Centrafrique : Les victimes de viols prêtes à témoigner

(Jade Cameroun/Syfia Centrafrique) Les victimes des viols perpétrés en Centrafrique entre 2002 et 2003 préparent activement leurs prochains témoignages auprès des enquêteurs de la Cour pénale internationale. Au sein des associations, les réunions se multiplient pour les aider à surmonter la honte et la stigmatisation.

(Jade Cameroun/Syfia Centrafrique) Les victimes des viols perpétrés en Centrafrique entre 2002 et 2003 préparent activement leurs prochains témoignages auprès des enquêteurs de la Cour pénale internationale. Au sein des associations, les réunions se multiplient pour les aider à surmonter la honte et la stigmatisation.

 

En Centrafrique, les victimes de viols se préparent à témoigner. Le 22 mai dernier, la Cour pénale internationale (CPI) a en effet annoncé l’ouverture d’une enquête sur les crimes perpétrés six mois durant dans ce pays entre 2002 et 2003, lorsque Ange-Félix Patassé avait fait appel aux combattants du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba pour mater la rébellion du général François Bozizé.

 

Depuis fin mai, les associations multiplient les réunions pour préparer leurs membres à répondre aux questions des enquêteurs. « Au lieu d’une rencontre par trimestre comme avant, nous nous réunissons maintenant chaque mois », confie Augustine Zouté, présidente du Groupement d’action de lutte contre la violence et la pauvreté (GALVP), une association créée en juillet 2003 pour soutenir les populations terrorisées, entre autres, par les miliciens du MLC. Même effervescence au siège de l’Organisation pour la compassion et le développement des familles en détresse (Ocodefad). « Nous avons poussé le gouvernement à déposer une plainte auprès de la CPI. Notre combat, c’est d’amener cette cour à punir les auteurs des crimes sexuels », lançait récemment Jean-Gaston Bayama, un des responsables, à la foule massée dans la cour de l’association.

 

Pour mener à bien cette bataille, l’Association des femmes juristes de Centrafrique (AFJC) a mis dix avocats à la disposition des victimes. Ceux-ci les conseillent au cas par cas sur les réponses à donner aux enquêteurs de la CPI. Au GALVP, la présidente, fonctionnaire au ministère des Affaires sociales, met à profit ses compétences pour aider ses membres « à refaire les récits des terribles évènements qu’ils ont vécus« . « Nous leur demandons de ne pas avoir honte, car il leur appartient de défendre leurs droits« , ajouteAugustine Zouté.

 

Discriminations

 

La honte et le silence des personnes abusées s’expliquent par la stigmatisation et la discrimination dont elles sont la cible, parfois même jusque dans leur entourage immédiat. « Mon époux m’a abandonnée avec trois enfants pour aller se remarier dans un autre village« , confie Charlotte. « Des victimes, qui ne veulent pas être l’objet de la risée, quittent leur village ou leur quartier pour reprendre leur vie ailleurs« , regrette Me Marie Edith Douzima Lawson, présidente de l’AFJC. « De nombreuses victimes ont été mises à l’index et certaines d’entre elles auraient été infectées par le VIH« , relève une note de la CPI.

 

La préparation psychologique par certaines associations de leurs membres pour qu’ils puissent surmonter cette situation commence à porter des fruits. De plus en plus de Centrafricains témoignent maintenant en public et à visage découvert. « Je veux que ces malfaiteurs soient condamnés et exécutés« , martèle Nadège Abdoulaye, violée par trois hommes en arme en présence de son mari. Même des hommes qui, hier encore, se montraient très réticents, acceptent aujourd’hui de raconter leur cauchemar. Séraphin Pion, raconte qu’un matin d’octobre 2002, deux miliciennes congolaises ont fait irruption dans sa concession. Elles ont pillé ses biens et puis l’ont violé.

 

Combien sont-ils à avoir subi ces atrocités ? La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) avance le chiffre de 1 500 à 2 000. De son côté, l’Ocodefad parle de plus de 800 personnes, dont 140 hommes. Chiffres en deçà de la réalité, car, analyse Me Mathias Morouba, avocat de cette ONG, « de nombreuses victimes gagnées par la peur ou qui ne croient pas en une vraie justice sont encore méconnues ». « D’autres, atteintes du sida, succombent faute de traitements médicaux adéquats », poursuit Bernadette Sayo Nzale, présidente de l’Ocodefad. « Sur une très courte période de cinq mois, au moins 600 victimes ont été identifiées« , selon la CPI pour qui « il est probable que les chiffres véritables soient plus élevés, car les actes de cette nature sont en général sous-estimés dans les comptes rendus« .

 

Justice en quête d’efficacité

 

Saisie par le gouvernement, la justice centrafricaine n’avait pas fait de procès, au motif qu’elle n’était pas capable, entre autres, de recueillir les éléments de preuve ni de se saisir des accusés. En décembre 2004, le gouvernement a transmis le dossier à la CPI.

 

L’enquête à venir « se concentrera sur les crimes les plus graves » et « sur les individus portant la responsabilité la plus lourde« . Si, pour le moment, elle « n’est dirigée à l’encontre d’aucun suspect en particulier », les différents rapports d’organisations telles que la FIDH et Amnesty international rapportent de nombreux témoignages qui épinglent aussi bien les ex-forces loyalistes de Patassé, les miliciens du MLC de Bemba, que l’ex-rébellion dirigée par Bozizé, actuellement au pouvoir.

 

Pour plus d’efficacité dans les enquêtes, Me Douzima Lawson, également coordinatrice de la Coalition centrafricaine pour la CPI, souhaite l’ouverture d’un bureau du Procureur de la CPI dans le pays. Afin qu’aucun criminel n’échappe au verdict de la cour.

 

Jules Yanganda

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