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Pour juguler la crise économique. Le patron des patrons veut de la croissance

Soumis par fouodjivincent le lun, 29/01/2018 - 16:17
Jean-Jacques Evouna, président du Conseil Gabonais du Patronat.

Pour Francis –Jean-Jacques Evouna, le président du Conseil Gabonais du Patronat (CGP), il n’y a qu’un bon remède pour remettre sur les rails l’économie du pays : la croissance. Il l’explique dans une interview à notre journal Mica.

MICA : Le Gabon vit depuis quelques années une crise économique et le mot «faillite de l’Etat» est sur toutes les lèvres. D’après vous, le Gabon court-il un risque de cessation de paiement ?  

EVOUNA : « Il est important de vous dire que l’État gabonais peine à disposer de ressources financières propres, nécessaires pour son développement et cet état de fait peut effectivement laisser planer l’image négative d’une faillite de l’État. Je pense que les autorités en sont suffisamment conscientes pour prendre des mesures idoines à cet effet. Elle est très aigue, cette crise ».

MICA : Est-ce cette gravité de la crise économique qui justifie le niveau d’endettement du pays ? On parle de près de 6 milliards de dollars. 

EVOUNA : « Il faut comprendre que les déficits accumulés constituent la dette de l’État et que si ceux-ci persistent, l’État doit malheureusement s’endetter  non seulement pour équilibrer son budget,  mais aussi et surtout  pour stimuler l’activité économique  et ainsi relancer la croissance. Il est à noter que la dette commence à poser problème quand elle se retrouve aux alentours de 90 à 100% du PIB (produit intérieur brut). Pour ce qui est de notre pays, il tourne  autour de 60 à 70% du PIB. C’est effectivement une situation très préoccupante qu’il convient de prendre très au sérieux.  Pour ce niveau d’endettement, la règle est simple : il ne faut pas que le taux d’intérêt de la dette soit supérieur au taux de croissance, sinon la dette augmente automatiquement ».

MICA : Comment sortir de la dette ?

EVOUNA : « Je vous dirais qu’il n’y a que quatre solutions : La croissance est la voie royale. Si la production du pays augmente, les recettes de l’État augmentent et ses dépenses diminuent. La dette peut être remboursée facilement, l’inflation érode la dette et l’allège. Dans nos pays, l’inflation a été présente de longues décennies. Elle nous a aidés à payer quelques unes de nos dettes, mais nous a fait tomber dans la rigueur : on serre la ceinture avec le risque d’étouffer la croissance et de déboucher sur la récession, voire la déflation et enfin la restructuration et le défaut. L’ultime solution est de ne pas payer ce qui sera compromettant pour notre économie surtout à l’heure de l’exécution du plan de relance économique que soutient le FMI. On peut alléger la dette, renvoyer le paiement aux calendes grecques ». 

MICA : Par quels moyens l’État peut-il améliorer la situation économique ?          

EVOUNA : « L’État injecte dans l’économie des ressources supplémentaires. Par exemple, il peut décider d’augmenter les dépenses publiques.  Celles-ci créent une demande nouvelle pour les entreprises, demande qui engendre une production supplémentaire. Cette demande, à son tour, est l’occasion d’une distribution de revenus nouveaux, ce qui augmente encore la demande, etc. Le multiplicateur décrit ainsi des mécanismes en chaine à l’issue desquels une injection de revenus dans l’économie provoque un accroissement beaucoup plus important de la production ».

MICA : Pourtant le gouvernement a mis en place un plan de relance économique pour stimuler la croissance.

EVOUNA : « Il faut reconnaître  que la crise économique que traverse le Gabon a fait exploser notre dette publique. Je veux parler des emprunts obligataires et des marchés financiers sollicités sans cesse. L’État devait faire face à un règlement global de la dette intérieure et extérieure d’environ 470 milliards de FCFA d’ici le 31 décembre 2017, pour prétendre continuer à bénéficier des autres décaissements des partenaires qui soutiennent notre pays dans ce plan de relance économique : le Fonds monétaire international, La banque africaine de développement, l’agence française de développement etc. Je crains que la mobilisation financière attendue par notre pays soit difficilement au rendez-vous ».  

Propos recueillis par ANM

 

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