Tchad : Nouvelles violences intercommunautaires

(Syfia/Tchad) Théâtre de récents combats entre l’armée et des rebelles, l’Est du Tchad connaît à présent une vague de violences intercommunautaires meurtrières. Cette fois-ci, le conflit opposerait des nomades et des sédentaires. Le pouvoir en place contesté et l’armée nationale taxée de tribalisme peinent à rétablir la stabilité dans cette région frontalière avec le Darfour.

La communauté internationale enverra-t-elle une force d’interposition dans l’Est du Tchad pour mettre fin au cycle de violence qui s’est installé dans cette région frontalière avec le Darfour ? C’est ce qu’espère le président tchadien Idriss Déby Itno. En attendant la décision des Nations unies, le gouvernement met les bouchées doubles pour renforcer les troupes sur le terrain. À N’Djamena, la capitale politique, la vie quotidienne est rythmée par un ballet de véhicules bourrés de militaires en armes qui prennent la route en direction de l’Est. Dans cette région, des massacres interethniques auraient fait des centaines de morts ces dernières semaines.


Alors que le gouvernement voit la main du Soudan derrière ces tueries, Asseïd Gamar Sileck, originaire de la région, porte-parole du parti au pouvoir, et premier vice-président de l’Assemblée nationale, de retour d’une visite chez les populations éprouvées, parle d’un simple conflit entre sédentaires et nomades qui aurait dégénéré.


Pour lui, tout serait parti des Arabes du Soudan qui aurait fait une incursion dans un département de la région du Salamat, à 600 km à l’Est de N’Djamena, où ils auraient emporté 1 500 têtes de bétail.  « Quand nous nous sommes rapprochés des paysans, nous nous sommes rendus compte qu’à la suite de ce vol, des gens ont présenté, par calcul, ces populations comme étant des djandjawids venus commettre des massacres au Tchad comme ils le font au Soudan », explique-t-il. « Cette désinformation relayée par la presse internationale a poussé les différentes communautés, chacune se sentant menacée, à constituer des milices qui se sont ensuite affrontées. »


Pour le moment, assure-t-il, « Nous avons réussi à faire cesser les hostilités. Le plus important est maintenant de faire des recherches pour savoir pourquoi nous en sommes arrivés là, qui sont les coupables et les punir afin que cela ne recommence plus. » Les violences intercommunautaires, souvent liées à de vieilles rivalités, des différends fonciers ou des contestations à propos de l’accès à l’eau et aux pâturages, sont devenues fréquentes ces dernières années.


 


La faute au pouvoir en place ?


De son côté, l’opposition démocratique accuse le parti au pouvoir d’avoir divisé les populations pour mieux régner. Pour le député Ali Gabriel Golhor, président du parti CDF (Convention pour la démocratie et le fédéralisme), ce sont des Tchadiens eux-mêmes qui se sont massacrés et non des djandjawids qui ont tué. « Les populations se sont entretuées parce que le pouvoir a distribué des armes aux éléments de certaines tribus au détriment des autres », affirme-t-il. Ces tueries sont survenues alors qu’on observait une légère accalmie après de violents combats ayant opposé fin octobre les forces gouvernementales à une nouvelle rébellion, l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD). En septembre, déjà, d’autres combats avaient eu lieu contre les éléments du Font uni pour le changement (FUC) de Mahamat Nour Abdelkerim, qui avaient réussi une incursion à N’Djamena cinq mois plus tôt.


« Depuis la modification de la constitution (en mai dernier, Ndlr), les choses se sont aggravées. À l’époque, beaucoup de voix se sont élevées pour demander à ce qu’elle ne soit pas révisée. Cette volonté manifeste de confisquer le pouvoir a obligé certaines personnes à prendre le maquis », analyse le député Ali Golhor. C’est le cas, par exemple, du général Mahamat Nouri, président d’un nouveau mouvement rebelle, l’Union des forces pour le progrès et la démocratie (UFPD), une des grandes composantes de l’UFDD. Ancien ministre de la Défense d’Idriss Déby de 2001 à 2003, puis ambassadeur, il a gagné le maquis après l’élection présidentielle du 3 mai 2006. Le Front uni pour le changement avance des raisons similaires pour justifier ses récentes attaques.


 


Le pays des chefs de guerre


Au Tchad, les rébellions se créent d’autant plus facilement que l’armée connaît régulièrement des défections. « Il n’y a pas d’armée nationale au Tchad. Seulement des groupes armés formés sur des bases tribales et ethniques », critique Ali Golhor. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, chaque fois qu’il y a des affrontements quelque part, on commence d’abord par distribuer les armes aux proches du Président ou aux proches des chefs de guerre. Parfois, des militaires appartenant à certains groupes ethniques vont au front sans armes. » À l’inverse, d’autres bénéficieraient de toutes sortes de privilèges : véhicules, armes sophistiquées, argent, nourriture, etc.


Mahamat Sahel Yacoub, auteur d’un livre intitulé ‘Des rebelles aux seigneurs de guerre’, confirme : « Le titre que je voulais pour mon ouvrage était ‘Tchad, pays de chefs de guerre’, pour montrer que l’armée n’est pas nationale, mais uniquement constituée de chefs de guerre qui ont pour objectif d’entretenir des rebellions. »


Paul Durand

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