Travail de nuit dans les médias. Les risques de santé et l’insécurité au tableau noir

Des journalistes et employés de presse travaillant la nuit se plaignent de l’insécurité et des risques pour leur santé. Ces aléas ne font pas encore assez pris en compte par les autorités et le Syndicat national des journalistes du Cameroun. 

Avant son assassinat dans la nuit de samedi 29 à dimanche 30 janvier 2022, Eric Kouagat, technicien chargé de mise en ondes à Nganté Fm, la radio communale de Bangangté, avait la charge professionnelle de l’arrêt des émetteurs et de la fermeture du siège de la radio communale de Bangangté. Obligation exécutée avant d’être tué par ses agresseurs. Car faute de moyen de locomotion professionnelle, il marchait à pied. Son frère aîné, Lazare Djenga, fait savoir qu’au moment du transport de sa dépouille à la morgue de l’hôpital de district de la localité, les clés de la maison de la radio se trouvaient dans l’une de ses mains. 

Peu d’entreprises assurent la sécurité

A l’instar de Eric Kouagat, de nombreux professionnels des médias qui travaillent la nuit sont exposés à ce type d’agression. Parce que très peu d’entreprises de presse écrite, chaînes de radio ou de télévision mettent des moyens de transport et assurent la sécurité de leurs employés qui travaillent de nuit. En plus des metteurs en onde, des régisseurs d’antennes, les journalistes-éditeurs, les rédacteurs en chef, les secrétaires de rédaction, les technico-artistiques et les coursiers qui vont déposer la maquette du journal ou s’assurent de sa récupération à l’imprimerie sont exposés.

Blaise Pascal Dassié, rédacteur en chef du Quotidien Le Messager à Douala, fait partie de la liste des professionnels des médias qui travaillent de nuit du dimanche à jeudi. Il se plaint non seulement de l’insécurité, mais aussi des risques pour sa santé. « Ce n’est pas facile de travailler toutes les nuits. Je dois suivre le bouclage du journal tout seul. Avec la disparition des « frais de bouclage », mon calvaire est grand. Lorsqu’il n’ y a pas moyen de venir au travail avec mon véhicule automobile, je crains pour ma sécurité. Surtout que notre ligne éditoriale et les contenus rédactionnels ne plaisent pas toujours à certaines personnes bien influentes dans la société. Il faut aussi lutter contre les troubles du sommeil. Cela nous expose aux maladies neurologiques ou oculaires », explique-t-il.

Le Snjc attend les plaintes

 Cette situation est plus grave dans les organes et les chaînes de radios ou de télévision moins structurés comme celles lancées par des câblo-opérateurs. Par contre, David Nouwou, rédacteur en chef à La Nouvelle Expression assure que tout est mis en œuvre par Séverin Tchounkeu, patron du groupe La Nouvelle Expression et Equinoxe Télévision, afin que les trois personnes chargées du bouclage de ce quotidien soient en sécurité et jouissent des frais supplémentaires pour le travail de nuit. « Nous avons toujours pris des dispositions pour soutenir notre équipe de bouclage. Ils ont droit à des frais de bouclage. Il s’agit du secrétaire de rédaction, de la monteuse et du coursier chargé d’amener la version montée du journal à l’imprimerie », soutient-il.

Charles Nforgang, secrétaire à la Communication et aux alertes au Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc), est d’avis qu’il existe des rédactions structurées qui respectent un minimum de conditions favorables aux travailleurs de nuit dans les médias. Selon lui, le Snjc ne peut agir que si les employés soumis à des conditions non réglementaires viennent se plaindre auprès de ses instances. Hilaire Hamekoué, vice-président du Snjc, milite pour l’examen profond des conditions des travailleurs de nuit dans les médias. Pour lui, c’est « une question importante » qui mérite d’être inscrite à l’ordre du jour du prochain congrès de ce syndicat. Pour l’instant, le Snjc souligne que l’Etat du Cameroun n’a rien fait pour imposer aux patrons de presse d’assurer des bonnes conditions de travail et la sécurité des professionnels médiatiques qui travaillent la nuit.

Non respect de la législation du travail de nuit

Et pourtant la Déclaration de Munich ou diverses conventions de l’Organisation international du travail(Oit) l’engagent. La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, de Munich, 1971 au Point 5 énonce : «En considération de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour garantir son indépendance économique ».

 La Convention 171 de l’Oit sur le travail de nuit signé le  26 juin 1990 à Genève et la loi 2015/829 qui autorise le Président de la République à ratifier cette convention pour la rendre effective au Cameroun. Des recommandations des experts lors de la 107eme  session de la Conférence  Internationale du Travail (mai-juin 2018) sont assez explicites sur la question. «Le groupe des travailleurs souhaitera sans doute fournir des exemples et des statistiques démontrant une hausse du travail de nuit dans la pratique. Les diverses conséquences du travail de nuit devraient être mentionnées, en particulier les effets sur la santé des travailleurs employés de nuit sur de longues périodes.» Les gouvernements devraient en outre être encouragés à proposer une définition juridique des termes «travail de nuit» et «travailleur de nuit » ainsi qu’une compensation supplémentaire appropriée. »

Luc Thierry Ebolo, cadre contractuel d’administration en service à la délégation régionale du travail et de la sécurité sociale de l’Ouest se dit préoccupé par les questions qui tournent principalement sur les conditions de travail, y compris dans les médias à capitaux privés : « Je verrai avec ma hiérarchie comment organiser des descentes dans les entreprises pour vérifier si les employeurs respectent la réglementation nationale en matière de travail de nuit. Avant de sanctionner, il faut d’abord sensibiliser…»

Guy Modeste DZUDIE(JADE)

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