La santé au rabais pour les déplacés internes

Des limites à l’accès décentralisé au traitement du Vih/sida

La vulnérabilité accrue des déplacés internes déconnectés de la prévention et du traitement du Vih-Sida constitue un nouveau champ de préoccupations pour les responsables du groupe technique régional de lutte contre cette pandémie dans la région de l’Ouest.

A une dizaine de mètres de l’entrée principale de   l’hôpital régional de l’Ouest à Bafoussam,  un vieux bâtiment entouré de quelques  sapins affiche ses murs délabrés. Seul élément neuf de ce décor qui rappelle les constructions des premières années de l’indépendance du Cameroun intervenue le 1er janvier 1960, une banderole hissée par le groupe technique régional (Gtr) de lutte contre la pandémie du  virus de l’immunodéficience humaine/syndrome d’immuno déficience acquise (Vih-Sida) à l’Ouest Cameroun. 

«Egaliser», c’est le maître mot de cette affiche qui exprime la volonté de l’Etat du Cameroun de réduire le taux de prévalence de cette pandémie. Un engagement que partage M. Onana Tsanga, membre de l’équipe en charge du suivi-évaluation au  Gtr-Sida Ouest. Il précise que selon l’enquête de démographie et de santé (Eds) réalisée en 2018 par l’Institut national des statistiques (Ins), le taux de prévalence du Vih-Sida dans la région de l’Ouest est de 1,6%. 

« Des Antirétroviraux sont distribués gratuitement dans les 20 districts de santé que compte la région de l’Ouest. La formation sanitaire habilitée à distribuer les Arv doit néanmoins présenter un certain standing et avoir à sa disposition un personnel qualifié. Le suivi psychologique est constant. Par respect de la confidentialité des patients, nous ne pouvons pas les étiqueter ou catégoriser en fonction de déplacés internes ou pas. Les personnes nouvellement arrivées dans la région de l’Ouest peuvent recevoir leur traitement juste en montrant leur code Tav (traitement antirétroviral) », explique-t-il.

Les violences sexuelles et les comportements à risques

Le  chiffre avancé par ce membre du Gtr Sida Ouest est bien en deçà du seuil national. Car,  selon Onusida, les chiffres de la contagion sont en hausse. En 2001, 650.000 personnes sont mortes des suites du sida et 1,5 million d’autres ont été contaminées par le VIH. Pour « mettre fin à l’épidémie de sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030 » l’ONU avait fixé des objectifs visant à réduire les infections annuelles à 500.000 en 2021 et à 370.000 en 2025. Le Cameroun est le deuxième pays avec la prévalence du VIH la plus élevée en Afrique de l’ouest et centrale.

Dans la population générale, la prévalence du VIH est passée de 5,3 % en 2004 à 3,4 % en 2018. Pour atteindre le contrôle de l’épidémie à VIH, le Cameroun a adopté les objectifs 90-90-90 de L’ONU SIDA en 2020. Selon l’enquête CAMPHIA de 2017-2018, les performances au Cameroun sont les suivantes : Ist 90,56%, 2e 90,93% et 3e 90,80%. Un an après, les performances sont: 1e 90,68%, 2e 90,90% et 3e 90,80%. Et depuis le déclenchement de la crise anglophone marquée par un  important afflux des déplacés internes qui ont grossi les rangs des travailleuses et travailleurs du sexe dans les villes de Bafoussam, Mbouda, Foumban, Foumbot, Magba, Dschang, Bangangté et Bafang, l’on redoute une recrudescence des contaminations.

Parmi elles, les personnes victimes du Vih-Sida, ont un accès limité aux soins car les antirétroviraux, bien que gratuits, ne sont pas disponibles dans tous les hôpitaux d’arrondissements.  Les malades, pour la plupart travailleuses du sexe,  ont difficilement accès à la prise en  charge psychologique faute de personnel qualifié. Des déplacés internes logés à des zones frontalières très éloignées des districts de santé et enclavés n’ont pas facilement accès au Arv.

Cette évidence a été remise sur la sellette dans le cadre de la célébration de la journée mondiale du Vih –Sida, le 1er décembre 2022. Les déplacés internes atteints par le Vih/Sida rencontrent de nombreuses difficultés en termes  de prévention, d’accès aux soins et de soutien.  Ita Ché, déplacée interne, s’est rendue au centre de santé la Belle Idée de Bafoussam pour faire son test de Vih-Sida mi- octobre 2022. Elle se vante que ses « résultats sont bons », mais souligne que dans les milieux des déplacées internes, de nombreuses personnes victimes du Vih-Sida ne savent pas où suivre des traitements. Des faits qui concordent avec les observations de la Fondation Moje, une organisation engagée pour la promotion de la santé chez tous. 

« L’importance de l’impact des conflits et des déplacements sur la transmission du VIH dépend d’un grand nombre de facteurs concurrentiels et interdépendants : la perte des moyens de subsistance, l’accès à l’éducation, le type et la durée du conflit, les conditions de vie des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI) (qu’il s’agisse d’une colonie formelle ou informelle), le contexte de leur nouvelle localisation, l’accès aux services de santé, y compris aux programmes consacrés à la santé reproductive et sexuelle et au VIH. Ces facteurs ont également des implications directes sur la vulnérabilité au VIH», explique une source dans les milieux sanitaires à l’Ouest. Elle pense que les  facteurs afférents à la qualité de couverture des services et des programmes ont également une influence sur la vulnérabilité au VIH.

