Le calvaire d’un détenu politique enchaîné dans son lit à l’hôpital

Yaoundé. Le Jeune Intifalia Oben est atteint d’une infection pulmonaire depuis quelques semaines. Ce détenu interpellé dans le cadre des marches pacifiques du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) a été obligé d’abandonner les soins  à l’hôpital Jamot à cause des douleurs provoquées par la chaîne qui le liait à son lit.

 Le silence règne  en cette fin de matinée du 25 mai 2021 au bâtiment central N°2, situé environ à 30 mètres de l’entrée principale de  l’hôpital Jamot  à Yaoundé. Les gardes malades sont assis devant les chambres qui donnent accès à ce bâtiment.  Un jeune homme malade est coincé entre un mur et son lit d’hôpital. Impossible pour lui de se déplacer. Cette difficulté s’explique par le fait que le malade est enchaîné. «  Je ne peux pas m’asseoir dehors pour prendre de l’air. Lorsque je suis fatigué de me coucher je m’adosse sur le mur pour me relaxer. Vivre la maladie dans cette situation est très pénible.  En plus de la souffrance physique liée à mon affection, je souffre psychologiquement, car je suis un prisonnier enchaîné dans un hôpital ». Intifalia Oben, militant du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc), âgé de de 30 ans, est interné à l’hôpital  depuis le 10 mai 2021. Le 31 mai, il a quitté l’hôpital étant toujours malade  parce qu’il ne pouvait plus supporter la douleur de la chaîne.

« Je ne veux plus rester ici à l’hôpital car ce n’est pas évident de vivre enchaîné pendant plusieurs jours. Je veux qu’on me ramène à la prison. Le médecin m’a conseillé de continuer à suivre le traitement mais mes conditions de vie ici sont très difficiles. Ma prise en charge se passe normalement : je suis nourris par les responsables de mon parti mais ce n’est pas facile de supporter la chaîne que je porte sur mon bras. Lorsque je veux aller aux toilettes je suis obligé d’envoyer un autre garde malade pour appeler le gardien de prison qui reste dans la salle d’accueil de l’hôpital. Lorsque le gardien tarde à venir, il m’arrive de faire les besoins sur place. Je préfère quitter l’hôpital pour rejoindre la prison », ajoute Intifalia Oben.

Ce militant du Mrc est en détention préventive à la prison centrale de Yaoundé depuis le 3 novembre 2020. Il a été interpellé le 22 septembre dans le cadre des manifestations « pacifiques » organisées par ce parti politique dont l’objectif était d’appeler au départ du pouvoir du président de la république Paul Biya. Il a été inculpé par le tribunal militaire de Yaoundé pour tentative de rébellion, révolution, attroupement aggravé. Ce n’est pas la première fois, qu’un détenu malade soit confronté à une telle situation.

Torture

Le 5 août 2020, Thomas Tanguem, un détenu dans le cadre de la crise sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest Cameroun était décédé à l’hôpital  central de Yaoundé alors qu’il était enchaîné.  Cette situation avait été dénoncée par plusieurs associations de défense des droits de l’homme.

Ce traitement infligé aux détenus malades  viole l’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui stipule : « Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. En particulier, il est interdit de soumettre une personne sans son libre consentement à une expérience médicale ou scientifique ». Ce texte international a été ratifié par le Cameroun. La victime peut porter plainte  contre l’Etat du Cameroun au niveau international et obtenir gain de cause.

Le docteur Gervais Atedjoe, secrétaire général de l’Ordre national des médecins du Cameroun (Onmc), condamne le fait que les détenus soient enchaînés dans les hôpitaux publics. Il affirme que dans les prochaines sessions de l’instance chargée de réguler la profession de médecine au Cameroun, des instructions seront prises pour éviter ce genre de traitement qui selon lui n’est observé que dans les hôpitaux publics.

Sauf que dans les prisons camerounaises, tous les détenus internés dans les hôpitaux ne sont pas confrontés à ce gendre de traitement. C’est le cas des hauts cadres de l’administration emprisonnés dans le cadre de la lutte contre les détournements des deniers publics.

Un responsable de la prison centrale apporte des précisions sous anonymat : « Ces mesures sont prises pour éviter la fuite des prisonniers dans les hôpitaux. Nous avons constaté par le passé que les prisonniers fuyaient chaque fois qu’ils étaient internés dans cet hôpital alors qu’ils étaient malades. Nous ne pouvons pas infliger le même traitement aux personnalités publiques parce que nous avons toutes les garanties qu’elles ne peuvent pas s’échapper dans une formation sanitaire ».

Me Hyppolite Meli, avocat au barreau du Cameroun est le président du Collectif d’avocats baptisé Sylain Souop. Ce collectif défend devant la justice les militants du Mrc interpellés. Concernant le cas d’Intifalia Oben, l’avocat dénonce un traitement inhumain infligé à un citoyen ayant exprimé son droit constitutionnel en prenant part à une manifestation pacifique. « Nous allons prendre les mesures pour que les victimes des tortures tant au niveau des forces de l’ordre que dans les hôpitaux soient indemnisés par l’Etat », affirme le juriste.

Prince Nguimbous (Jade)

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