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Les petits courriers de Libreville . Bongo et Ping écrivent à Macron

Soumis par fouodjivincent le mar, 20/06/2017 - 12:55

Après son élection le 7 mai dernier à la présidence de la République française, Emmanuel Macron cristallise déjà des fantasmes divers en Afrique, quant à la nouvelle forme que devrait prendre désormais la politique africaine de L’Elysée. Si certains voient dans cette arrivée au pouvoir en France d’un jeune de 39 ans un signe de salut démocratique du continent, d’autres, au contraire estiment que la résolution des problèmes de l’Afrique ne passe avant tout que par les Africains eux-mêmes. Au Gabon, à travers deux lettres de félicitations de l’opposant Jean Ping et de son rival, Ali Bongo, la bataille pour la légitimité semble déjà s’engager entre les deux adversaires auprès du nouveau Chef de l’Etat français.

«C ’est en ma qualité de président élu de la république gabonaise et au nom du peuple gabonais qu’il me plait de vous présenter mes vives et sincères félicitations à l’occasion de votre brillante élection à la magistrature suprême de la présidence de la république française et de formuler les vœux d’un affermissement des liens entre nos deux pays dans l’intérêt bien compris de nos peuples respectifs ». C’est ce qu’a écrit Jean Ping à Macron. Non sans ajouter : « (…) connaissant votre profond attachement à la Démocratie (…), il me plait de saisir cette heureuse opportunité pour exprimer ma foi en l’avenir heureux des rapports entre la nouvelle république gabonaise et le pays frère de France ». Jean Ping.

Ali Bongo : « Œuvrer à la consolidation des partenariats » 

« Monsieur le Président de la République (…), il me plait de formuler à votre endroit, mes vœux ardents de succès dans l’accomplissement de vos nouvelles charges. Je voudrais aussi saisir cette heureuse occasion pour vous dire toute l’importance que mon pays accorde à la vieille amitié qui unit si heureusement nos deux peuples. A cet égard, je vous exprime mon entière disponibilité à œuvrer de concert avec vous à la consolidation de nos divers partenariats ». C’est l’essentiel de ce qu’on peut lire dans la lettre de félicitations d’Ali Bongo à son homologue, Emmanuel Macron.    

Les non-dits 

Un pays, deux présidents engagés dans une course aux félicitations à Emmanuel Macron. Ce devrait être pour Jean Ping et son adversaire, Ali Bongo Ondimba, une autre bataille de légitimité auprès du nouveau Chef de l’Etat français. Bataille de légitimité, c’est le moins qu’on puisse dire, puisque la réélection d’Ali Bongo en août dernier est toujours rejetée systématiquement par son adversaire. Lequel se revendique toujours le président élu du Gabon et promet qu’il prêtera bientôt serment pour prendre le pouvoir. C’est donc en tant que «président élu» du Gabon qu’il dit avoir écrit au nouveau locataire de l’Elysée, quelques dix minutes seulement après la proclamation de la victoire de l’intéressé pour le féliciter, tout en espérant de lui une reconnaissance en tant que  «vrai président» du Gabon.

Au fond, l’opposant gabonais, à travers cette lettre si prompte, voulait marquer le terrain, sinon attirer l’attention du nouveau président français pour désavouer le pouvoir de son rival, Ali Bongo, qu’il considère toujours comme illégitime. Cela est d’autant plus nécessaire pour lui (même symboliquement),  que le prédécesseur de Macron, François Hollande,  ne lui a pas donné de signal fort. Le ministre des Affaires étrangères, Jean Marc Ayrault, ne s’était contenté que d’appeler tous les différents acteurs au dialogue. C’est pour Jean Ping, une façon de sonner le tocsin chez le jeune Macron, devant le silence de la communauté internationale qui ne semble pas prendre des actions fortes en sa faveur.

L’éventail des contrats agité

Devant le péril de voir le jeune président se muer en donneur de leçons démocratiques, en prenant le parti de Jean Ping, Ali Bongo, lui, a préféré mettre en avant la nécessité de préserver, mieux, de sauvegarder les liens historiques d’amitié entre la France et le Gabon. Laquelle amitié passe inéluctablement par la préservation des différents contrats de partenariats tous azimuts. C’est donc un avertissement voilé qu’Ali Bongo envoie à Macron, au cas où ce dernier serait tenté d’ingérence dans les affaires intérieures du Gabon.

 Reste donc au nouveau Chef de l’Etat français de prendre le juste milieu. Lui qui, encore candidat il y a quelques temps, affirmait sur les antennes de radio France internationale que la réélection d’Ali Bongo était tellement entourée de doutes et d’incertitudes qu’elle donnait lieu à un «jugement circonstancié». Surtout dans un pays où le moindre avis de la France est de facto assimilé par la majorité gouvernementale au néocolonialisme. Lequel débouche souvent sur des appels au boycott des produits français. Pour rappel, lors de la publication du rapport définitif de la Mission d’observation de l’Union européenne sur la présidentielle de 2016, le Bloc Démocratique Gabonais, un parti affilié à la majorité présidentielle, avait organisé une manifestation devant l’ambassade de la France au Gabon pour dénoncer l’ingérence française dans les affaires intérieures du pays.

Ingérence ou pas 

 Un procès d’ingérence qui n’est pas du tout partagé par l’opposition incarnée par Jean Ping. Pour cette opposition, l’alternance au Gabon ne peut passer que par le rôle déterminant de la tutelle colonisatrice. On est donc convaincu que le maintien ou non des gouvernements en place ne dépend que de la seule volonté du pays du Général De Gaulle. Pour l’avoir compris, les candidats de l’opposition pro Ping, ont tous ou presque pris la route de Paris, lors de la dernière campagne présidentielle pour y rencontrer les vieux routiers des réseaux françafrique comme Albert Bourgi et d’autres politiques français. Emmanuel Macron saura-t-il se défaire de la tradition basée sur la sauvegarde des intérêts français, ou sera-t-il au contraire le secoueur des cocotiers comme le souhaite Jean Ping ?          

Doriane MOUSSOUNDA

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