréda (à l’est du Tchad, Ndlr), se souvient-il, des hommes armés (des forces régulières, Ndlr) nous ont arrêtés. Ils ont violé la femme de mon grand frère et sa cousine sous nos yeux, puis nous ont dépouillés de tous nos biens avant de s’en aller. »


Issak fait partie des 413 enfants soldats âgés de 9 à 16 ans démobilisés à la suite de l’accord signé le 9 mai 2007 entre l’Unicef et le gouvernement tchadien. Depuis la mi-juin, certains sont accueillis au Centre temporaire de Mongo, au centre du pays, à 450 km à l’est de N’Djamena, où ils sont encadrés par la Croix-rouge locale et des fonctionnaires du ministère des Affaires sociales. Frêles dans leurs vieilles djellabas sales, le visage pâle, la plupart ont encore des blessures sur le corps et à la tête. Quelques-uns ont la teigne (maladie de la peau causée par un champignon).


 


« Les choses sont allées trop vite« 


À midi passé, dans la salle qui fait office de réfectoire, de grands plats de riz avec des morceaux de viande les attendent. C’est leur premier repas de la journée. La distribution de la bouillie du matin a été suspendue en juin, faute de moyens. Un encadreur égorgera ensuite un mouton pour le dîner. Stoïques, les ex-petits soldats acceptent leur repas sans se plaindre. Certains confient néanmoins qu’ils mangent moins bien ici que dans les camps militaires.


Les enfants sont logés à soixante environ dans la même chambre. Sans lit. À la nuit tombée, chacun étale à même le sol un petit tapis, un drap ou un vêtement de rechange ramené du maquis. Le matin, les gamins rangent leur baluchon au pied du mur et le retrouvent le soir. « Hier nuit, je n’ai pas dormi à cause des moustiques, nous n’avons pas de moustiquaire », se plaint Issak.


« Ces enfants méritent au moins trois repas par jour. Faute de moyens, nous ne leur en offrons que deux », regrette Ahmat Kariffène, responsable du centre. L’Unicef, la Croix-rouge tchadienne, Care Canada, Christian Children’s Fund, le Jesuit Refugee Service et la Ligue tchadienne des droits de l’homme mettent à la disposition du centre 2 millions de Fcfa (environ 3 000 Euros) par mois. Ahmat Kariffène poursuit : « Les choses sont allées trop vite. L’objectif était de retirer le plus rapidement possible les enfants des camps militaires, une fois identifiés. »


 


Envie d’école


La première tâche ici consiste à les convaincre du bien-fondé de leur retrait des camps militaires. On leur apprend à vivre différemment sans violence. « Beaucoup ont perdu leurs parents. Ils ont vécu des atrocités et sont traumatisés », explique Ramat Mangué, l’un des assistants sociaux. « Au cours de nos causeries-débats, ajoute-t-il, nous leur faisons comprendre que sans éducation on ne peut pas par exemple devenir médecin. Aujourd’hui, une majorité d’entre eux souhaitent être scolarisés et formés. » À l’image d’Adam, 16 ans, qui avait rejoint la rébellion alors qu’il était en classe de 5e, et « veut repartir à l’école pour devenir pilote de ligne parce que le Tchad n’en a pas beaucoup ». Ou encore de Mahamat, 13 ans, qui  » veut repartir à l’école et étudier, afin de devenir un jour officier dans l’armée nationale pour diriger des troupes ».


Les pensionnaires du Centre de Mongo sont majoritairement des Tama (l’ethnie de Mahamat Nour (de l’est du Tchad). Un peu plus d’une centaine d’autres anciens enfants soldats, dont la plupart combattaient aux côtés de l’armée nationale, sont également pris en charge depuis juin dans un camp de N’Djamena par Care Canada. Cependant, la démobilisation aurait surtout marché du côté des ex-rebelles. Le 13 juillet dernier, un rapport de l’ONG Human Rights Watch accusait le gouvernement tchadien de manquer « à sa promesse de retirer les enfants soldats de ses forces armées« .


 


Ngarmbassa Moumine


 


 



 


Itinéraire d’enfants soldats


 


Ahmet, 14 ans, originaire de Birak près de Guéréda (est du Tchad), avait rejoint la rébellion pour se venger des forces gouvernementales qui confisquaient au quotidien les biens des habitants de son village et violaient publiquement les femmes de tout âge. « Venus en voiture un soir, ils ont incendié les cases prétextant que nous cachions les rebelles. Les habitants se sont alors dispersés par groupes. Après toute une nuit de marche, nous avons rallié un village voisin et avons continué avec d’autres personnes rencontrées là pour rejoindre les rebelles du FUC (l’ex Front uni pour le changement, Ndlr)« , raconte-t-il. Une fois en compagnie des rebelles, il apprendra l’assassinat de son père par des soldats de l’armée nationale.


De nombreux autres enfants ont choisi les armes pour avoir un salaire et un peu d’argent. C’est le cas d’Abdelkerim, 16 ans. Alors qu’il cirait les chaussures de deux militaires à N’Djamena, il avait appris que l’armée tchadienne recrutait pour un salaire de départ de 250 000 Fcfa (plus de 380 Euros). « J’ai immédiatement informé un ami, lui aussi cireur de chaussures, et nous sommes allés au quartier général, à Pont Bélillé, où nous avons tout de suite été enrôlés. Nous n’avons malheureusement reçu chacun que 75 000 Fcfa (114 Euros environ). Nous avons appris à nous servir des armes et, trois jours plus tard, nous sommes partis pour aller affronter les rebelles à Abéché », se souvient-il. Son ami n’arrivera jamais à destination : il a été tué par sa propre arme à la suite d’une mauvaise manipulation.


 


N. M.


 


 


 

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