Sida : Des traitements à suivre strictement

(Jade Cameroun/Syfia) Pour les sidéens sous antirétroviraux, suivre rigoureusement les prescriptions médicales est un facteur clé de la réussite du traitement et limite les risques de résistance du virus. Au Cameroun, un programme d’éducation thérapeutique d’aide à l’observance fait ainsi ses preuves.


Hôpital Laquintinie de Douala au Cameroun. La salle du centre spécialisé dans la prise en charge et le traitement des personnes vivant avec le virus du sida est pleine à craquer. Les malades participent à une séance d’information sur les antirétroviraux (ARV).


L’exposante du jour, Chantal Bian, une pharmacienne, membre de l’association Programme d’éducation thérapeutique d’aide à l’observance, créée en 2004 par une dizaine de pharmaciens du privé exerçant à Douala, parle le langage des patients. « Je suis là pour vous expliquer comment bien prendre son traitement qui est très particulier. Le VIH est malin : il change ses caractéristiques. Le traitement ne le tue pas, il l’empêche simplement de changer. Quand on avale un médicament, une partie va dans le sang et c’est elle qui agit sur le VIH. Si la quantité n’est pas suffisante, elle ne pourra pas contenir le virus en prison et s’il sort, il va se multiplier et tuer les petits soldats qui sont dans le corps… »


Pas question donc de sauter une prise de médicaments ou de la différer sans l’avis du médecin. Car ne pas suivre scrupuleusement son traitement fait courir un grand risque : « Lorsque le virus est devenu résistant, le médicament ne lui fait plus rien. Il faut changer le traitement », ce qui est actuellement très difficile au Cameroun et coûte cher. S’en suivent des échanges avec les participants et une série de consultations individuelles ou en couple dans des box aménagés.


 


Difficultés de suivi


L’observance, qui est l’adéquation entre la prescription médicale et l’application qu’en fait le malade, doit être rigoureuse (à 95 % au moins) pour les sidéens afin que les malades puissent non pas guérir, mais vivre avec le virus en empêchant sa prolifération et le développement de maladies opportunistes. L’échec répété de traitements réputés efficaces en a montré l’importance au Cameroun.


Selon Éveline Mahop, vice-présidente d’Afsupes, une association qui encadre des personnes qui vivent avec le VIH, les antirétroviraux ont des effets secondaires qui poussent souvent les séropositifs à interrompre leur traitement : nausées, vertiges, prise de poids. « L’oubli, la honte, la peur de l’entourage, les préjugés liés au sida et le manque de moyens financiers poussent de nombreuses personnes à rompre le traitement ou à différer la prise de leurs médicaments », complète Rose Nguekeng, responsable à Sun Aids.


Pour Béatrice Kom, médecin au centre de prise en charge de la Swaa, une Ong femmes et sida, « le non respect des prescriptions médicales contribue non seulement à l’aggravation de l’état de santé du malade avec réapparition des infections opportunistes, mais également à l’apparition des résistances virales ». Il est alors nécessaire de changer de traitement et de prendre des molécules de nouvelle génération qui ne sont pas disponibles actuellement au Cameroun. Selon l’OMS, « résoudre le problème de la non-observance thérapeutique serait plus efficace que l’avènement de n’importe quel nouveau progrès biomédical ».


 


Des résultats probants


Ceux qui suivent régulièrement leur traitement en témoignent. « C’est grâce aux conseils des conseillers à l’observance que j’ai retrouvé ma silhouette actuelle », avoue Martine sous traitement ARV depuis deux ans. Peu rigoureuse dans ses prises de médicaments, elle n’arrivait pas non plus à gérer les effets secondaires du traitement. Conseillée en consultation d’observance, elle s’est mise au sport et en récolte aujourd’hui les résultats.


