Tracasseries routières autour de la carte d’identité

Une pièce délivrée au compte-goutte. Les passagers non détenteurs la CNI (Carte d’Identité nationale) sont constamment victimes de tracasseries policières aux postes de contrôle routier. Un rapport de la Commission nationale anti –corruption (Conac) vient à nouveau d’épingler les forces de maintien de l’ordre.

Joseph, jeune employé de 31 ans dans un hôtel de Yaoundé, est détenteur d’un récépissé de la carte nationale d’identité depuis 13 mois. Sur son récépissé, la photo et plusieurs éléments de son identité sont déjà invisibles à cause de la détérioration de cette pièce d’identité provisoire. Le 28 octobre 2022, alors qu’il se rendait à Douala pour prendre part au mariage de son frère aîné, son récépissé a été retenu au poste de contrôle mixte gendarmerie –police situé à Mbankomo non loin de Yaoundé.

« Je me trouvais dans un bus pour Douala. Lorsque nous sommes arrivés au contrôle, le gendarme a demandé à tous les passagers de descendre. Lors de mon contrôle, j’ai été surpris de voir que mon récépissé a été retenu. Plusieurs autres passagers se trouvaient dans la même situation que moi. Certains avaient des déclarations de perte détériorées, d’autres étaient détenteurs de récépissés non prorogés. Ensuite nous avons été invités à rejoindre le gendarme dans un coin aménagé. Le gendarme m’a fait comprendre que l’état de ma pièce ne permettait pas mon identification et par conséquent qu’il allait me retenir au poste pour défaut de carte nationale d’identité.

Toutes les personnes qui étaient dans la même situation que moi ont été obligées de négocier pour que le gendarme nous laisse voyager. Nous avons supplié au point de mettre la main dans la poche. Avant de partir, on m’a conseillé de refaire une autre Cni. Ce que je trouve très coûteux en terme de temps surtout que je n’ai pas un problème de double identité », explique le jeune homme. Après plusieurs rendez-vous au commissariat du 20ème arrondissement de Yaoundé où sa carte nationale a été établie, il a été informé que sa pièce d’identité n’était pas disponible.

Plusieurs témoignages recueillis font état de ce que les personnes détentrices de récépissés non prorogés ou complètement détériorés sont confrontées à des tracasseries au poste de contrôle police gendarmerie. A cause des multiples crises sécuritaires qui secouent le Cameroun, l’entrée dans la capitale politique ou bien le déplacement d’une ville à une autre restent conditionnés à la présentation de sa carte nationale d’identité à la sortie et à l’entrée de la ville. Pour dénoncer les actes de corruption la police a mis en place le numéro 1500 qui permet aux usagers d’appeler à tout moment. 

Face aux postes de contrôle, les passagers détenteurs de récépissés dénoncent le traitement qui leur est réservé par certains agents des forces de l’ordre.  Dans le rapport sur l’état de la corruption au Cameroun en 2021, les forces de maintien de l’ordre ont été épinglées par la Commission nationale anti-corruption entre autre pour arnaque des automobilistes. Une situation qui porte atteinte à leur droit et viole l’article 12 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui dispose : « Quiconque se trouve légalement sur le territoire d’un Etat a le droit d’y circuler librement et d’y choisir librement sa résidence ».

Une source au Centre national de production des titres identitaires affirme que les retards à la production des Cni est liée au fait que plus de 3 millions de Camerounais sont détenteurs de la double identité. Notre source explique  également qu’il y a certains dysfonctionnement au niveau de la transmission des données des lieux d’établissement vers le centre national de production des titres identitaires tout en reconnaissant que les moyens techniques ont été mis en place pour résoudre ces difficultés.

Au commissariat du 20ème arrondissement, l’on affirme que plusieurs centaines de cartes nationales sont en souffrance dans cette unité de police. « Les gens ont fait établir leurs cartes nationales d’identité et ne passent pas les retirer. Ces personnes se contentent d’accuser la police alors que leurs pièces sont en souffrance dans nos locaux » 

3 millions de double identité

Le 8 janvier 2021, le secrétaire général de la Délégation générale à la Sûreté nationale (Dgsn) était face à la presse pour justifier les problèmes rencontrés dans la production des Cni. A la suite de cette rencontre, le commissaire divisionnaire Dominique Baya, Secrétaire Générale de la DGSN, a rendu public un communiqué de Martin Mbarga Nguelé, le patron de la police. Dans ce communiqué, la police justifiait que, plus de 245 mille cartes nationales d’identité sont en attente de leurs propriétaires dans les commissariats.  Il ressortait également que trois millions de  compatriotes ont des problèmes de double ou de triple identité dans la base de données de la police.

Selon la police, plusieurs Camerounais se sont faits identifiés avec deux ou trois dates de naissance différentes ou avec les noms différents. Avec le nouveau système informatique, ces personnes qui présentent plusieurs données dans leurs systèmes d’identifications ne peuvent pas avoir facilement accès à leurs pièces d’identité. Cette situation bloque la production de leurs cartes nationales d’identité. Pour permettre aux citoyens d’avoir les informations sur leur Cni, la Dgsn a également mis en place les numéros de téléphone disponibles. Malgré ces multiples innovations, les lenteurs continuent de paralyser la chaîne de production des cartes nationales d’identité.  

Une situation qui a justifié en octobre dernier la sortie d’un député à l’Assemblée nationale. Pour justifier ses lenteurs, le député Cabral Libii a affirmé : «La CNI est un vrai scandale. J’ai vainement fait des propositions au DGSN. Voilà un vrai sujet d’audit! La multi-identité doit être réglée par un choix définitif par les concernés», a écrit l’ancien candidat à la présidentielle. «Informer l’usager des causes de la non-production de sa carte est si compliqué pour la police?», s’est-t-il interrogé. D’autres cadres politiques ont lancé des initiatives  baptisées « Je veux ma Cni », avec comme objectif d’attirer l’attention des responsables de la police.

Prince Nguimbous (Jade)

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