Les caractéristiques de l’épidémie du VIH, la prévalence parmi les populations locales, les interactions avec les forces armées, les violences sexuelles et les comportements à risques associés aux nouvelles conditions de vie des PDI ont une influence directe sur les risques de transmission du VIH. Selon les organisations de la société civile basée à Bafoussam à l’instar de Horizon Femme, les soins et les aides destinés aux orphelins, aux enfants vulnérables ainsi qu’aux personnes atteintes par le Vih/Sida représentent un problème significatif pour les autorités sanitaires et les organisations qui agissent  sur le terrain, en raison du nombre trop important de personnes nécessitant une aide, des ressources et des capacités limitées pour faire Des déplacés rencontrées par Journalistes en Afrique  pour le développement (Jade) ont également souligné les lacunes en terme d’information sur les services de soins du Vih/Sida accessibles.

« Si l’on veut améliorer l’aide aux populations vulnérables atteintes par le Vih/Sida, il est sans aucun doute nécessaire de mettre plus de ressources à disposition et de mettre en œuvre des programmes visant à rendre ces services plus accessibles aux déplacés », souligne Charlie Tchikanda, directeur exécutif de la ligue des droits et libertés. « Il faut une meilleure coordination et une plus importante circulation des informations parmi les personnes chargées de ces services afin de favoriser une réorientation systématique et d’améliorer l’accès aux services de soins du Vih/Sida pour les populations déplacées », ajoute ce militant de défense des droits humains. En effet, le projet HIV Free, financé par CDC/PEPFAR (C’est quoi?) au Cameroun, a été recommandé à la Convention Baptiste du Cameroun d’assurer la mise en œuvre dans la zone 1e composée des régions de l’Ouest,le Nord-ouest et le Sud-ouest.

En utilisant les stratégies définies par la CNLS dans son document de stratégies 2017-2023 et toute autres stratégies innovatrices basées sur les évidences, ainsi que les expériences acquises de l’implémentation du projet dans les autres régions, HIV Free ouest avec l’appui de la délégation régionale de la santé publique de l’ouest et le groupe technique régional SIDA ouest, compte mettre en place des stratégies afin d’optimiser l’identification des cas pour atteindre la suppression virale de tous les patients sous thérapie antirétroviral dans toutes les formations sanitaires de la région appuyées par CBC.

 L’Oms travaille en coordination avec les autorités locales camerounaises en vue de soutenir l’amélioration de la coordination de ce type de services au niveau local. Dans le cadre de cette enquête, l’Oms fournit un soutien technique en matière de gestion de données, ainsi qu’un renforcement des capacités en terme de gestion des
informations en mettant entre autres à disposition des ordinateurs et des fournitures de bureau. Le nouveau rapport de l’ONUSIDA souligne que  « le monde ne pourra pas vaincre le sida tout en renforçant le patriarcat ». Une option portée par  la Directrice exécutive de l’ONUSIDA, Winnie Byanyima, commentant cette étude publiée à la veille de la Journée mondiale de lutte contre le sida. « La seule feuille de route efficace pour mettre fin au sida, atteindre les objectifs de développement durable et garantir la santé, les droits et la prospérité partagée est une feuille de route féministe », a ajouté Mme Byanyima.

Une bouffée d’air budgétaire

De plus, les travailleurs et travailleuses du sexe qui vivent dans des pays où le commerce du sexe est criminalisé ont 7 fois plus de risques d’être séropositifs que dans les pays où le commerce du sexe est légal ou partiellement légalisé. « Ces inégalités ne sont pas seulement préjudiciables aux individus : elles entravent les progrès contre le sida, réduisent le rendement des investissements dans la lutte contre le VIH et mettent des millions de personnes en danger », a fait valoir l’ONUSIDA. Selon cette organisation, ces nations ont besoin « d’une bouffée d’air budgétaire » pour leur permettre d’investir dans la santé, notamment « une annulation de dette importante et une fiscalité progressive ». « L’éradication du sida coûte beaucoup moins cher que de ne pas y mettre fin », a conclu la cheffe de l’ONUSIDA. Une position qui concourt à mettre en application l’article 12  du Pacte international relatif aux droits sociaux, économiques et culturels qui énonce à cet effet :

« 1. Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elle soit capable d’atteindre.

2. Les mesures que les Etats parties au présent Pacte prendront en vue d’assurer le plein exercice de ce droit devront comprendre les mesures nécessaires pour assurer:

a) La diminution de la mortinatalité et de la mortalité infantile, ainsi que le développement sain de l’enfant;

b) L’amélioration de tous les aspects de l’hygiène du milieu et de l’hygiène industrielle;

c) La prophylaxie et le traitement des maladies épidémiques, endémiques, professionnelles et autres, ainsi que la lutte contre ces maladies;

d) La création de conditions propres à assurer à tous des services médicaux et une aide médicale en cas de maladie. »

Guy Modeste DZUDIE(Jade)

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