Même changement chez cette autre jeune dame qui préfère taire son nom. À force de se culpabiliser, elle violait systématiquement les conseils des médecins : « J’étais quelquefois malade et depuis que je suis observante, tout à disparu. En plus, le fait de trouver pendant ces séances d’observance des jeunes et moins jeunes tous concernés par la maladie apaise beaucoup« , confie-t-elle. Âgé de 34 ans et fils unique, Karim avait perdu goût à la vie. Il l’a retrouvé depuis que les conseillers l’ont assuré qu’il pouvait procréer et vivre longtemps s’il suit bien son traitement.


Au Cameroun, l’aide à l’observance a été initiée en 2002 par une pharmacienne de l’hôpital Laquintinie de Douala où a été créée ensuite une unité d’observance. En 2004, débordée, elle sollicite l’appui des pharmaciens du privé. Moins de deux ans plus tard, la dizaine de pionniers revendiquent déjà près de 3 000 consultations individuelles. L’initiative a été copiée dans la plupart des 91 centres de prise en charge et de traitement des malades du sida du pays et relayée par les associations de lutte contre le sida.


Le nombre de séropositifs qui viennent régulièrement chercher leur traitement à la pharmacie de l’hôpital Laquintinie progresse tous les mois. On y a enregistré environ un millier de plus entre janvier et décembre 2006. « Les consultations d’observance sont certainement pour quelque chose dans cette avancée », estime-t-on dans cet hôpital. Reste qu’en dépit de tous les conseils, des séropositifs continuent de cacher leur état. « Je suis parfois très gênée et courroucée de recevoir des porteurs du virus, sous traitement, parfois mariés à plusieurs femmes, mais qui n’ont jamais révélé leur statut sérologique », déplore une animatrice des séances d’observance.


Charles Nforgang


 



Pour des traitements gratuits


Actuellement, deux lignes de traitement – des combinaisons de différents médicaments – sont proposées aux malades camerounais. « Le pays dispose d’une très faible marge de manœuvre au vu des possibilités existantes dans le monde. Les médicaments de deuxième ligne coûtent très cher et limitent les capacités des pays africains à soigner correctement les malades« , dénonce Calice Talom Yomgne, responsable du programme Ethique de la recherche au Réseau sur l’éthique, le droit et le sida (REDS).


Les ARV de deuxième génération type Kaletra ne seront eux disponibles, selon le ministère de la Santé, qu’à la fin de l’année sous le nom d’Aluvia. En attendant, les malades résistants doivent s’expatrier pour continuer les soins ou commander ces molécules à prix fort à l’étranger. Les moins nantis sollicitent les associations locales de lutte qui, grâce à des partenariats avec des associations occidentales, ont déjà réussi à faire bénéficier quelques uns de soins en Europe. « Avant d’envisager des actions de plaidoyer pour l’accès à une large gamme des ARV, la priorité aujourd’hui est de tout mettre en œuvre pour que les malades qui répondent aux indications thérapeutiques puissent déjà accéder aux médicaments existants« , plaide le REDS. Les dernières statistiques officielles indiquent que moins de 35 000 personnes sont sous traitement ARV au Cameroun sur environ 75 000 qui en auraient besoin.


Pour en faciliter l’accès, le ministère de la Santé vient de diviser par six le prix du test de dépistage (500 Fcfa – 0,76 Euros) et par sept celui du bilan pré-thérapeutique (3000 Fcfa – 4,5 Euros). Selon le protocole de traitement, les médicaments coûtent eux 3 000 Fcfa (4,5 Euros) ou 7 000 Fcfa (10,5 Euros) par mois, encore trop cher pour de nombreux malades, estiment les associations.


C. N.

2 Replies to “Sida : Des traitements à suivre strictement”

  1. bonjourbonjour

    je viens d’apprendre que mon frere est seropositif et toute la famille est encore sur le choc mais grâce à vous je pense qu’il pourra encore avoir de longues années devant lui alors je voudrais savoir à qui nous adresser pour qu’il beneficie des medicaments moins chers

    merci et à bientôt

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